On le sait déjà d'entrée de jeu: la réputation du metteur en scène allemand le plus détesté du cinéma depuis Ed Wood joue souvent en la défaveur d'un film portant son étampe. Pourtant, hormis une accusation de je-m'en-foutisme pour la mise en scène elle-même, force est de constater que, visuellement, c'est plutôt réussi, et c'est là que semble résider toute l'ambition du sieur Boll, bien déterminé à n'offrir que le minimum syndical requis (certains diront moins que ça encore...). Cette énième adaptation d'un jeu vidéo constitue encore une fois la preuve par quatre que console et cinéma ne font pas souvent bon ménage.
Un fermier rangé (David Statham) et sa petite famille écoulent des jours paisibles dans un petit village. Lors d'une attaque par des créatures assoiffées de sang, le cultivateur perd son fils dans une escarmouche et sa femme est kidnappée. Aussitôt, il met tout en son pouvoir afin de récupérer celle qu'il aime, si elle est toujours en vie. Il croisera sur sa route un roi (Burt Reynolds) dont le neveu alcoolique et sournois (Matthew Lillard) projette l'assassinat. Aidé d'un sorcier malveillant (Ray Liotta) et d'une armée de bêtes sauvages ainsi que de pouvoirs grandissants à mesure que le temps passe, le fermier aura fort à faire s'il veut restaurer la paix dans la gala... euh... le royaume... enfin, c'est presque pareil tout ça.
Franchement pas inspirée, la mise en scène ne parvient qu'à dupliquer les piliers mis en place par Lord of the Rings. Les spectateurs ne désirant pas regarder la trilogie de Peter Jackson pourront en retrouver ici un résumé fastoche et mollasson et pour preuves: le fermier aux allures d'Aragorn quant à son destin, une copie de la bataille du gouffre de Helm, un roi déchu rachetant son absence, des faux Nazguls, John-Rhys Davies (oui, oui, Gimli en personne, cette fois dans le rôle d'un Gandalf très années 80 et paresseux), etc. La liste est longue comme le bras. Ce qui fait également défaut est dans le design des costumes. À quoi pensaient-ils, nom de dieu? Et les coiffures? C'est bien simple, on dirait un film des années 80 en à peine mieux. Les effets spéciaux, en contrepartie, font bien meilleur effet puisqu'ils sont dotés d'un bon savoir-faire technique. Le spectacle visuel est, de ce côté, accompli. Malheureusement, les scènes n'affichent aucune cohérence entre elles (on ignore d'où viennent les créatures ni leur motif pour attaquer) et le montage tantôt MTV, tantôt manquant cruellement de rythme n'est pas pour améliorer la saveur d'une pilule qui s'avère douloureusement indigeste. Le film, tourné au Canada (probablement le seul pays à laisser tourner ce réalisateur), se paie un doublage français, ce qui choque les oreilles à cause de l'accent. Lorsqu'on tourne un film dans nos environs, est-il si difficile de trouver nos doubleurs d'ici? Je ne fais aucunement de missive incendiaire, mais lorsque notre sol est impliqué, pourquoi pas notre parlé également? Ça va de paire, il me semble.
Les suppléments ne sont pas pour améliorer la liste des choses positives de ce film. Déjà la pochette renferme une erreur majeure non corrigée (imaginez: on écrit "Dungeon Siege" dans le titre, mais plus tard, on retrouve "Seige" écrit en toutes lettres). Au total, ce sont 36 minutes d'extras à ne rien casser qui complètent le second disque, en plus d'une copie digitale du film (pour la première fois en français, et il faut que ça soit un film nase!). Heureusement, cette fois nous ne subissons pas les commentaires de Boll, incapable de fermer son cellulaire durant ce temps.
La qualité visuelle est indéniable et malgré un scénario pourri, les prises de vue épiques ne manquent pas d'impressionner par leur audace (ils savent étirer les dollars). On ne remarque que très peu de compression, mais une certaine inégalité de couleurs contamine le récit. Certaines scènes tournent près du sépia, tandis que quelques secondes auparavant, on nageait dans les teintes plus vertes. Côté sonore, pas mal du tout. Ça n'est pas du DTS, mais quand on "DTS-te" (mon premier jeu de mot numérique... bon d'accord, c'était nul) un film, le 5.1 est déjà bien. Résonnent ainsi les délires sans âme du sieur Boll, bien décidé à ne pas dépasser son carnet des charges afin de livrer son premier film PG-13 (il ne faisait que du R auparavant). 65 millions de dollars, ça baisse une cote d'âge.
Pas un film nécessaire, mais un divertissement paresseux quand on a pas envie de se taper douze heures de Lord of the Rings. Ça raconte l'essentiel de la trilogie, ça pique sans vergogne à gauche et à droite en revendiquant ses inspirations, mais ça n'a plus du tout de goût à l'arrivée. Vivement Postal qui semble nettement plus déjanté et prometteur. Pour l'instant, c'est pas de Boll.
| Film | 5 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |