Véritable classique de l'histoire de la télévision québécoise, "La Famille Plouffe" est désormais disponible en formation DVD. Si l'intégralité du téléroman n'a pu être sauvée et incluse sur ce coffret, il y a tout de même huit épisodes qui rappelleront des souvenirs à de nombreuses personnes. Pour le public plus jeune, c'est l'occasion idéale de faire la connaissance d'une famille rocambolesque.
"La Famille Plouffe" n'a pas besoin de présentation. Roger Lemelin a écrit le livre Les Plouffes en 1948, il a développé un prolongement radiophonique en 1952 pour finalement écrire les histoires qui ont pris l'assaut du petit écran de 1953 à 1959. À cette époque, le médium de la télévision était encore à ses premiers balbutiements et c'est cette émission incroyablement populaire qui a été le premier succès canadien-français. Puisque les antennes n'étaient pas assez puissantes, un kinescope filmait un écran de télévision et les copies étaient envoyées dans les foyers des petites localités. Dès le 14 octobre 1954, des épisodes joués en direct dans la langue de Shakespeare pouvaient être captés partout à travers le Canada, une révolution parmi tant d'autres.
Si les intrigues ont été écrites à "une autre époque", il n'est pas difficile d'adhérer à ce ton naïf qui a choqué de nombreuses personnes à sa sortie par son langage outrancier. Chez cette famille unique, il y a maman Plouffe qui protège ses progénitures pendant que son mari Théophile s'amuse continuellement avec son frère Gédéon. Bien entendu, il y a les enfants qui vivront plusieurs aventures amoureuses. La sévère Cécile et son chauffeur d'autobus Onésime, l'intellectuel Ovide qui fera l'impossible pour séduire Rita Toulouse, le beau sportif Guillaume et ses malchances ou encore l'éternel rouspéteur Napoléon qui sera souvent pris entre deux feux. Pour incarner ces icônes, il y avait les Jean Duceppe, Amanda Alarie, Denise Pelletier, Jean-Louis Roux et Émile Genest de ce monde en pleine fleur de l'âge. Les thèmes, incroyablement révolutionnaires à l'époque, ont bien vieillis et ils sont encore représentatifs d'une certaine société québécoise. L'émancipation des femmes, la mère castratrice, le laxisme du père, le rôle du hockey comme socialisateur des relations, l'importance de l'argent pour s'élever à une nouvelle classe sociale et la peur de l'engagement ne sont que quelques éléments touchés. Des séquences pourront s'avérer irréelles (le langage parlé emprunté au théâtre, l'horloge qui ne bouge pas) et ce sont ces défauts qui rendent le tout si agréable. Qu'il soit volontaire ou non, le rire est prédominant du début à la fin. Voici la liste des épisodes disponibles:
Le téléroman a duré de 1953 à 1959 et il n'y a que huit demi-heures incluses? Oui. À cette époque, tout ce qui passait à la télévision de Radio-Canada était gardé dans des archives qui, graduellement, ont été endommagées et même détruites. Après une recherche monumentale, les segments trouvés sont offerts au public. Cette quête colossale au sein de technologies éprouvées n'est certainement pas parfaite, mais les efforts sont plus que louables. Les images en noir et blanc sont généralement magnifiques. Des égratignures et des brûlures peuvent apparaître à quelques occasions, cela ne vient tout de même pas gâcher le plaisir. Le visionnement de "L'héritage de l'oncle Éphrem" est parfois ardu (des "un moment SVP" ponctuent l'émission) et c'est ce look "toiles d'araignées" qui s'avère désopilant. Et pour une fois qu'il y a un générique qui est facile à déchiffrer! La qualité du son varie selon les épisodes et généralement, c'est plus que potable. Les voix sortent parfaitement et le langage très précieux fait sourire. Le thème est légendaire et la musique, subtile et efficace, accompagne les situations sans prendre le dessus.
Ce téléroman est disponible dans un splendide coffret en noir et blanc. Des photos d'archives se trouvent au verso, tout comme une excellente description des différentes émissions et des informations sur cette série culte. Le menu principal est très simple. Il est composé d'une photo de la famille Plouffe et d'une trame sonore qui met de bonne humeur. C'est sur le deuxième DVD que se retrouve la totalité des suppléments. Il y a une galerie de photos qui doit durer environ une minute. Le premier épisode en anglais, intitulé "The Plouffe Family, Le retour d'Ovide", est inclus et c'est un objet de curiosité. Les personnages ne s'expriment pas toujours parfaitement, mais leurs accents sont touchants. Les autres bonis se composent de cinq entrevues. Il y en a une datant de 1956 avec Roger Lemelin. Il répond à des questions pas toujours pertinentes tout en dévoilant ses projets et son regard sur la télévision. La deuxième (1962) est un retour sur le dixième anniversaire de cette œuvre avec des commentaires du réalisateur Jean-Paul Fugère, de l'auteur Roger Lemelin et de l'actrice Amanda Alarie. Par la suite, ce même Fugère parle de son travail pendant les premières saisons, un segment capté en 1981. Il y a quelques minutes de "L'Heure G" (1990) où la comédienne Janine Mignolet (l'ineffable Rita Toulouse) raconte la popularité de son personnage et de la déblatération de Doris Lussier (père Gédéon) à l'émission "Propos et confidences". Ces entrevues ne sont pas très longues et elles sont parfois superficielles, mais ce sont les intentions qui sont importantes.
Évoquant mille souvenirs pour les uns et créant beaucoup de surprises pour les autres, "La Famille Plouffe" est une institution unique en son genre qui a marqué au fer blanc le Québec. Avant de revoir les épisodes cinématographiques de Gilles Carles et Denys Arcand, c'est une excellente idée de se replonger dans ce très beau coffret qui offre huit épisodes déstabilisants.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |