Il était légitime qu'une série sur Raymond Malenfant se fasse un jour ou l'autre. Grâce au grand talent de Luc Picard et à la réalisation efficace de Ricardo Trogi, le résultat fait bien plus que divertir. Non, la corruption dans le milieu de la construction ne date pas d'aujourd'hui.
Les principales étapes de l'existence de Raymond Malenfant, de ses débuts modestes à ses rêves de grandeur, de son empire d'hôtels à ses prises de risques parfois insensés. Comme Icare, il s'est brûlé les ailes en voulant atteindre le soleil, entraînant avec lui sa femme (Julie McClemens) et ses enfants.
Raymond Malenfant est un personnage fascinant. Surtout lorsqu'il est interprété par Luc Picard. Être de contradiction, à la fois père aimant et homme du peuple qui est disposé à tout sacrifier sur un coup de tête, il représente parfaitement ce rêve américain en pleine permutation, alors que tous les coups sont bons pour arriver à ses fins. Un individu opaque qui est défendu par un comédien au sommet de sa forme, sûrement plus sympathique que son modèle. Il a de la gueule comme Michel Chartrand et du front tout le tour de la tête, ce qui donne des échanges incendiaires avec ses semblables. Le scénario de Claude Paquette aux dialogues finement écrits s'inscrit bien dans son époque (les années 1970 et 1980), devenant étrangement un prisme pleinement d'actualité, notamment au niveau des luttes syndicales, de la corruption du milieu de la construction et de la manipulation par les tentacules de l'État.
L'effort ne durant que quatre épisodes de 45 minutes chacun, il était normal que le cinéaste Ricardo Trogi passe rapidement sur certains faits marquants. Malgré son aspect chronologique, l'effort n'est pas qu'une accumulation de dates, de lieux et de situations diverses. L'essai saisit l'âme de ses personnages, parfois un peu trop superficiellement et subjectivement, mais ce n'est pas un documentaire non plus. La mise en scène est éloquente et dynamique, alors que l'interprétation d'ensemble demeure tour à tour fine (Julie McClemens), souple (dans le cas de François Chénier) et stéréotypée (l'hilarant François L'Écuyer).
La musique musclée du générique donne aisément le ton de l'ouvrage. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est bien sentie, faisant ressortir des enceintes des bruits de voitures, d'applaudissements et de mélodies. Les voix sont parfaitement audibles. Dommage qu'aucun sous-titre ne soit disponible. Les images sont très jolies à regarder. Les couleurs stylisées s'avèrent riches et développées, le niveau des détails est exemplaire, le degré des teintes varie selon l'époque et la profondeur des contrastes ne fait qu'une bouchée de ces quelques traces de grain.
La pochette en carton est dotée de jolies photographies. Un livret résume les différents épisodes, tout en offrant des notices biographiques sur le parcours de Raymond Malenfant. Le boîtier pourrait tout de même paraître un peu volumineux pour seulement deux DVD. Le menu principal des disques est élégant, superposant une chanson active à un vif montage de scènes. Quelques suppléments figurent sur le second DVD. Dans un premier temps, il y a de courtes, mais intéressantes entrevues avec Luc Picard, Julie McClemens, Ricardo Trogi ainsi qu'un tour d'horizon de la production. Il y a surtout des entrevues émouvantes avec Raymond Malenfant et sa femme Colette qui évoquent leur rencontre, la vie de motel, les syndicats et le Manoir Richelieu.
Sans être une série à tout casser comme Aveux, "Malenfant" est une émission satisfaisante et très divertissante, qui permet d'en savoir davantage sur cet homme qui a marqué à sa façon le Québec. C'est toujours mieux que le traditionnel manuel d'histoire, surtout qu'il y a l'excellent Luc Picard dans le rôle principal.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |