Il y a déjà trente ans, un "gros poisson" aux dents pointues terrorisait une petite ville insulaire de la côte atlantique des États-Unis. En tout cas, le chef de la police locale en était convaincu, bien plus que ses habitants pour qui il était impossible que la sérénité de leur petite bourgade au bord de la mer soit dérangée par un prédateur qui ne vient jamais dans ses eaux. Et pourtant... "Jaws" était là et devenait un des plus grands succès de cette fin du vingtième siècle, le premier "blockbuster" de l'été et surtout le premier à atteindre les fameux 100 millions de dollars américains au box-office.
Universal a choisi ce trentième anniversaire pour nous proposer une nouvelle édition de ce film à frissons. Dans le même temps, un sondage d'un magazine anglais (avec plus de 10000 votants) donne son réalisateur, Steven Spielberg, comme le plus grand réalisateur de tous les temps. Certes, il est difficile d'échapper au phénomène "Jaws" depuis trente ans. À commencer déjà par la célèbre mélodie, reprise de nombreuses fois, surtout en hommage, comme dans l'une des dernières productions Dreamworks, la bien nommée Shark Tale (mélodie qui faisait d'ailleurs peur au gentil requin Lenny). Sans oublier les deux attractions favorites des visiteurs des Studios Universal, à savoir se faire prendre en photo auprès de la carcasse suspendue de la bête ou encore se laisser surprendre par le héros surgissant à quelques dizaines de centimètres de nous, en plastique et en fer, lors d'une traversée humide d'un plan d'eau trop tranquille, qui devient rapidement un champ d'explosions.
Mais revenons à ce film qui a peut-être rendu hydrophobe une certaine partie de ses admirateurs. Nous sommes en 1974. La petite ville insulaire d'Amity se prépare à sa nouvelle saison estivale. Récemment installé, le chef de police Martin Brody (Roy Scheider) ne veut pas faire les choses à moitié. Alors qu'on découvre les restes d'une baigneuse, apparemment déchiquetée par un requin, Brody ordonne la fermeture des plages. Mais le maire Larry Vaughn (Murray Hamilton) ne le voit pas du même œil, surtout à l'approche de l'arrivée des premiers touristes, source non négligeable de revenus pour l'île. Le chef, qui se retrouve un peu pieds et poings liés par cette autorité municipale dont il dépend, ne baissera pas sa garde, car il est bien persuadé, parfois de façon un peu trop paranoïaque, qu'un ou plusieurs requins rôdent. Il sera aidé dans sa tâche par un jeune scientifique expert, Matt Hooper (Richard Dreyfuss) et un vieux loup de mer, Quint (Robert Shaw). Et quand les preuves ne pourront être réfutées par l'administration, il est peut-être déjà trop tard pour remédier à l'invasion du grand requin blanc, le "Carcaradon Carcarias".
L'édition du 30e anniversaire, que nous propose Universal, se veut bien plus complète que l'édition du collectionneur sortie pour le 25e anniversaire, en l'an 2000. Et qui dit plus complète, sous-entend aussi pouvant comporter des éléments semblables. Voyons donc un peu plus en détail les différences. Du point de vue physique, c'est une édition deux disques, rangés dans un boîtier classique. Un superbe livret de 60 pages, illustrés de plus de 200 photos légendées, accompagne les disques et le tout est glissé dans un fourreau de carton avec un graphisme reprenant l'affiche originale du film, mais avec des jeux de reflets et de lumières différents. Une fiche technique bilingue est collée sur la face arrière du fourreau (mais elle ne reste pas très en place malheureusement).
