La sorcellerie et les établissements d'études sont souvent liés dans le cinéma et à la télévision comme un terrain fertile. La majorité des programmes inspirés par cette prémisse donne naissance à des morceaux dont le résultat s'avère, au mieux, très discutable. On n'a qu'à penser à The Craft. Sinon, dans un meilleur cas, on retrouve Buffy The Vampire Slayer. "The Initiation of Sarah" se retrouve dans la première et la seconde catégorie : c'est un film fait pour la télé, mais il demeure plutôt insipide. Qui plus est, il se trouve qu'il s'agit du remake d'un téléfilm éponyme des années 70 ou 80. Comme quoi même la magie se recycle sans se renouveler.
Sarah a des difficultés d'adaptation à tout environnement et pour cause : elle possède des pouvoirs qu'elle peut difficilement contrôler. Arrivant avec sa sœur Lindsey à l'Université (où les cours semblent relatifs), elles tentent d'être acceptées dans la sororité la plus populaire du campus. Comme dans tout "bon" film qui se respecte, il y a un os; et quel os : la maison aux lettres grecques convoitées n'est autre qu'un regroupement de sorcières voulant offrir l'une des deux sœurs en sacrifice et ainsi obtenir la jeunesse éternelle. Lindsey est très attirée par les promesses tandis que Sarah, toujours perçue comme la rebelle, redoute quelque chose sur lequel elle ne parvient pas à mettre le doigt, jusqu'à ce qu'une vérité (aussi prévisible que le succès de Lord of the Rings) soit faite à propos d'un être élu. Sarah comprend alors (20 minutes avant la fin, c'est dire comment l'université ramollit le cerveau) qu'elle devra combattre des forces qui pourraient avoir raison d'elle. La finale vous laissera une expression la plus digne d'un point d'interrogation et pour cause : on n'y comprend foutre rien. De ce qui m'a semblé, on aurait dit un long pilote pour une série télé qui ne s'est pas réellement matérialisée (ça ressemble à un mélange de "Buffy" sans les vampires, sans la magie, sans le charme, sans l'humour... bref, c'est une baudruche vide).
Ramassis de clichés, de dialogues insupportables aux limites d'un ridicule mortel, ce téléfilm ne suggère que des scènes racoleuses, léchant chaque scène au maximum pour étirer inutilement un suspense que le spectateur aura deviné avant que le film ne soit entamé de dix minutes. La confrontation entre les sœurs est d'un ennui navrant et d'un convenu sur-utilisé qu'il est difficile de croire que deux adolescentes puissent être aussi bêtes. Le reste du film est égal à lui-même : on nous montre des effets spéciaux "made for TV" donc foireux, quelques gags qui ne volent pas très haut, une tension inexistante et les courbes bien nourries des jeunes actrices qui se pavanent devant une caméra filmant davantage un film lassant plutôt que de tirer le véritable potentiel qu'avait une telle idée. Malgré cela, Mika Boorem (Sarah) s'en tire plutôt bien ainsi que Ben Ziff dans le rôle du mec qui en pince pour Sarah. Les apparitions de Jennifer Tilly et de Morgan Fairchild ne sont pas suffisantes à rescaper ce navire qui, comme le Titanic, est voué à s'échouer dans l'océan de films ratés qui auraient mérité davantage. Le metteur en scène filme bien la plastique irréprochable de ses actrices, mais ne semble pas capable (peut-être par manque de temps, ce qui est commun pour les téléfilms) de diriger pour obtenir la note juste, celle qui fait la différence entre "jouer" et "faire croire à". Reste un semblant de cohérence visuelle dans les couleurs chaudes dominantes du métrage et le choix de garde-robe très "2006" du costumier, ce qui aurait pu être pire.
Les menus sont, à notre plus grand bonheur (ne vous alarmez pas, on appelle ça du sarcasme), fixes et sans musique. On a droit à un collage en Photoshop qui rappelle les années Scream et une navigation ennuyante, à l'image du film défendu par le menu, quoi. Une si belle édition se passera bien entendu de tout supplément. Faut pas ambitionner quand même. Pour cette édition DVD, l'image est très bonne, excepté dans certains cas où les effets spéciaux sont impliqués : l'image devient floue et l'action moins précise et plus saccadée. La bande-son reproduit bien les effets des sortilèges lancés par les magiciennes en herbe puisque tout repose sur l'ambiance tant visuelle que sonore, film pour la télévision oblige.
Pas une réussite. Ce "Initiation of Sarah" n'est pas digne de rester gravé dans la mémoire. On notera surtout les moues faites par l'actrice Summer Glau qui se prend, lors de la seconde partie, pour Angelina Jolie dans toutes ses scènes et l'interprétation sans conviction de Jennifer Tilly et Morgan Fairchild (ayant été dans le téléfilm d'origine, si mes infos sont bonnes). Elles ont l'air de se demander : "Mais qu'est-ce que je fous là, moi? Ah oui, la paie!". Oui, les filles sont jolies, jeunes, les mâles sont tous appelés à prouver que les dieux grecs ne sont pas morts, mais bordel, les films d'Uwe Boll ont le mérite de divertir au moins. Le spectateur se sentira volé de 90 minutes qu'il ne pourra jamais reprendre, sauf en faisant bon usage de cette critique : trouver autre chose à visionner ce soir-là. Déjà qu'il n'y ait aucun doublage français, ça devrait en rebuter plus d'un.
| Film | 5 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 0 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |