"Ice Station Zebra" est un excellent film d'espionnage tiré d'un extraordinaire roman d'Alistair MacLean et réalisé par un John Sturges qui a su en faire une excellente adaptation cinématographique. Cette aventure débute, en pleine période de la guerre froide opposant les États-Unis et l'U.R.S.S., lorsqu'un satellite tombe en Arctique. Peu après, le commandant James Ferraday (Rock Hudson), du sous-marin nucléaire des États-Unis USS Tigerfish, reçoit l'ordre de l'amiral Gravey (Lloyd Nolan) d'appareiller immédiatement. Il aura pour mission de porter secours aux scientifiques prisonniers des glaces et du froid de la station polaire Zebra au pôle Nord, une innocente station météorologique isolée du reste du monde où l'on étudie le mouvement des icebergs. Cependant avant de partir pour cette mission, il devra prendre à son bord un peloton de Marines ainsi qu'un agent des services secrets britanniques, un dénommé David Jones (Patrick McGoohan). En cours de route en mer, il devra ramasser également deux autres personnes, le capitaine du Corps des Marines Leslie Anders (Jim Brown) et un autre agent secret, le Russe Boris Vaslov (Ernest Borgnine) qui travaille maintenant au profit des occidentaux. Un acte de sabotage sera perpétré à bord du sous-marin afin d'empêcher cette mission de réussir. Qui veut empêcher la mission de sauvetage de parvenir à destination? Qui est le traître parmi les membres de l'équipage? Qu'elle est la mission exacte de nos deux agents secrets à bord du sous-marin? Que peut bien contenir le satellite tombé près de la station polaire? Des questions déroutantes qui trouveront finalement réponse, dans ce film des plus captivants.
Le réalisateur John Sturges fut très prolifique durant les années cinquante et soixante. Malgré le succès populaire de ses films, il fut souvent vilipendé à tort par la critique de certains puristes et pseudo connaisseurs du septième art. Son film "Ice Station Zebra", n'est ni son meilleur, ni son plus mauvais film de sa filmographie. Sa réalisation est sobre, conventionnelle et est marquée de sa vigueur coutumière. Sturges a su au départ que son film reposerait entièrement sur la stature de ses acteurs. Il a donc choisi avec soin ses interprètes. Son premier choix s'arrêta sur Steve McQueen, malheureusement McQueen déclina l'offre, trop occupé avec sa compagnie de production Solar.
Il pensa alors à l'excellent Rock Hudson qui était tout à fait disponible pour tenir le rôle principal. Beau brumel et tombeur de ces dames, Rock Hudson démontre une fois de plus à l'écran son merveilleux charisme, mais déployant cette fois-ci un immense talent d'acteur dramatique... Gardant un flegme d'apparence, le regard perçant, il exprime avec brio une immense fougue et colère intérieure. On le sent totalement à l'aise dans ce rôle de comandant de sous-marin nucléaire, naviguant vers une mission riche en tension et en rebondissements spectaculaires.
Mais à mon avis, celui qui vole la vedette à tous est sans contredit Patrick McGoohan, nous livrant une magnifique performance d'agent britannique ... une fois de plus. Son personnage de David Jones ressemble en touts points à celui de John Drake, agent secret de l'OTAN où vous pouvez suivre ses exploits avec le coffret DVD de la toute première saison de "Danger Man". Il est malin, rusé, perspicace, très arrogant, brutal et efficace. Il adore également avoir le dernier mot dans une conversation et montrer sa supériorité. Comme vous pourrez constater que ce David Jones n'est pas là pour se faire des amis ni pour se faire aimer. Il préfère garder ses distances avec les gens afin de mieux se concentrer sur sa mission.
"Ice Station Zebra" est une assez bonne vitrine de l'atmosphère suspicieuse qui régnait à cette époque entre les deux super puissances de l'heure, les États-Unis et l'URSS, une guerre froide qui les opposait, échelonnée sur plusieurs décennies, c'est-à-dire la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945 jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989. Sans être tout à fait un film de propagande, il n'en demeure pas moins que ce drame d'espionnage de Sturges prend fermement position sur l'intervention militaire américaine afin de préserver la paix.
Présenté dans son format original, la définition générale de l'image déçoit, offrant un niveau de détail plutôt faible. Les textures, correctement rendues, manquent toutefois de finesse et de subtilité. Si l'étalonnage des couleurs est constant, celles-ci manquent de saturation. Les tons de peau paraissent naturels, bien qu'un peu délavés à l'occasion. La brillance est correctement ajustée. Le contraste est un peu faible, laissant voir une image relativement terne. Les parties sombres offrent un niveau de détails tout à fait moyen alors que les dégradés sont corrects, sans plus.
Les bandes sonores anglaise et française présentent une clarté remarquable autant au niveau des dialogues qu'au niveau de l'ambiance sonore, et ce, malgré que la bande française soit monophonique. Les dialogues sont toujours impeccablement restitués, évitant toutes traces de distorsion quelles qu'elles soient. La musique de Michel Legrand est vraiment à la hauteur de ce drame d'espionnage. Elle exprime la bravoure des hommes prêts à se sacrifier pour leur nation. L'esprit épique de cette musique se ressent tout au long de "Ice Station Zebra".
Le film fut tourné en "cinérama", mais pas le système de trois films 35mm projeté simultanément sur l'écran (citons comme exemple le très grand western de 1962 , How the West Was Won où nous percevons clairement les trois images juxtaposées) mais plutôt d'une projection en 70mm sur cinq perforations de hauteur avec un objectif particulier permettant de couvrir l'écran Cinérama. Durant cette période, afin de permettre au projectionniste de la salle de cinéma de rembobiner sa pellicule 70mm sur cinq perforations de hauteur et d'enchaîner immédiatement avec une autre bobine de film sans que les spectateurs s'en aperçoivent, les grands penseurs d'Hollywood ont inclus à la production une "Overture" en début de film, une Intermission et un "Entr'acte" musical en milieu de projection et une "Exit" après le générique de fin. Il est très agréable de constater que la Warner's a eu la brillante idée de remettre cette méthode intacte sur le DVD "Ice Station Zebra", telle que présentée en salle à l'époque et je les en remercie.
En ce qui touche les suppléments, vous pourrez voir le documentaire "The Man Who Makes A Difference" qui dévoile le travail fascinant de John Stephens, caméraman et directeur de la photographie. Son boulot est simple... filmer ce qui est impossible à faire. Durant ce court-métrage, nous le voyons travailler sur une pente de ski ou bien sur l'eau en train de filmer sous différents angles les scènes de ski nautique. Puis, il participe à la production du film de John Frankenheimer Grand Prix où il capte les voitures de Formule Un de façon inimaginable. Puis, John Stephens est appelé à travailler sur le projet du film "Ice Station Zebra" où il risque sa vie en filmant d'un avion allant à une vitesse de quatre cents milles à l'heure, à seulement dix pieds d'altitude au-dessus de l'eau et frôlant la cime des arbres. Par la suite, nous le voyons besogner sur un caisson à l'intérieur duquel il a dissimulé une caméra et qu'il a ensuite placé sur le pont du sous-marin USS Ronquil afin de pouvoir filmer sans problème l'effet de plongée du submersible à des profondeurs inouïes. Les scènes sont filmées de façon subjective et procurent aux spectateurs l'immense sensation de vivre plus intensément l'action. Pour terminer, vous avez la section "Trailer Gallery" où quatre bandes-annonces y sont présentées... Bad Day at Black Rock (1955), Giant (1956), "Ice Station Zebra" (1968) et Where Eagles Dare (1968).
Il y a un fait cocasse à vous souligner, vous remarquez qu'aucune fumée ne sort de la bouche des acteurs lorsqu'ils sont au grand froid de l'arctique... Également, nous constatons sans peine l'effet intérieur du studio avec sa neige artificielle et sa fameuse toile peinte en arrière-plan. J'aimerais également vous signaler qu'en début de rideau apparaît la bande-annonce du film The Aviator de Martin Scorsese qui relate la passion pour l'aviation du richissime producteur de cinéma Howard Hughes et que curieusement, "Ice Station Zebra" était le film préféré de ce dernier puisqu'il l'avait visionné à plus d'une centaine de reprises.
Une édition malgré tout satisfaisante techniquement, mais dont la restauration globale aurait pu être un peu plus poussée. Ce film n'est peut-être pas un chef-d'œuvre, mais néanmoins, il demeurera dans l'histoire du cinéma comme une excellente histoire d'espionnage à l'époque de la guerre froide. Bref, ce film est un incontournable dans votre vidéothèque.
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