Du point de vue contenu des disques, il y a du bon et du "un peu" moins bon. Tout d'abord, la présentation visuelle à l'écran est identique à celle de l'édition de 2000. Seul le détail des menus diffère en fonction des disques. La première grosse différence, et la plus appréciable, est sur le premier disque: le film ne comporte pas moins de cinq pistes sonores, cinq fois plus que pour le 25e. Bien entendu, notre préférence ira aux pistes anglaises Dolby Digital 5.1 et DTS 5.1, mais on ne négligera pas la piste originale en Dolby Digital 2.0. Quant à l'ajout de la piste Dolby Digital 5.1 française, c'est un rêve qui s'exauce, même si, finalement, je l'aime moins aujourd'hui à force d'avoir entendu l'anglaise. Le film, quant à lui, est identique à la précédente version, avec malgré tout la curiosité d'être minuté 125 minutes sur le 25e anniversaire et 124 minutes sur le 30e. Pourtant, aucune "coupe" ne semble avoir été pratiquée. L'image est très belle, bien contrastée et avec très peu d'impuretés. De légères améliorations par rapport à l'édition précédente ont été annoncées, mais on ne les perçoit pas réellement. De toute façon, c'est déjà excellent. Toujours sur ce premier disque, quelques suppléments en guise d'apéritif: "Deleted scenes and Outtakes", qui est en fait le même ensemble que celui présenté dans l'édition du 25e, à savoir une quinzaine de minutes de scènes rejetées ou non utilisées. Par contre, le court documentaire, visiblement d'origine anglaise (l'auteur Peter Benchley est anglais), "From The Set", tourné en même temps que le film, soit en 1974, propose entre autres un entretien inédit avec un tout jeune Spielberg de 26 ans. Dommage que cela ne dure qu'à peine dix minutes.
Sur le second disque, nous retrouvons le documentaire de Laurent Bouzereau "The Making Of Jaws". Là encore, si vous possédez l'édition du 25e, ne faites pas trop vite la grimace. En effet, il semble s'agir du même documentaire tourné en 2000 pour la précédente édition, mais à la différence près qu'il dure cette fois-ci 122 minutes au lieu de 59 minutes la première fois. Autant dire qu'il s'agit de la version complète de ce documentaire où tour à tour les différents protagonistes, de Steven Spielberg à Roy Scheider en passant par Richard Dreyfuss et les producteurs David Brown et Richard D. Zanuck, viennent raconter comment ils ont vécu ce tournage. Entièrement sous-titré en français (autre différence), nous ne nous lassons pas d'écouter les intervenants raconter l'histoire du tournage de ce film et de se rendre compte qu'il s'en est fallu de peu qu'il ne sorte jamais, tellement les écueils furent importants. Non incluse dans les scènes rejetées, ce documentaire contient une séquence tournée, mais finalement non incorporée au montage final en raison de son caractère trop "sanguinolent" selon Spielberg. À ne pas manquer non plus, l'intervention de la première victime qui nous raconte de façon assez détaillée le tournage de sa désormais fameuse scène. Une mine de renseignements pour tout fan de Jaws. Pour compléter les suppléments de ce deuxième disque, plusieurs séries d'archives photographiques divisées en thèmes: photos de production, scénarimages, le "marketing" de Jaws et enfin le "phénomène" Jaws. Très intéressant de découvrir les affiches de plusieurs pays ainsi que les photos de cinémas de l'époque. Une grande partie de ces galeries existait déjà sur la précédente édition.
Je vous invite à faire quelques recherches sur Internet pour lire les innombrables anecdotes qui existent sur ce film. Fausses ou vraies, il y en a des dizaines, trop pour être répertoriées ici. Parmi les plus intéressantes, on choisira que le nom du requin, Bruce, a été choisi par Spielberg en souvenir de son avocat. Le bateau de Quint s'appelle "Orca". On sait que l'orque est le principal prédateur du requin, aussi appelé "tueur de requins". Il a fallu 75 prises de la scène où Brody (Scheider) coule avec le bateau Orca: l'acteur n'avait pas confiance en l'équipe de sauvetage. C'est à la célèbre île de "Martha's Vineyard" que fut tourné le film. C'est sur cette même île qu'a été fêté le 30e anniversaire du film, au début du mois de juin 2005, lors d'une grande manifestation de trois jours. Et il existe une autre fin au film, beaucoup moins spectaculaire. Elle n'a pas été choisie lors des projections tests. Peut-être fera-t-elle partie des suppléments de l'édition du 35e anniversaire!
Voici donc une édition du 30e anniversaire qu'il serait idiot de ne pas acheter, même si on possède déjà celle du collectionneur du 25e anniversaire. Parmi les raisons: la présence d'une piste sonore française d'excellente qualité, des suppléments inédits ou rallongés (par rapport à la précédente édition), tous sous-titrés en français et présentés sur deux disques, sans oublier un superbe livret de 60 pages avec de très belles photos, le tout pour moins de 20$. Comment ça? Vous n'avez pas encore cliqué sur le lien en haut de la page? Tant pis pour vous s'il n'en reste plus, moi j'ai déjà mon exemplaire!
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 10 |