Robert Morin continue à faire ce qu'il sait le mieux dans "Journal d'un coopérant", un essai dérangeant et caustique sur les maux qui affligent l'Afrique... et l'être humain. Peut-être pas aussi essentiel que ses dernières missives, mais néanmoins toujours dans une classe à part.
Un coopérant (Robert Morin) se rend en Afrique pour une ONG, Radio du Monde, afin de réparer de l'équipement. Il y trouve une nation vautrée dans la pauvreté, la guerre et la maladie. Le célibataire découvre également que l'aide humanitaire est détournée par les grands dirigeants, alors que la population locale n'a presque rien pour se nourrir et survivre. Afin de s'échapper de cette misère, il passe son temps à jouer à un jeu vidéo... et à prendre soin d'une petite fille (Jani Alban).
Par l'entremise de Requiem pour un beau sans-cœur, Yes Sir! Madame... et Le Nèg', Robert Morin a marqué la cinématographie de la Belle Province, l'enrichissant d'œuvres uniques et nécessaires. Pour son nouveau long-métrage, il continue d'explorer ses thèmes de prédilection sans sacrifier son style et son ton corrosif. La scission entre le réel et la fiction n'est pas toujours aisée à faire, le récit est à nouveau filmé grâce à une caméra à l'épaule et l'antihéros s'adresse directement à la caméra. Comme quoi la majorité des cinéastes (Hitchcock, Scorsesse, etc.) déchiffrent continuellement leur même jardin, continuant à se nourrir des thèmes qui leur sont si chers.
Il en va de même avec le créateur de Windigo qui n'a toujours pas tout dit sur l'ambiguïté. En fait, "Journal d'un coopérant" ressemble presque à un miroir inversé de son précédent - et excellent - Papa à la chasse aux lagopèdes. Cette fois, un homme foncièrement bon et sympathique aux yeux du spectateur devra affronter ses démons et ses vices. Cette quête personnelle et intérieure est doublée d'un regard acidulé sur l'Afrique. L'homme derrière Que Dieu bénisse l'Amérique n'a jamais fait dans la subtilité et ses minutions sur cette terre contrastée n'est pas nouvelle. Sauf qu'elles confirment le parti pris engagé de son auteur qui recoure à un humour désespéré pour ne pas perdre totalement son âme.
La démonstration, forcément attendue chez les adeptes du réalisateur, n'a pas la même force dramatique qu'un Petit Pow! Pow! Noël. Les sentiments n'ont guère l'occasion d'exister dans ce lieu où la beauté et les horreurs se côtoient couramment. Bien que de nombreuses personnes pourront prédire comment le tout va se terminer, c'est le voyage qui mérite l'attention et le détour. N'importe qui (ou presque) aurait simplement développé ses enjeux autour des traditionnelles thématiques liées au continent africain. Pas le père de Tristesse modèle réduit et de La femme étrangère. Au contraire, il ramène tout à l'homme à travers d'éloquents exemples qui n'évitent cependant pas certains stéréotypes.
La très jolie photographie ressort de cette édition aux couleurs précise, mais sans éclat, à ces teintes soignées et à ces contrastes judicieusement sombres qui laissent volontairement de la place au grain. C'est ce qu'on appelle le côté artisanal de la chose. La musique variée à tendance africaine est au service d'une agréable piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 qui ne lésine pas dans sa façon de faire ressortir des bruits de voix, d'oiseaux et de klaxons. Les dialogues généralement clairs peuvent être soutenus par de très visibles sous-titres blancs en anglais, ce qui permet du coup à un plus large échantillon de spectateurs de découvrir l'univers unique de Robert Morin.
La pochette tout à fait représentative montre un homme qui se cache le visage avec un masque. Le menu principal du DVD offre plutôt un montage de scènes sur une douce mélodie. Les suppléments sont composés d'une seule et unique bande-annonce. Une déception pour un auteur qui a sans doute tant à dire sur son art et ses sujets abordés.
"Journal d'un coopérant" n'élargira probablement pas l'auditoire d'un des meilleurs metteurs en scène du Québec. Il satisfera toutefois ses admirateurs par sa touche authentique si loin de tout impératifs commerciaux. Une odyssée imparfaite, mais néanmoins captivante qui rappelle que la nature humaine est composée de dominants et de dominés.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |