Le dernier film du talentueux réalisateur Marc Forster (Monster's Ball, Finding Neverland) est un peu passé sous le radar en 2005. Pas étonnant parce que "Stay" délaisse les formules prédigérées habituelles pour adopter une approche, que n'aurait pas dédaignée David Lynch, où le voyage est plus important que la destination. Bref, c'est le genre de film qui laisse perplexe et tend à polariser les auditoires. Visionnez ce film avec des amis et vous obtiendrez des réactions extrêmes du genre, "Qu'est-ce que c'était? J'ai rien compris!" ou "Brillant! J'ai adoré!", mais rien entre les deux. "Stay" se situe donc dans l'univers de films tels Donnie Darko, Jacob's Ladder et, en ce qui me concerne, le peu connu Lathe of Heaven, réalisé pour la télé en 1980. Dans ce dernier tout comme dans "Stay", le personnage central évolue dans un espace où la ligne entre le conscient et le subconscient est floue, un endroit où la mémoire et la réalité entrent en collision et se chevauchent pour créer une sorte de monde parallèle. "Stay" est un film fascinant sur la mort, le rêve et la culpabilité, qui se prête à de multiples interprétations et que l'on se doit de vivre comme une expérience plutôt que d'essayer d'en tirer un sens unique.
Henry Latham (Ryan Gosling) est un jeune universitaire troublé qui planifie de se suicider dans trois jours, à moins que le psychologue Sam Foster (Ewan McGregor) parvienne à l'en empêcher. Henry entend des voix inquiétantes, est en proie à des hallucinations et son imaginaire se confond à la réalité. Sam tentera de lui porter secours, mais perdra lui aussi peu à peu contact avec le réel, projeté dans une spirale infernale vers la psychose. Avec l'aide de sa petite amie (Naomi Watts), Sam devra se hâter de résoudre l'énigme qui se cache derrière le cauchemar d'Henry avant qu'il ne soit trop tard.
Malgré la simplicité apparente de l'intrigue, il est presque impossible d'apprécier la complexité de "Stay" en un seul visionnement. Il est tout aussi difficile d'en parler et d'en aborder certains aspects sans vendre la mèche. À la base, il s'agit d'un thriller psychologique. Simultanément, le film nous offre une méditation sur la vie, la mort, les regrets, la conscience et l'identité. Le film débute de façon tout à fait normale, mais à mesure que l'histoire progresse, le réalisateur combine un style de montage inventif avec un contrôle rigoureux des transitions et des points de vue, pour créer une intrigue parallèle centrée sur la nature fragile de la mémoire et de la perception. Puisque cette descente vers la folie de Sam nous est entièrement transmise de manière visuelle, son impact est encore plus déconcertant. Tout comme l'identité psychotique d'Henry consume peu à peu celle de Sam, l'intrigue visuelle finit par absorber celle du scénario écrit. L'inconscient (visuel) prendra le dessus sur le conscient (écrit). Ambitieux, mais diablement efficace.
Ewan McGregor et Naomi Watts offrent des prestations solides et l'acteur d'origine canadienne Ryan Gosling parvient à trouver le parfait équilibre entre la tranquillité menaçante et l'émotion pure. On ne sait pas trop si on doit le prendre en pitié ou le craindre et il donne parfois l'impression d'évoluer dans un tout autre film que ses interlocuteurs. Janeane Garofalo fait également une brève apparition remarquée dans le rôle d'une psychiatre aux prises avec la dépression. Le scénario est par moments un peu prévisible et les dialogues frôlent parfois la banalité, mais "Stay" demeure un film intelligent et déroutant, surtout grâce à l'étonnante maîtrise des aspects techniques dont fait preuve le cinéaste Marc Forster.
"Stay" jouit d'un excellent transfert anamorphosé. L'image est claire et propre et les couleurs sont riches et vibrantes. Le niveau des contrastes est adéquat et les nombreux effets visuels n'écrasent jamais la trame narrative. La piste audio est tout aussi efficace. La séparation entre la musique, les dialogues et les effets ambiophoniques est nette et le dynamisme s'accentue lors des moments de tension. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Les menus sont animés d'extraits du film et accompagnés de musique. Je croyais cette pratique à jamais disparue, mais on retrouve la version plein écran du film sur une face du DVD et la version panoramique sur l'autre...
Quelques suppléments sont offerts sur cette édition. Sur la face "A" du disque, on retrouve deux pistes de commentaires qui se limitent cependant à quelques scènes spécifiques. La première (cinq scènes), avec le réalisateur Marc Forster et l'acteur Ryan Gosling, offre plusieurs anecdotes sur le tournage, l'utilisation des décors et le travail des acteurs. Ça ne dépasse guère le stade des généralités, mais le ton est convivial et l'acteur démontre une certaine curiosité en posant quelques questions d'ordre technique au cinéaste. La seconde piste (sept scènes), avec le réalisateur, le monteur Marc Chesse, le responsable des effets visuels Kevin Tog Haug et le directeur photo Roberto Schaefer, propose un contenu beaucoup plus pointu, même s'il faut quelque temps à nos quatre larrons pour se mettre en marche. Leur propos est informatif, mais ils évitent à plusieurs reprises d'aborder certains éléments par peur de donner trop d'indices, ce qui n'aide pas côté cohérence. Maintenant c'est à mon tour! Je ne peux pas vous parler du contenu de la revuette "Departing Visions" sans vous donner une piste qui vous aiderait à élucider le casse-tête. Débrouillez-vous... Lalalère! Quant à elle, la face "B" nous propose une courte revuette intitulée "The Music of Stay" où les quatre compositeurs associés au projet nous entretiennent du processus de création de l'envoûtante musique aux accents technos de "Stay". La bande-annonce du film complète les suppléments.
Après le succès de ses deux premiers films, Marc Forster a pris une sacrée chance avec "Stay", un long métrage aussi éclectique qu'inclassable. On n'a qu'à regarder la bande-annonce et l'image ornant le boîtier du DVD (qui laissent croire que l'on a affaire à un film d'horreur) pour se rendre compte que même le studio ne savait pas trop comment s'y prendre pour publiciser "Stay". Les auditoires ont également dû être confondus, puisque le film n'est pas demeuré longtemps en salles. Dommage, puisque "Stay" est visuellement remarquable et assurément l'un des joyaux mésestimés de 2005.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |