Un des films les plus étranges à voir le jour depuis belle lurette, "Rubber" de Quentin Dupieux divisera à coup sûr le spectateur. Pour les uns il s'agit d'un ouvrage génial et incroyablement original, pour les autres une perte de temps, une insulte au septième art. Et si la vérité se trouvait entre ces deux extrêmes?
Robert est un pneu assassin qui parcourt le désert en quête de nouvelles victimes. Il aura fort à faire s'il veut éliminer la belle Sheila (Roxanne Mesquida), car le lieutenant Chad (Stephen Spinella) est à ses trousses.
Quelle intrigue digne d'une série B! Et qui s'assume totalement avec son perpétuel sourire en coin. Une grande joie de ce long-métrage est de voir à quel point n'importe qui - ou quoi - peut devenir un tueur en série. Même un pneu qui tue ses victimes à l'aide de ses pouvoirs très spéciaux! Un prétexte complètement absurde qui fait beaucoup rire avec ses nombreuses séquences gores et désopilantes. Et qui s'essouffle assez rapidement malgré ses quelques 85 petites minutes, une interprétation toujours dans le ton et une mise en scène plutôt compétente.
L'intérêt de la production réside ailleurs. Le récit met également en scène des gens qui assistent aux exploits de Robert. Un procédé de métafiction qui renvoie à ces spectateurs de cinéma. Ceux-là qui veulent toutes les réponses (à ce chapitre l'introduction est superbe), qui posent des questions pour des riens, et qui mangent du pop-corn jusqu'à en être malade, les empêchant de réfléchir normalement et de se rendre compte que ce qu'on leur offre ne mérite pas le détour. Une critique jouissive du divertissement cinématographique qui est doublée d'un hommage aux essais horrifiques.
Les beaux décors sont alimentés d'une image correcte, aux couleurs un peu rigides, mais précises dont les contrastes généralement homogènes font oublier le blocage. L'intrigante musique de Mr. Oizo et de Gaspard Augé du groupe Justice pique instantanément la curiosité. Bien que les pistes sonores soient en Dolby Digital 5.1, les effets (de vent, de voitures) qui s'échappent des enceintes ne sont pas toujours très immersifs. Les voix sont cependant claires et le doublage francophone compense pour l'absence de sous-titres.
La pochette stylisée créant l'effet d'un pneu qui écrase un corbeau est sardonique à souhait. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique en l'agrémentant d'une mélodie particulièrement sinistre. Les suppléments contiennent une bande-annonce, trois intéressantes entrevues totalisant 16 minutes d'informations avec les comédiens, un test de pneu et un échange décalé avec le cinéaste. Ce segment qui s'adresse d'abord et avant tout aux cinéphiles rappelle que les sous-titres ne décrivent pas nécessairement ce qui est dit, notamment lors de traductions. De quoi sourire avec ces mots écrits et parlés qui ne concordent pratiquement jamais!
"Rubber" n'est pas un grand film et ce n'est pas plus grave. Il n'y a pratiquement rien à prendre au sérieux et c'est tant mieux ainsi. Le délire est grand de voir ce caoutchouc trucider quiconque se trouve sur son passage. Un synopsis d'une rare folie qui tient malgré tout la route grâce à sa façon de se moquer de tout et de rien, et principalement du consommateur. Un effort tordu, beaucoup trop long et répétitif, mais qui mérite le détour, surtout pour les gens qui ont pu le manquer après ses passages à Cannes et à Fantasia.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |