Hustle & Flow
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Craig Brewer
Année: 2005
Classification: 18A
Durée: 115 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 19
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
31 décembre 2005

Dans cette énième variation d'un gars au bas de l'échelle qui fera n'importe quoi pour s'en sortir, "Hustle & Flow" n'évite jamais les lieux archi-connus et un ton moralisateur pour faire avaler la pilule. Pourtant, en omettant quelques passages un peu trop prononcés, ce n'est pas si mal...

DJay (Terrence Howard) a de quoi occuper ses journées. Il entretient une ancienne flamme, l'enfant de cette dernière et une nouvelle amoureuse (Taraji Henson) enceinte jusqu'aux yeux, tout en étant le proxénète de la très jolie Nola (Taryn Manning). À la mi-trentaine, voyant que son mode de vie n'a pas d'avenir, le destin met sur sa route Key (Anthony Anderson), un ami qu'il n'a pas vu depuis plusieurs années. Pour DJay, c'est le moment où jamais d'enregistrer un démo de musique et de l'envoyer à son idole Skinny Black (Ludacris). Avant de réaliser son rêve d'être un rappeur respecté et respectable, il devra toutefois affronter les intempéries de l'existence qui surviennent sans crier gare.

Pour son deuxième film, le cinéaste et scénariste Craig Brewer reprend un des filons les plus populaires du cinéma. Celui de l'homme qui cherche à se donner une seconde conscience en faisant un peu de bien autour de lui. De l'entière filmographie (ou presque) de Martin Scorsese en passant par L'Audition de Luc Picard, c'est sensiblement le même canevas qui est raconté. Chez le réalisateur de The Poor and Hungry, cette histoire semble pourtant (enfin, selon les commentaires présents sur les suppléments) très autobiographique. Les difficultés de vivre dans la section nord de la ville de Memphis, l'omniprésence de la violence qui côtoie la prostitution et la drogue, etc.: cette réalité devient incroyablement stéréotypée, surtout lorsque le personnage principal aspire à faire carrière dans le monde tordu du hip-hop. Il doit nécessairement être un mauvais garçon, porter une grande chaîne en or, parler le langage de la rue, écrire des chansons incroyablement misogynes et s'habiller en conséquence. En fermant les yeux, le spectateur pourra très bien s'imaginer cet archétype et, surtout, ce qui lui arrivera. Les remises en question, le travail acharné, les doutes de l'entourage, les séances d'enregistrement qui ne se déroulent pas toujours dans la joie, la sensation de la gloire éphémère qui s'envole en un seul instant de folie et la conclusion, attendue mais pas trop, qui souligne au gros marqueur rouge que l'homme doit avoir un rêve pour continuer à vivre.

En dehors de ces inepties, "Hustle & Flow" mérite pourtant le coup d'œil. Les situations corsées sont parsemées de tensions, l'atmosphère suffocante de cette ville qui suce lentement l'âme de ses occupants est incroyablement bien rendue et les protagonistes, malgré leurs défauts évidents, demeurent attachants. Le rôle principal est défendu avec beaucoup de conviction par un Terrence Howard qui a dû apprendre à rapper, une tâche qu'il s'acquitte parfaitement. Même si l'interprète de Crash ne transmet pas beaucoup d'émotions, sa présence confère à l'ensemble une élégance enviable. Ne se laissant jamais manger la laine sur le dos, les Anthony Anderson, Taryn Manning et Taraji Henson s'avèrent également des figures posées, lucides et très crédibles.

Jouant un rôle presque aussi considérable, la trame sonore pourra paraître par moment clichée et attendue. Si les paroles en feront rager plusieurs par leurs contenus peu éducatifs, les airs n'auront pas de misère à séduire l'amateur de hip-hop, mais sans faire de nouveaux adeptes. Il est cependant décevant que l'utilisation des haut-parleurs ne soit pas à la hauteur. Lorsqu'une chanson arrive, les enceintes avant sont à l'honneur, alors qu'il y a peu de bruits et de sons pour réellement étonner sur celles situées à l'arrière. Au moins, cette accumulation de chansons enterre très rarement les voix qui arrivent à demeurer très distinctes. Un soin encore plus prononcé a été apporté aux images, qui sont tout simplement superbes. Les nombreuses teintes noires ne se mélangent pas et les détails sont très nombreux. De plus, il faudra chercher très longtemps pour trouver le moindre artéfact qui vient brimer cette qualité vidéo au-delà des espérances. Seule ombre au tableau: les sous-titres jaunes ne sont pas toujours faciles à lire. C'est un peu dommage, car leur présence est pratiquement essentielle à la bonne compréhension du récit.

Pour faire pardonner ce problème et une pochette assez peu inspirante, les créateurs ont décidé de doter le menu principal de ce DVD d'un fond psychédélique et d'une chanson qui sera très importante au film. Dans l'ensemble, sans pouvoir crier au génie, il faut admettre que le tout est inspirant. Surtout que les suppléments, incroyablement pertinents, donneront indéniablement le goût à un deuxième visionnement. À commencer par cette piste de commentaires de Craig Brewer qui multiplie les riches anecdotes afin de donner une nouvelle dimension au long métrage. Ou encore ce documentaire de près de trente minutes sur la production où la majorité des gens concernés parlent de leurs rôles. Mais ce n'est pas tout. Un segment de quinze minutes étale les difficultés de financement d'un tel projet qui a nécessité quatre années aux producteurs Stephanie Allain et John Singleton pour chercher de l'argent (le budget total ne doit pas dépasser le million) contre quatre semaines pour boucler le tournage! Une autre section dresse des comparaisons entre la musique typique de Memphis (country, blues, rock) et les pièces hip-hop utilisées. Il y a également de courts extraits sur la première du film, six publicités conçues pour vendre le long métrage et quatre bandes-annonces de productions diverses. En quantité, ces bonus ne sont pas effarants, mais la qualité laisse rarement à désirer.

Les défauts étant presque aussi nombreux que les qualités, "Hustle & Flow" est une œuvre qui s'apprécie à petite dose. D'un côté, c'est un film venu de nulle part qui arrive à séduire par ses personnages pittoresques. De l'autre, c'est un récit prévisible assez moralisateur qui aurait facilement pu être supérieur. Mais dans tous les cas, le consensus est présent: l'acteur principal Terrence Howard n'est pas mauvais du tout et le DVD regorge de suppléments pour laisser une seconde chance à ce pan de vie hors de l'ordinaire.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments8
Vidéo8
Audio7