Après avoir amorcé sa carrière comme assistant-réalisateur sur plusieurs productions mettant en vedette le duo comique Abbott et Costello, Phil Karlson se fait remarquer dans les années 1950 en tournant une série de films de gangsters violents et réalistes, dans un style direct qui privilégie les décors naturels sombres et menaçants, et une attention quasi maniaque aux détails. Malheureusement pour lui, nous sommes à la fin du cycle du film noir et Karlson ne réussira pas à tirer profit du succès d'estime de ces films. Il se verra par la suite confiné à des productions de série 'B', jusqu'en 1973 quand il réalise Walking Tall, son plus grand succès commercial. "Kansas City Confidential", réalisé en 1952, marque la première de ses trois collaborations avec l'acteur John Payne, un habitué des comédies musicales qui réussit, grâce à Karlson, à se fabriquer une image convaincante de dur.
Un homme mystérieux engage trois truands et organise un vol de banque, en plein jour, qui rapportera plus d'un million de dollars. Malheureusement pour Joe Rolfe (John Payne), un ex-militaire qui a déjà fait de la prison et qui tente de mener une vie honorable, le gang quitte les lieux du crime dans une camionnette identique à celle qu'il conduit pour son travail de livreur. Arrêté, brutalisé, interrogé et finalement relâché, Joe tentera de retrouver les vrais coupables. Il retracera Pete Harris (Jack Elam) à Tijuana, au Mexique, et apprendra qu'aucun des trois bandits ne se connaissent puisqu'ils portaient tous des masques lors du vol. Le seul à pouvoir les identifier étant le chef de la bande. Quand Harris est harponné par la police mexicaine, Joe prendra sa place et se rendra au lieu de rendez-vous dans un hôtel du village côtier de Borrados. Il y trouvera les deux autres membres du gang (Neville Brand et Lee Van Cleef), une jolie étudiante en droit (Coleen Gray) et son père (Preston Foster), un policier à la retraite qui semble tout à fait à l'aise en ce lieu où les apparences sont trompeuses. Qui est qui et qui trahira qui?
La méprise d'identité est non seulement un thème cher à Hitchcock (on pense à North by Northwest par exemple), mais on en retrouve de nombreuses variantes dans le film noir. Dans la plupart des cas, le principal protagoniste est un homme qui a commis des erreurs dans le passé, qui essaie de retourner dans le droit chemin, mais qui se retrouve accusé d'un crime qu'il n'a pas commis. Pour se faire justice, il n'aura d'autre choix que de confronter les gangsters.
Dans "Kansas City Confidential", après une astuce du scénario qui installe rapidement les bases du récit, le réalisateur nous plonge au coeur du suspense en laissant toute la place aux personnages, aux dialogues incisifs typiques du genre et aux explosions de violence. Fidèle à son approche, il utilise un style semi-documentaire et enchaîne les scènes courtes et rythmées qui ne laissent aucun répit au spectateur. L'atmosphère qui enveloppe l'hôtel de Borrados devient rapidement oppressante, alors que les protagonistes sont plongés dans le jeu mortel du chat et de la souris et s'empêtrent dans un dédale de sous-intrigues où règnent la méfiance, les sous-entendus et le mensonge. John Payne est parfait dans la peau de Joe Rolfe, un gars ordinaire, intelligent, capable de jouer les durs, mais dont le visage trahit la peur et un soupçon de désespoir. Neville Brand, Lee Van Cleef et Jack Elam (en début de carrière, mais que l'on retrouvera dans une multitude de westerns par la suite) ont des traits tellement particuliers, qu'il n'est pas étonnant que le réalisateur multiplie les gros plans sur leurs visages. On ne peut que regretter une finale rédemptrice au ton moralisateur, probablement imposée par le studio.
Le transfert proposé par MGM est quasi impeccable. En fait, c'est l'un des meilleurs qu'il m'ait été donné de voir pour un film noir. L'image est claire et propre et le grain de la pellicule est à peine perceptible. Le niveau des contrastes et des détails est exceptionnel et il n'y a pas la moindre trace d'artefacts ou d'accentuation des contours. La piste audio propose également une limpidité sonore surprenante pour un film de cette époque et les dialogues sont clairs et facilement audibles. La présentation est de facture classique et aucun supplément n'est offert sur cette édition.
"Kansas City Confidential", malgré quelques invraisemblances, une finale mélo qui détonne et une approche qui rompt parfois avec les conventions du genre pour se concentrer sur l'action, demeure un très bon noir et un parfait exemple de ce qu'un réalisateur qui connaissait les trucs du métier pouvait accomplir avec un budget limité. Fortement recommandé aux amateurs du genre.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |