Ayant vu le jour sous la plume de Maurice Druon, la grande fresque historique "Les Rois Maudits" nous est livrée dans sa deuxième mouture télévisuelle - la première datant de 1972 - dirigée par la main de fer de Josée Dayan, réalisatrice spécialiste de l'adaptation d'œuvres littéraires classiques françaises. Après nous avoir présenté, entre autres, les miniséries Balzac, Les Liaisons Dangereuses, Le Comte de Monte-Cristo et Les Misérables, Dayan s'attaque cette fois à l'histoire de la France moyenâgeuse.
L'histoire des "Rois Maudits" se déroule en effet de 1314 à 1342. Cette saga raconte une partie de l'histoire de la monarchie française, du règne de Philippe Le Bel (interprété par Tcheky Karyo) jusqu'au début de la Guerre de cent ans contre le royaume d'Angleterre. Le récit débute avec la malédiction lancée du bûcher où il brûle par le grand maître de l'Ordre des templiers (Gérard Depardieu, acteur fidèle à Josée Dayan, de Balzac à Jean Valjean en passant par Edmond Dantès) au roi de France l'y ayant envoyé: "Soyez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races". Par le biais des deux personnages principaux qui sont apparentés au roi, Mahaut (jouée par Jeanne Moreau, autre actrice fétiche de la réalisatrice) et son neveu Robert d'Artois (Philippe Torreton), on assiste à la vie et à la mort d'une succession de rois et de différents sujets de la cour. Trahisons, empoisonnements, espionnage, double jeu, jalousies, meurtres, mariages, emprisonnements: rien ne semble interdit à la cour pour accéder au pouvoir ou aux faveurs du suzerain.
Premier épisode: Le roi de fer: C'est le règne de Philippe IV (Karyo). Pour renflouer les coffres royaux et écraser un pouvoir devenu par trop gênant, le roi fait interdire l'Ordre du Temple et saisir leurs biens. Il fait également arrêter et brûler Jacques de Molay (Depardieu), Grand Maître templier. La malédiction est prononcée: les descendants du roi seront maudits. Pendant ce temps, Robert d'Artois (Torreton) complote pour reprendre son comté des mains de sa tante Mahaut (Moreau). Il piège les filles de cette dernière et les fait arrêter en flagrant délit d'adultère.
Second épisode: La reine étranglée: Louis X (Guillaume Depardieu) succède à son père Philippe IV, première victime de la malédiction. Voulant annuler son mariage à la reine infidèle, fille de Mahaut, il complote avec Robert pour la faire assassiner. Il peut maintenant se remarier.
Troisième Épisode: Les poisons de la couronne: Louis est empoisonné par Mahaut qui fait ainsi accéder Philippe son gendre et frère du roi, à la régence du royaume. Robert dévaste les fiefs d'Artois pour affaiblir sa tante.
Quatrième épisode: La louve de France: La deuxième femme du défunt roi Louis donne naissance à un fils qui est aussitôt empoisonné par Mahaut car celle-ci voit en lui un obstacle au couronnement de sa deuxième fille mariée à Philippe. Le régent Philippe meurt après une brève maladie. Il est succédé par son frère Charles IV.
Cinquième et dernier épisode: Le lis et le lion: Autre victime de la malédiction, Charles IV trépasse sans laisser d'héritier. C'est la lutte pour la couronne. Philippe, neveu de Philippe LeBel, est nommé roi. Il condamne Robert, qui l'avait pourtant supporté, pour forgerie de faux documents et ce dernier doit s'exiler en Angleterre. Là-bas, il encourage le roi Édouard III, son petit neveu, à revendiquer le trône de France puisqu'il est le dernier descendant mâle de Philippe IV dit LeBel. C'est le début de la Guerre de cent ans entre les deux nations.
Comme toutes les miniséries tirées d'œuvres complexes et volumineuses, celles réalisées par Dayan du moins, "Les Rois Maudits" souffre du complexe du 'trop concentré': trop de personnages, trop d'événements, trop de scènes importantes et pas assez d'air pour respirer entre chaque séquence clé. Chaque mot prononcé est vital à la compréhension de l'histoire, chaque phrase est percutante. Ce qui fait qu'après les cinq heures de visionnement, on est épuisé de s'être trop concentré pour ne pas en avoir raté un iota. Heureusement, l'histoire est passionnante, les décors du bédéiste Philippe Druillet (Salammbô de Flaubert, etc.) sont épatants quoique bien peu réalistes, les costumes grandioses, les acteurs justes même si parfois en mode automatique, et la musique efficace. Somme toute, plusieurs heures de plaisir télévisuel pour qui s'intéresse un tant soit peu à l'histoire et n'a pas peur des histoires compliquées aux rebondissements multiples.
Le coffret de trois DVD est magnifiquement présenté, avec de nombreuses photos et illustrations de la série, un graphisme superbe et un livret d'accompagnement nous présentant les personnages importants et l'arbre généalogique des rois maudits. Les menus sont tout aussi charmants. Les suppléments, quoique intéressants, sont plutôt succincts. Un arbre généalogique plus complexe que celui du livret et une échelle historique présentant les événements mondiaux importants de 1250 à 1350, tant au niveau politique, social, que culturel. Malheureusement, trop peu d'événements y sont mentionnés (le tout tient sur quatre ou cinq pages-écrans) et les caractères y sont si petits qu'on peine à lire les inscriptions. Il demeure toutefois fascinant de pouvoir visualiser l'histoire des "Rois Maudits" en relation avec le reste de l'histoire mondiale.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |