Les bonnes idées sont rapidement réutilisées pour faire de l'argent. C'est en juillet 2001 que sortait sur les écrans de télévisions britanniques la série The Office. En l'espace de quelques mois, cette émission allait remporter un succès considérable partout sur son passage. À tel point que des variations américaines, françaises et allemandes n'ont pas tardé à pousser. La version québécoise a vu le jour au début de 2007 par l'entremise d'une certaine Anne-Marie Losique.
Les histoires pathétiques se déroulent toujours sur les lieux de bureau. L'entreprise Les Papiers Jennings Papers cherche à augmenter ses profits et ses décisions toucheront directement les différentes succursales. Justement, celle de Côte-de-Liesse est dirigée par David Gervais (Antoine Vézina) et elle est dans la mire de la directrice provinciale Emmanuelle Sirois-Keaton (Nathalie Coupal). Mais le "bon" boss Gervais a plus d'un tour dans son sac pour motiver ses troupes. Entre des blagues qui laissent pantois et des chansons particulièrement ratées à la guitare, la tâche semble être colossale. Pourtant, la secrétaire Anne Viens (Sophie Cadieux), le gentil Louis Tremblay (Sébastien Huberdeau), le fatigant Sam Bisaillon (Paul Ahmarani) et l'ensemble de l'équipe ne veulent que boire les paroles de cet homme hors du commun aux méthodes de travail peu orthodoxes.
Dès sa première diffusion, un peu tout le monde est tombé sur le dos de "La Job", montrant à quel point la version québécoise était tiède face à ses alter ego britannique et américain. En effet, l'humour n'a pas le même tordant. Ce qui était hilarant avant ne fait que sourire maintenant. Les charges irrévérencieuses du patron attardé face à ses pauvres petits employés s'avèrent souvent tièdes et les scénaristes auraient pu aller encore plus loin dans leurs sarcasmes.
Il faut donc mettre les comparaisons de côté pour apprécier ce dérivé. Sur le plan de la forme, peu de choses ont réellement changé. Puisque que c'est un pseudo documentaire de téléréalité (ou une variation sur ce que Woody Allen a longtemps traité), les personnages s'adressent souvent aux spectateurs. En fait, la caméra devient un protagoniste qui capte les faits et gestes d'un univers donné qui est loin d'être recommandable. Les thèmes chauds pataugent allègrement dans la mondialisation, alors que des termes comme la synergie et la rationalisation sont utilisés pour montrer comment personne ne se soucie de ces gros mots.
De l'humour pince sans rire plein d'ironie à des farces douteuses où le machisme est roi, l'intérêt repose principalement dans les mains des comédiens. En Paul Giamatti de la Belle Province, il faudra un peu de temps avant d'apprivoiser les mimiques déroutantes d'Antoine Vézina. C'est normal, son personnage n'est pas nécessairement là pour être aimé. Même son de cloche pour le Sam défendu avec brio par un Paul Ahmarani qui est d'une drôlerie irrésistible. Ses répliques font immédiatement rire et il offre un délicieux tandem avec son patron. Le duo est également bien senti entre Sébastien Huberdeau et Sophie Cadieux. Il est cependant un peu trop gentil.
Cette première saison contient 12 épisodes d'une durée approximative de six heures qui sont répertoriés sur trois disques. Voici le nom des quelques aventures qui attendent nos héros du quotidien :
Les couleurs drabes du milieu de travail sont normales. C'est pour montrer comment l'atmosphère de zombies est royalement abrutissante. L'abus des éclairages et la présence de blocage le sont un peu moins. Les transitions vers les annonces ont été gardées, ce qui peut rompre la tension. Les images demeurent toutefois jolies et aucun élément significatif ne vient gâcher la vue. L'utilisation du son est souvent secondaire. Il y a peu de bruit pour alimenter les haut-parleurs. La musique est souvent limitée au générique ou à quelques séquences qui apparaissent directement à l'écran. Puisqu'il n'y a pas de sous-titre, il faudra se contenter de l'honnête piste sonore francophone où les voix s'entendent sans aucune difficulté.
La série est distribuée dans un beau coffret solide. La photographie sur le dessus montre les visages des différents employés ainsi qu'un gros plan sur celui du patron. Un livret exhaustif explique les enjeux des épisodes tout en offrant une petite biographie des gens qui gravitent dans l'émission. Le menu principal du DVD montre un gars jouer de la guitare et un air qui est loin de ravir les oreilles. L'unique supplément disponible s'intitule "Après la job". Sur ce segment, Anne-Marie Losique invite les personnages à souper dans son penthouse. C'est comme un épisode normal, mais sans la pertinence ou l'intérêt. Les gens présents louangent la détentrice des lieux en affirmant "qu'elle a un cerveau". Un bonus qui étire un peu trop la sauce.
Il y a deux attentes à transcender pour apprécier "La Job". Tout d'abord, cela n'a souvent rien à voir avec l'original et il faut regarder le tout comme une entité distincte. En multipliant les visionnements, il est plus facile de s'imprégner de cet univers si unique. Il ne faut également pas penser rire à toutes les répliques. Ce n'est pas une sitcom facile comme Histoires de filles et Km/h. Au contraire, l'humour est songé et il est souvent intrinsèque aux situations. Les dires si pathétiques de David Gervais offrent souvent bien plus de malaises que de bonheur. Une façon comme une autre de se réconcilier avec les emplois de tout un chacun.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |