Les adaptations cinématographiques tirées de romans ont toujours été problématiques et elles le sont davantage lorsque l'on s'attaque à Stephen King, un des auteurs les plus prolifiques dans le domaine de l'horreur psychologique. Parfois, un réalisateur parvient à comprendre l'essence d'un livre (The Green Mile) ou faire complètement fausse route (It) en livrant une mouture édulcorée sans saveur ou interprétation aucune. Le fait est qu'un studio capitalise irrémédiablement sur le nom de King et la question demeurant à savoir est souvent si l'adaptation est satisfaisante ou respecte les frontières du livre. En observant le phénomène d'une autre manière, il faut également traiter le tout comme il est: un film, et non une retranscription fidèle aux écrits originaux, ce qui ne sera humainement jamais possible.
La présentation des métrages adaptés des livres du maître de l'horreur n'est plus à faire, tant il y en a sur le marché. Les histoires tirées des romans se ressemblent toutes, d'une certaine façon, en suivant le rythme établi par "Carrie", soit d'étudier la peur psychologique et en faire ressortir les éléments les plus tordus de la société moderne. Dans les films respectifs de Brian DePalma et Rob Reiner, c'est une mission accomplie. Les autres semblent se contenter d'utiliser la formule défraîchie comme suit: un personnage X rencontre Max Von Sydow dans "Needful Things", personnage X désire un objet, Max Von Sydow parvient à une entente douteuse pour créer le chaos. Copier et coller jusqu'à ce que le scénario totalise 120 pages. Pour "Dark Half", il s'agit s'un filon mal exploité par George A. Romero, faute d'un studio alors trop endetté (Orion Pictures), qui visite une histoire similaire à Secret Window, les deux mettant en vedette Timothy Hutton. Un écrivain aux prises avec la page blanche s'invente un double maléfique qui lui débarrasse des personnes nuisibles dans son entourage. Rien de très original, en somme.
On peut reprocher une foule de choses aux adaptations de King, mais certainement pas de certains acteurs, qui utilisent leur talent à merveille dont: Sissy Spacek et Piper Laurie ("Carrie"), Kathy Bates et James Caan ("Misery") ainsi que Max Von Sydow et Ed Harris ("Needful Things"). Ces duos entre acteurs sont les points saillants des films respectifs et offrent au spectateur des purs moments de terreur cinématographique. Il n'y a que "Dark Half" qui entretient des interprétations timorées de personnages à priori intrigants.
Cette édition supposée de collectionneur n'a de collection que la sublime édition du film de Brian DePalma, proposant une vaste sélection d'extras. Nous avons deux documentaires de 40 minutes chaque, expliquant les différentes étapes et défis rencontrés par l'équipe de production. Somme toute passionnants, ils nous révèlent des idées non utilisées, les points qui diffèrent du livre de Stephen King ainsi que la finale, dont DePalma a demandé l'approbation à l'écrivain avant de la tourner. Très intéressant. Une revuette intitulée "Carrie the Musical", une galerie d'images animée, un document visuel produit par Laurent Bouzereau (une pointure dans le domaine) sur l'évolution de Carrie ainsi qu'une bande-annonce. Il ne manquait qu'une piste de commentaires du réalisateur au statut presque mythique et l'ensemble était comble. Le même constat ne pourra être observé envers ses successeurs puisqu'ils n'offrent qu'une bande-annonce chacun, ce qui est loin d'informer ou à tout le moins de dépasser le niveau d'une VHS de luxe.
Il serait bon de mentionner que "The Dark Half" n'est disponible qu'en plein écran, ce qui est déjà arrivé par le passé avec, notamment Child's Play issu du même distributeur. "Misery" propose le film en panoramique ou en plein écran, mais avec un DVD double face, donc réversible (le type que je hais le plus). L'image de "Carrie" resplendit de son intensité et de ses couleurs. Les clairs-obscurs sont en général bien structurés et n'offrent que très peu de grain visible. La bande son en Dolby Surround 5.1, bien qu'au résultat un peu plat, demeure un beau travail. Les autres films de l'ensemble se ressemblent tous en quelque sorte: image correcte, mais sans plus, n'allant pas beaucoup plus loin que le déjà mentionné VHS de luxe, dotés d'un son Surround nettement en demande de restauration, il aurait peut-être mieux valu attendre d'inclure des suppléments et de retravailler l'ensemble avant d'y imprimer la mention "collectionneur".
Avant de conclure, il faut savoir que ces films sont disponibles séparément depuis fort longtemps. Il n'est donc pas nécessaire de se jeter sur cet ensemble si quelques-uns de ces titres vous intéressent. D'un intérêt mitigé, les films n'en demeurent pas moins bons, manquant toutefois de soutien avec des bonus qui, un jour ou l'autre, devraient faire leur apparition, comme des pistes de commentaires pouvant expliquer les raisons pour lesquelles les réalisateurs ont pu aller dans une direction autre que le livre. Peut-on espérer que cela soit comme dans un film d'horreur (à suivre, donc)?
| Film | 10/6/7/6 |
| Présentation | 8/7/7/7 |
| Suppléments | 8/1/1/1 |
| Vidéo | 9/5/6/7 |
| Audio | 8/6/6/6 |