Après les péripéties mi-drôles mi-horrifiques de Shaun et sa bande dans Shaun of the Dead, la comédie d'horreur a pris d'assaut le pays de la Reine. Il y a très peu de bons exemples en terme de comédie côtoyant l'horreur, mais celle en tête de liste est: Evil Dead II: Dead by Dawn ainsi que Shaun of the Dead. À cela, on peut désormais remettre les pendules à l'heure en plaçant dans le top 3 "Severance", monument comique et horrifiant allant jusqu'au bout de ses idées dans un esprit totalitaire. Qu'on se le dise, l'horreur du 21e siècle ne se retrouve pas dans Saw et autre Hostel, mais bien dans l'union des genres pour offrir un métissage qui fonctionne grave.
Un groupe de cadres travaillant dans une compagnie d'armement qui, se rendant à une fin de semaine censée renforcer l'esprit d'équipe et la créativité (d'éviscérer les malfrats?), subit un arrêt obligatoire. Et pour cause, un arbre barre le chemin. Les pousseurs de stylos tentent de convaincre le chauffeur (hongrois, donc choc culturel assuré) qui rebrousse chemin sans ses passagers, laissés à la croisée des routes. Empruntant la voie qui mène dans la forêt, le groupe marche durant un certain temps pour atteindre leur destination: une baraque miteuse n'offrant que peu de confort. Déjà, les membres sentent l'arnaque. Explorant les lieux à des fins utilitaires, certains rencontrent une mort cruelle, atroce et complètement déjantée d'excès. Ce n'est qu'après une longue période de doutes qu'ils décident de retourner sur leur pas. Cependant, quelqu'un est bien déterminé à leur faire la vie dure, un à un jusqu'à ce qu'il n'en reste plus.
Menée de main de maître par Christopher Smith, l'entière équipe d'acteur est convaincante devant la caméra, qui ne se lasse pas de filmer les plus beaux et les plus horribles décors de la Hongrie. C'est dans une piaule unique en son genre que se passe plus de la moitié du film, la seconde étant dans les bois. Le rythme anglais trouve son sens lors de la première partie, fouillant dans la personnalité des diverses personnes faisant partie de cette improbable, mais hilarante équipe colorée. L'horreur et la comédie sont bien balancées et parfois, il est difficile de savoir si on doit rire ou être répugné. Le montage est efficace, s'adaptant bien aux genres métissés. Comme dans tout bon film d'horreur, on retrouve des caricatures représentant le commun des mortels et celui-ci ne fait pas exception. Cependant, Christopher Smith fait preuve d'une sublime retenue quant à la surutilisation qu'il aurait été possible de faire de certains éléments, notamment des champignons magiques. Lançant un message clair et net rempli d'ironie, le film ne se gêne pas pour en lancer les indices dès le début et termine en présentant en évidence ce que toute personne sensée sait déjà: nous créons notre monstre. Cet adage a tout lieu de servir, tout le film durant, sans perdre de son intensité, si ce n'est en gagnant en celle-ci.
Pour les extras, on en retrouve suffisamment pour être informé et diverti par un contenu aussi généreux que le gore présent dans le film. Des documentaires tournant autour de la production, les racines du film, des entrevues, effets spéciaux, prises ratées, scènes coupées, etc., tout y passe sans laisser rien derrière. Du coup, on se retrouve avec des suppléments juteux, faisant honneur au film, répondant à la plupart des questions qu'il serait possible de se poser. La fin alternative est particulièrement intéressante. Disponible seulement en forme de scénarimages, elle montre néanmoins ce qui était originalement prévu. En court, ça ne se terminait bien pour personne sur les mêmes airs de "We'll meet again".
L'image est bien travaillée et on ne perçoit que très peu de défauts dus à la compression. Les scènes se déroulant avant le levé du soleil offrent une atmosphère particulièrement réussie. Les ombres et lumières sont riches en détail et les couleurs légèrement saturées pour augmenter l'intention comique. Le son resplendit et éclate lorsque surviennent les moments de tension, les pièges et l'action. Les basses sont bien balancées et employées avec vigueur. Pour les menus, on retrouve la même image que la pochette en animé, pourvue de giclées de sang s'échappant du cou sous fond musical de "We'll meet again".
"Severance" est un film comique et horrifique puissant dont le message ironique crible chaque victime d'une phrase mortellement vraie: "vous êtes le créateur de votre destruction". Cette parole a tout lieu d'être utilisée dans tous les sens pour torturer et massacrer les personnages du film, signant une critique des bureaucrates tordus incapables de reconnaître la tombée d'une société souffrant du cancer qu'elle a créé. Avec des extras plus que suffisants et une balance entre l'horreur et la comédie comme Evil Dead II et Shaun of the Dead, "Severance" peut désormais figurer fièrement dans n'importe quelle collection autant horrifique que drôle.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |