"Trafic Humain" raconte l'histoire de trois victimes d'un des pires crimes que l'on puisse imaginer, l'esclavage sexuel, ce que l'on appelait anciennement "la traite des blanches". En effet, encore aujourd'hui, et ce, partout dans le monde, des femmes sont attirées sous de faux prétextes par des hommes sans scrupules qui les kidnappent et les vendent au plus offrant. Les prétextes utilisés varient. Certaines femmes sont attirées par de factices agences de mannequins, tandis que d'autres croient simplement avoir rencontré le prince charmant. Cette situation horriblement réelle est décrite avec force dans cette minisérie de quatre heures réalisée par un Québécois, Christian Duguay.
Duguay fait depuis quelques années une très belle carrière internationale, ce qui lui permet de tourner avec certains des meilleurs comédiens de l'heure. La distribution de "trafic humain" est d'ailleurs assez impressionnante. Donald Sutherland et Mira Sorvino (lauréate d'un oscar pour Mighty Aphrodite de Woody Allen) se partagent les rôles des enquêteurs dans une sordide affaire d'esclavage sexuel. Ils découvrent en effet qu'un certain Sergeï Karpovich, propriétaire d'une agence de mannequin internationale, serait en fait à la tête d'un vaste réseau de trafic humain dont les tentacules s'étendent aussi bien en Europe de l'Est, aux États-Unis qu'aux Philippines. Sorvino parvient même à sortir des griffes de Karpovitch, Héléna, une Tchèque qui refuse d'abord de témoigner contre ses ravisseurs dans la crainte que l'on s'en prenne à sa fille. Isabelle Blais interprète Héléna avec beaucoup de sensibilité. On fait également la connaissance de deux autres victimes du réseau de Karpovitch, Nadia (Laurence Leboeuf, absolument formidable) et Annie Grey (Sarah-Jeanne Labrosse, très bien). Nadia est la fille d'un ouvrier russe, interprété par Rémy Girard, qui ira jusqu'à infiltrer le réseau de prostitution pour retrouver sa fille. Quant à elle, Annie Grey est une petite fille de 12 ans en visite aux Philippines avec ses parents et qui sera enlevée par Tommy (Vlasta Vrana), un être abject à la solde de Karpovitch et dont la spécialité est la prostitution infantile.
Vous l'aurez deviné, cette minisérie est très dure. Certaines scènes (dont l'assassinat d'une petite Philippine rendue inutile par la maladie) sont carrément insupportables. Mais je crois que cette série devait être faite pour sensibiliser la population à cette situation. Nous vivons aujourd'hui dans une société où l'on ne peut plus faire confiance aveuglément à quelqu'un que l'on ne connaît pas. Cette vérité peut sembler évidente, pourtant encore beaucoup de femmes acceptent de rencontrer seule des individus avec lesquels elles n'ont fait que "chatter" sur Internet. Il ne s'agit pas d'encourager la paranoïa, mais une élémentaire prudence est plus que jamais de mise et ce film le démontre très bien.
En entrevue, sur le disque 2, Christian Duguay avoue admirer beaucoup les acteurs qui peuvent jouer les méchants de façon nuancée, ce qui n'est pas du tout facile. Il a réussi ici un coup de maître. En effet, la moitié des personnages importants sont des monstres, mais les acteurs choisis parviennent à leur donner un côté humain, qui les rend encore plus tragiques et fatals. Robert Carlyle, à qui Duguay a confié il y a quelques années le rôle d'Hitler, interprète ici avec brio Karpovitch. Céline Bonnier joue Sophie, sa principale associée, rôle d'autant plus ingrat qu'il est encore plus choquant de voir une femme faire subir un pareil sort à d'autres femmes. Dans une scène particulièrement poignante, alors qu'elle est accoudée à un bar, on croit deviner qu'elle fut elle-même terriblement blessée, et qu'elle se venge sur d'autres du mal qu'on lui a fait. Bonnier est, comme toujours, parfaite. Mentionnons également, du côté des méchants, les performances de Vlasta Vrana, David Boutin et Andreas Apergis.
Le scénario de Carol Doyle et Agatha Dominik est très solide. Rien n'est blanc ou noir dans ce film. Par exemple, on peut admirer le fait que le personnage de Rémy Girard soit prêt à tout pour sauver sa fille, mais on ne peut s'empêcher de ressentir un malaise en constatant, qu'il participe, ce faisant, à l'enlèvement et à la séquestration d'autres filles. Chose certaine, on ne sort pas indemne du visionnement de cette télésérie et c'est tant mieux.
Maintenant que je vous ai dit tout le bien que je pense de cette production, allons-y maintenant avec ce qui m'a fait tiquer tout le long de la série: les accents! Pour un peu, je vous proposerais presque de l'écouter en français. En effet, la traduction a été faite dans un français international, ce qui uniformise un peu l'ensemble. Lors du tournage en anglais, les acteurs ont tenté de prendre, qui un accent russe, qui un accent tchèque, avec un bonheur inégal. Par exemple, dans la scène où Rémy Girard, un ouvrier russe, tente de défendre à sa fille de partir en Amérique, les deux parlent une espèce de russo-anglais un peu ridicule, compte tenu de la convention qui veut que dans les faits, la conversation ait eu lieu en russe. Alors, ou bien l'on parle russe et l'on sous-titre en anglais, ou bien l'on parle anglais sans accent. Ceci peut paraître un détail, mais c'est le genre de détail qui a le don de m'agacer souverainement!
Cette édition DVD comprend deux disques. Sur le disque 1, l'on retrouve la série entière sans coupure, soit un peu plus de trois heures. Tous les suppléments se retrouvent sur le disque 2. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi, les suppléments n'étant qu'une série de deux entrevues d'une vingtaine de minutes chacune, la première en français et la seconde en anglais. Le réalisateur et certains des comédiens racontent leurs expériences de tournage. J'aurais bien aimé, pour ma part, qu'on inclue des scènes coupées au montage. En effet, plusieurs fois durant la série, l'on se rend compte qu'on a coupé court et que certains segments ont dû être sacrifiés.
Les présentations du boîtier et du menu sont de qualité. La qualité technique de la production est également impeccable. Bref, je vous recommande chaudement l'achat de ce produit. Cette série, réalisée par un Christian Duguay en pleine forme est très efficace, mais soyez prévenus, elle est également fort éprouvante!
| Film | 9 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |