Jane Eyre
Cinema Classics Collection
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Robert Stevenson
Année: 1944
Classification: G (QC)
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST, Mono), Espagnol (mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
22 avril 2007

Les grands esprits se rencontrent sur "Jane Eyre", la nouvelle adaptation cinématographique du célèbre roman écrit par Charlotte Brontë en 1847. Même si ce film a été réalisé par Robert Stevenson en 1944, il s'agit facilement de sa meilleure transposition sur grand écran.

Jane Eyre (Peggy Ann Garner) est une jeune fille maltraitée par sa tante. Elle passera plusieurs années de son existence à l'orphelinat, ayant comme seule amie une dénommée Helen (Elizabeth Taylor). Lorsque cette dernière décède après une terrible maladie, la vie ne semble que se répéter inlassablement. À l'âge adulte, Jane (Joan Fontaine) est engagée pour parfaire l'éducation de la mignonne Adèle (Margaret O'Brien). Le propriétaire de l'immense manoir, un certain Edward Rochester (Orson Welles), n'est pas un homme très jovial. Peu à peu, des sentiments naissent entre ces deux personnes aux antipodes. Leur éducation respective et des cadavres enfouis dans les placards risquent cependant de les ramener assez rapidement sur terre.

"Jane Eyre" est un roman que les gens aiment transposer. Ce n'est guère surprenant. Les thèmes (l'enfance malheureuse, l'amour difficile à obtenir) sont toujours d'actualité et l'histoire peut se dérouler dans toutes les régions, peu importe les époques. De 1915 à 2006, il y a bien eu une douzaine de transpositions plus ou moins recommandables. La plus reconnue et réussie est sans doute celle-ci. Pour l'adapter, pas moins de six mains: le cinéaste Robert Stevenson, le scénariste John Houseman et le vénérable philosophe Aldous Huxley. Devant la caméra, autant de talent. Joan Fontaine venait tout juste de remporter un Oscar d'interprétation pour le Suspicion d'Alfred Hitchcock, alors qu'Orson Welles était surtout connu comme étant l'homme ayant effrayé les États-Unis par ses bobards sur les extra-terrestres.

Prenant quelques largesses de la source originale, cette version de "Jane Eyre" ne la dénature pas pour autant. Le climat de l'époque est honorablement respecté à grand coup de brouillard, le drame humain filtre assez bien ce suspense inquisiteur et quelques dialogues humoristiques détendent l'atmosphère. Dans le rôle titre, Fontaine s'en sort aisément. Elle n'est pas aussi mémorable que dans Rebecca, mais son personnage offre un bon mélange de délicatesse et de fougue. Difficile d'en dire autant pour Orson Welles. Ce brillant réalisateur est un acteur formé à l'école de Shakespeare et cela paraît. Il force la dose et les mimiques, ce qui ampoule rapidement son jeu. Les échanges entre les deux comédiens demeurent toutefois un peu froids. Dans un court rôle, Elizabeth Taylor réussit à réconforter par son minois et la jeune Margaret O'Brien est d'une fraîcheur sans égal.

Au lieu de la jouer naturaliste, le metteur en scène a préféré verser dans le pur gothique romantique. Le château s'avère rapidement austère, il y a un chien (de l'enfer?) et Welles a un vilain plaisir à se déguiser en émule du comte Dracula. Le film est en noir et blanc et les ombres lugubres sont de tous les plans. Si quelques égratignures et du grain peuvent exister, le transfert a été brillamment réalisé. Sans être parfaits, les contrastes ne brouillent jamais la vue et ils offrent suffisamment de détails intéressants. La piste sonore porte la griffe si distincte de Bernard Hermann. Sa musique joue sur différents niveaux, en évitant généralement d'être trop larmoyante. Ces mélodies et des bruits très distincts finissent même par enterrer légèrement les voix. Ce n'est pas la fin du monde pour cette piètre traduction française (les lèvres ne suivent même pas), mais c'est dommage pour la version originale. Au moins, de très visibles sous-titres jaunes sont disponibles pour faciliter la compréhension.

Le boîtier comporte quatre cartes postales à l'effigie des différents acteurs et un mince livret. La pochette est très classique. Elle montre les deux principaux protagonistes baignant dans le noir, avec une porte d'où émane une lumière. Le menu principal est encore plus quelconque. Une image est séparée en trois parties, rien ne bouge et il n'y a aucune image. Quelles chance qu'il y a plusieurs suppléments pour compenser! Il y a tout d'abord une piste sonore complètement instrumentale (c'est parfait pour entendre les notes si uniques de Bernard Hermann) et deux pistes de commentaires. La première propose les voix de l'actrice Margaret OBrien et du biographe d'Orson Welles Joseph McBride. Ils racontent des anecdotes sur tout sans réellement entrer en profondeur. Ce n'est toutefois pas le cas de la piste animée par Julie Kirgo, Steven Smith et Nick Redman. Ces gens sont des historiens et cela paraît. Leurs analyses sont fouillées et même si les propos demeurent très techniques, ils s'avèrent toujours pertinents. Il y a également un documentaire de 19 minutes qui traite des carrières de Stevenson et de Wells. Ce dernier cherchait à être sous les feux des projecteurs partout où il passait. Sur un plan plus superficiel, il y a la convaincante bande-annonce originale, quatre photos de la production, douze très beaux dessins et huit images d'affiches. Un court segment montre les comparaisons entre la source maîtresse et le résultat après la restauration. Les changements sont saisissants. Il y a finalement un petit film de propagande réalisé par Stevenson pendant la Seconde Guerre mondiale où la Grande-Bretagne est montrée comme les amis du peuple... C'est un peu long, mais la métaphore du football pour expliquer les combats est sidérante.

Cette vision des écrits de Charlotte Brontë est réellement la version à posséder. Contrairement à la variation de 1996 de Franco Zeffirelli qui mettait en vedette William Hurt et Charlotte Gainsbourg, celle de Robert Stevenson est beaucoup plus foisonnante et passionnante. Des décors aux interprètes en passant par la trame sonore et les options, cette édition estampillée "Cinema Classics Collection" mérite toute l'attention.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments8
Vidéo8
Audio6