Les frères Joel et Ethan Coen n'ont plus besoin de présentation. Architectes d'un cinéma visionnaire et faisant preuve d'une idiosyncrasie aiguë, ils ont su concocter à travers une dizaine de films (Fargo, The Big Lebowski) des univers particuliers épousant souvent le genre noir, mais en y intégrant un humour corrosif, des personnages marginaux et des pointes de violences souvent dérangeantes. La recette de leurs succès réside sur le fait qu'ils donnent rarement dans le compromis. Ils écrivent habituellement leurs histoires, les adaptent pour le cinéma, réalisent et produisent leurs films. Le dernier né de la lignée Coen a pour nom "The Ladykillers" et c'est avec Tom Hanks dans le rôle principal que nous arrive cette comédie bien spéciale.
Pour un deuxième film consécutif, les frères Coen ne sont pas de tous les aspects du film. Après avoir réalisé et produit la comédie Intolerable Cruelty, film basé sur une histoire qui n'est pas d'eux, ils adaptent un film anglais tourné en 1955, intitulé également The Ladykillers et qui mettait en vedette Alec Guiness et Peter Sellers, en un film aux saveurs d'une Amérique sudiste, plus précisément le Mississipi. Ce film raconte les péripéties d'une bande de malfrats de petite envergure qui espèrent cambrioler un casino flottant. Pour ce faire, ils devront creuser un tunnel vers une voûte où l'argent est entreposé. Pour que l'opération demeure incognito, ils devront procéder via le sous-sol de la demeure d'une vieille dame très religieuse et pour y accéder, ils s'improviseront musiciens à la recherche d'un endroit tranquille pour pratiquer.
Si l'histoire de ce film est quelque peu banale, son traitement en contrepartie est frais et nous présente une bande de criminels aussi disparates qu'originaux. Le professeur G.H. Dorr (Tom Hanks) est le chef de ce quintet et c'est par les bonnes manières, la poésie et le raffinement qu'il opère. Gawain MacSam (hilarant Marlon Wayans) est l'agent d'infiltration et travaille comme préposé dans le casino. Ses manières sont quelque peu grossières surtout quand il se retrouve face à une silhouette callipyge. Le général (Tzi Ma) est un crack dans le creusage de tunnel et ressemble plus à un tortionnaire japonais de la Deuxième Guerre mondiale qu'à un expert en tunnel. Il possède la faculté de faire disparaître toute trace de l'éternelle cigarette qu'il porte à ses lèvres en un clin d'œil. Garth Pancake (P.J.Simmons) est l'expert en explosif et en irritation du colon et possède un talent de pédagogue dans ses champs d'expertise. Pour terminer, il y a Lump Hudson (Ryan Hurst), l'idiot de la bande, qui est là pour abattre la sale besogne. Voir ces virtuoses du crime essayer de se mettre au même diapason est un exercice indescriptible et surtout très drôle. D'ailleurs, la façon que l'on introduit ces personnages est d'anthologie et c'est au rythme d'un métronome affolé que l'on se dilate la rate. Ce film est un opéra qui se joue en deux actes. Si le premier est un feu roulant de situations cocasses et originales, la deuxième perd en rythme et en fraîcheur, mais demeure quand même digne d'intérêt.
La cinématographie de Roger Deacins est toujours aussi emblématique. Cette poésie de couleurs et de textures nous est très bien rendue par le transfert anamorphique de Buena Vista. Les couleurs sont bien saturées et paraissent très naturelles. Aucun artéfact de digitalisation n'est à signaler sur ce très propre transfert. Côté audio, deux trames Dolby Digital 5.1 sont présentes, soit l'anglais et le français. La trame originale est de très bonne qualité offrant une belle ambiophonie et une belle stéréophonie. Les dialogues sont limpides et la généreuse trame musicale de Carter Burwell vient encore une fois se fondre parfaitement au milieu géographique et à l'ambiance "Gospel" du Mississipi. Le menu du DVD est très bien construit et nous présente une pluie de billets de banque à l'effigie de notre quintet de criminels qui descend le long d'un pont qui surplombe le fleuve Mississipi. Ce menu très emblématique au film et très original est une belle réalisation. La navigation entre les différentes options se fait sans heurts.
Côté suppléments, sans être la dèche on aurait pu s'attendre à un peu plus. Le premier supplément intitulé "The Gospel of the Ladykillers" est un hommage au groupe qui interprète quelques chansons pendant le film. Si le film ampute les chansons, question de garder le rythme, ce supplément nous permet d'entendre les chansons "Shine on" et "Trouble in this world" dans leur entièreté. Le deuxième extra nous présente Danny Ferrington, le créateur des instruments de musique baroque servant de prétexte à notre bande de lascars. D'une durée de 11 minutes, il est impressionnant de voir les efforts déployés par M. Ferrington pour créer ces instruments uniques. Un petit extra de quelques minutes nous présente quelques scènes ratées. Monté à l'accéléré, ce court segment se veut très drôle. Le dernier supplément nous permet de consulter le scénario des frères Coen pendant que l'on écoute le film. Cependant, cette option nécessite l'utilisation d'un PC et d'un lecteur DVD-ROM. Pour compléter la liste des suppléments, on a quelques bandes-annonces. À souligner qu'un encart nous énumère les différents chapitres du film, une rareté de nos jours.
"The Ladykillers" est une excellente comédie qui, pour des raisons qui m'échappent, a été plus ou moins accueillie bien par la critique et par les auditeurs. Pourtant, on a encore droit à cet humour caustique si personnel au frères Coen, à des personnages caricaturaux et aux angles de caméra propres à l'univers particulier de ces deux visionnaires. Je vous recommande plus que chaudement ce film hilarant qui relate les aventures et mésaventures d'une bande de mal assortis à la recherche d'un bonheur facile.
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |