"Je mettrai le feu à votre vie et tout brûlera comme un champ de sucre, il n'en restera rien!"
Adapter Stephen King est aujourd'hui monnaie courante. On a misère à ne pas trouver une nouvelle ou un roman qui n'est pas en chantier alors qu'au début des années 80, il n'y avait que quelques-unes de ces adaptations dont Carrie et The Shining, deux des meilleures adaptations à ce jour. "Secret Window" était une propriété possédant des possibilités juteuses. Est-ce que le réalisateur a bien fait son travail? Les acteurs peuvent-ils offrir quelque chose de bien? Est-ce horreur ou davantage dramatique? Continuez de lire et vous saurez chers lecteurs.
Mort Rainey (Depp) est un écrivain avec le syndrome de la page blanche. Il a cessé d'avoir de l'inspiration depuis qu'il a découvert sa femme (Bello) au lit avec un autre. Aujourd'hui, en instance de divorce et attendant quelque chose pour passer à une nouvelle étape de sa vie, il reçoit la visite d'un étranger dans son chalet retiré, nommé Shooter (Turtuto). Ce dernier l'accuse d'avoir plagié une de ses histoires et, venu du fin fond du Mississippi, est bien déterminé à faire avouer l'auteur fautif, et à rectifier le tir. À mesure que le temps passe, les plaintes de Shooter passent à l'action et deviennent une véritable menace pour la vie de Mort, en même temps que son ex-femme essaie de finaliser le divorce. L'auteur en panne décide d'engager un détective privé afin d'espionner Shooter et de rapporter ses moindres faits et gestes... mais les choses vont de mal en pire alors que Shooter découvre l'astuce de Mort et intensifie sa rage, au grand désespoir de l'écrivain qui ne voit bientôt plus d'autre issue que l'affrontement.
Après Pirates of the Caribbean, Johnny Depp voulait poursuivre ses expérimentations de personnages introspectifs. Avec Mort Rainey, il joue bien et offre une performance qui, même si elle n'est pas sa meilleure, vaut le détour avec, en tête de liste, John Turturo dans le rôle de Shooter. Sa personnalité est bouillonnante de rage et de violence, le tout extrêmement contenu dans un homme aux gestes minimes, mais dont les actions parlent plus que ses mots. Shooter est posé et en contrôle total de la situation face à un Johnny Depp qui subit les affres du mauvais sort. David Koepp agit ici en tant que scénariste et réalisateur du film. Ses sensibilités narratives sont très près de celles de Spielberg, ayant contribué à plusieurs scripts pour le réalisateur. Le rythme lent du film, porté par le personnage et son état de catharsis en devenir, est très bien emmené, entouré de personnages aux actions loufoques.
Il est évident que "Secret Window" ne deviendra pas un classique du genre, mais l'ensemble est fort cohérent, les acteurs très crédibles dans leurs rôles et la réalisation est très intimiste, filmant l'intimité du personnage à un point tel qu'on a l'impression de le connaître depuis longtemps (exactement le même sentiment lorsqu'on lit du Stephen King). L'adaptation est donc fort réussie et, en comparaison avec la nouvelle d'origine, très peu de choses ont été omises pour les besoin d'un long-métrage d'une heure et demie. Il n'y a pas d'horreur à "proprement" (blague involontaire) parler excepté le type psychologique. La terreur qui croît de l'intérieur fait école chez Koepp et il emploie plusieurs attributs du catalogue pour y parvenir de façon très intéressante, malgré une sous-histoire d'ex-femme un peu trop convenue, venant compliquer les choses pour rien. Là où Stanley Kubrick aurait souhaité laisser le spectateur décider par lui-même, Koepp prend quelque peu le spectateur par la main afin de lui offrir un spectacle bien rodé, mais dont on ne pourrait en tirer plusieurs conclusions. Tel que dit plus haut, pas un classique du genre, mais un film très sympathique qui se regarde bien le soir quand il fait noir. John Turturo en impose en restant immobile la plupart du temps. Sa personnalité fait amplement le travail.
Du côté vidéo, on se serait attendu à plus de la part d'un film aussi récent que "Secret Window". Il y a un abus évident de réduction de bruit et cela donne un aspect plastique aux visages, les textures perdent de leur charme et les couleurs sont grandement affectées. Malgré tout, le transfert haute définition est d'une différence notable comparé au DVD. Dans les scènes plus sombres, on perd également une bonne partie de détails, qui se perdent dans une série de contrastes inégaux et plats.
La musique de Phillip Glass résonne bien, les dialogues des acteurs sont balancés avec soin, mais on a déjà entendu mieux, surtout que la banque d'effets sonores semble tout droit sortie d'une librairie de sons déjà entendus mille fois auparavant. Ce n'est pas non plus le film pour tester votre système de son à son paroxysme puisque le tout se déroule majoritairement dans le calme excepté quelques rares passages où la tension est plus élevée seulement quelques instants, mais la bande principale non compressée fait un travail très honnête sans plus.
Le format haute définition aurait été une excellente raison d'augmenter les suppléments, mais le studio ne pensait pas la même chose. Reprenant exactement les suppléments du DVD, ils se détaillent comme suit: quatre scènes coupées avec commentaires optionnels du réalisateur, trois revuettes de tournage avec beaucoup trop d'images du film et trop peu d'images des coulisses, une piste de commentaires du scénariste et réalisateur, des scénarimages animés et des bandes-annonces.
"Secret Window" est une adaptation littérale d'une nouvelle de Stephen King. Pas forcément mauvaise, mais pas la meilleure non plus (il faut tout de même battre The Shining en mon humble avis), les acteurs se sortent très bien d'affaires, notamment Johnny Depp dans une performance introspective et recluse très crédible. Sony ne nous gâte pas beaucoup côté transfert vidéo et audio, mais s'acquitte bien de sa tâche néanmoins. Les suppléments reprennent exactement les mêmes que sur l'édition DVD, donc rien de neuf, ce qui aurait peut-être été souhaitable. Si vous possédez déjà le DVD, pensez-y à deux fois avant de faire une telle mise à jour. Dans le cas contraire, le transfert audio et vidéo en offre suffisamment pour valoir la peine.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |