Le réalisateur Terry Gilliam semble être atteint d'une malédiction depuis de nombreuses années. Bataille légendaire avec la Paramount pour voir la sortie de son chef-d'œuvre Brazil en version intégrale (et non la version "Happy Ending" que le studio avait choisi de distribuer), vol d'argent de la part d'un des producteurs des Adventures of Baron Munchausen, huées à Cannes pour son Fear and Loathing in Las Vegas, interruption du tournage de "The Man Who Killed Don Quijote" (sur lequel sujet on peu voir le superbe Lost in La Mancha de Pepe et Fuller), incompréhension et violente réaction à son avant dernier opus, Tideland et finalement décès de son acteur principal, Heath Ledger, pendant le tournage de "The Imaginarium of Doctor Parnassus". Avec toute cette malchance, il est étonnant que Monsieur Gilliam réussisse encore à financer ses films. Preuve irréfutable de son talent et du respect qu'il inspire dans la profession. Chose certaine, il aura certainement mérité sa place au paradis des réalisateurs à la fin de sa carrière...
Coproduit et tourné en partie au Canada (Monique Prudhomme la créatrice des costumes, une Québécoise expatriée à Vancouver, fut même sélectionnée aux Oscars) le dernier film de Gilliam se rapproche plus de ses grandes fresques comme Time Bandits, Brazil ou Munchausen que de ses derniers longs-métrages plus sobres. Sobres pour Gilliam s'entend! On retrouve en effet plusieurs des ingrédients préférés du réalisateur comme le théâtre et les marionnettes, la passion du moyen-âge et de la renaissance, la dichotomie entre le vieillard et la jeunesse – l'un exprimant la nostalgie des choses perdues et l'autre l'énergie du renouveau - , la lutte entre le bien et le mal et l'humour. Le tout bien entendu lié par son imaginaire unique et sa vision grandiose et unique du cinéma comme forme d'art.
Bien qu'il s'agisse d'un film moins important que certains de ses pièces maîtresses, il n'en reste pas moins que "Parnassus" marque un retour pour Terry Gilliam à un cinéma-spectacle visuellement époustouflant et grandiose. Le fait que le scénario ait été co-écrit par le vieux comparse de Gilliam du temps de Time Bandits ou Brazil y est peut-être pour quelque chose. Et même si le long-métrage se perd un peu dans les méandres de son scénario vers la toute fin, le film reste tout de même une belle réussite pour le réalisateur. D'autant plus qu'il a dû composer avec la mort de son comédien principal Heath Ledger et improviser des modifications importantes au scénario. C'est ainsi que le personnage de Ledger prendra tour à tour l'apparence de Jude Law, Colin Farrell et Johnny Depp une fois qu'il traversera le miroir magique de son employeur, le Docteur Parnassus.
Le scénario raconte l'histoire d'un vieux moine (Christopher Plummer) qui, il y a plusieurs centaines d'années, fit un pari avec le diable (Tom Waits) à savoir si Parnassus ne réussissait pas à récolter un nombre fini d'âmes avant le seizième anniversaire de sa fille, il devrait céder cette dernière à son ennemi. En échange de quoi l'homme devint immortel. Mais les temps ne sont plus ce qu'ils étaient et le spectacle ambulant magique du vieux Docteur ne réussit plus à intéresser ou émerveiller les foules comme il le faisait aux siècles précédents. Le temps file et la date fatidique approche. L'arrivée d'un jeune homme amnésique et dynamique (Ledger) prouvera la dernière chance pour le Docteur de compléter sa part de l'entente s'il ne veut pas perdre son enfant. Mais cet étranger ne semble pas prêt à vouloir jouer selon les règles et s'entête à passer de l'autre côté du miroir magique, au péril de son âme et de celles de ceux qu'il y amène. Réussira-t-il à en convertir assez pour éloigner le diable de sa bien-aimée ou son passé le rattrapera-t-il avant...?
Visuellement, le DVD est très bien réussi. L'incroyable somptuosité des images est bien servie par un transfert impeccable représentant bien tant la palette de couleurs splendides du monde magique que celles plus ternes et sombres de la réalité. Le tout est riche et chaleureux, d'un côté du miroir et glauque de l'autre. Au niveau de la bande son, les voix sont bien rondes et pleines et le transfert audio est globalement impeccable.
En plus du commentaire audio optionnel du réalisateur et d'une présentation spéciale du film par ce dernier, le DVD de "The Imaginarium of Doctor Parnassus" contient un disque complet de suppléments. On y retrouve une longue séquence incomplète et abandonnée lors du tournage avec des commentaires de Gilliam, une scène multi-angles où l'on peut voir grâce à la télécommande du lecteur DVD les différentes étapes nécessaires à la création d'une séquence d'effets spéciaux, une revuette sur la création du monastère, une sur la direction artistique, une sur l'imaginaire de Terry Gilliam et une sur le monde "derrière le miroir" créé par ordinateurs et écrans bleus. On retrouve en plus un montage d'images de la tournée internationale de promotion du film et des extraits de la soirée de première à Londres avec des discours des principaux intéressés. On a de plus toute une série de suppléments spéciaux ayant rapport au regretté Heath Ledger. Ses essais de costumes, une entrevue audio accordée avant le tournage et une revuette où les différents participants au film discutent de l'acteur et des ajustements qui furent nécessaires pour pouvoir compléter le tournage. Bref, des heures de bonheur pour les fans de Gilliam.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |