Si un film serait un dessert, "Last Holiday" représenterait une grosse crêpe fondante où il y aurait beaucoup trop de confitures, de guimauves et de sirop pour le taux de sucre de n'importe quel individu normalement constitué. C'est beau l'accumulation de bons sentiments, mais il doit y avoir des limites.
Georgia Byrd (Queen Latifah) mène une vie frustrante et répétitive. Elle travaille dans un magasin minable de la Nouvelle-Orléans tout en se faisant engueuler trop souvent par son patron et en fantasmant sur un homme (LL Cool J) depuis belle lurette. Le temps passe et elle ne change strictement rien à son existence, puisqu'elle est convaincue que l'avenir apportera son lot de bonheurs. Cette femme honnête et travaillante tombe des nues lorsqu'un médecin lui apprend qu'elle va mourir dans trois semaines. Se rendant à l'évidence qu'elle n'a jamais réellement profité de sa personne, Georgia retire toutes ses économies pour aller mourir dans un hôtel huppé en Europe. Changeant drastiquement sa coiffure, son habillement et ses habitudes, cette nouvelle venue fera tourner de nombreuses têtes sur son passage et elle arrivera même à aider différents individus à mieux concevoir leur destinée.
Le cinéaste Wayne Wang est capable du meilleur comme du pire. À ses débuts, il enchaînait les œuvres inestimables comme Chan is Missing où le faible budget était indirectement proportionnel à la qualité du résultat final. Lors de sa dernière apogée, en 1995 avec le célèbre Smoke, il faisait croiser le chemin d'une dizaine de personnes qui avaient tous des histoires incroyables à raconter. Depuis ce temps, il semble avoir été récupéré par les grands studios (un peu comme Lee Tamahori) pour réaliser des récits à l'eau de rose particulièrement pesants. Après les savons sans saveur de Anywhere But Here, Maid in Mahattan et Because of Winn-Dixie, il enchaîne avec le tout aussi banal "Last Holiday", un vague remake d'un film britannique de 1950 qui mettait en vedette Alec Guinness.
À priori, rien ne semble très repoussant dans cette galère de femme qui arrive finalement à vivre sa vie de la façon dont elle voulait. L'humour bon enfant est constant, les répliques sont parfois drôles et les interprètes demeurent généralement charismatiques. À commencer par cette sublime Queen Latifah qui agit toujours comme un poisson dans l'eau dans la majorité de ses rôles. Ici, elle porte le long-métrage sur ses épaules et sa bonne humeur est maladive. LL Cool J est également très sympathique en prétendant maladroit qui fera n'importe quoi pour conquérir l'élue de son cœur. Même le bien portant Gérard Depardieu, l'haïssable Alicia Witt et le détestable Timothy Hutton tirent leurs épingles du jeu malgré leurs personnages incroyablement stéréotypés et manichéens.
Ce sont les messages trop appuyés qui donnent envies de hurler. Pour être bien dans sa peau, l'être humain doit absolument dépenser son compte en banque, jeter l'argent par les fenêtres et s'habiller selon la dernière mode? Surtout que tous les mots sortant de la bouche des archétypes sont des messages potentiels. Il ne faut pas attendre à demain pour vivre sa vie. L'essentiel, ce n'est pas comment on commence, mais comment on finit. Ce ton moralisateur, lourd et larmoyant aurait pu être plus subtil, sauf qu'il augmente pour littéralement tout gâcher à la fin. L'héroïne remporte trois mises gagnantes consécutives à la roulette, elle empêche un suicide et elle tombe dans les bras de l'homme de ses rêves en deux temps trois mouvements. L'amour est peut-être aveugle, il y a tout de même des limites à la naïveté.
Le contenu de "Last Holiday" est sans doute trop sucré, son contenant est tout à fait recommandable. La musique est présente du début à la fin et elle visite différents genres comme le gospel, le blues et la pop. Sans particulièrement étonner, cette trame sonore accompagne les situations pour mettre un peu de piquant ou soutirer un sourire. Sa façon de disparaître dès qu'un personnage parle est appréciée, car les dialogues sont toujours très audibles. Les différentes pistes audio sont toutes d'excellentes qualités. L'utilisation des haut-parleurs situés sur le côté est cependant un peu trop timide, car seuls des bruits d'hélicoptère ou de neige se font entendre à l'occasion. Un peu comme l'excellent Eat Drink Man Woman d'Ang Lee, la dernière production de Wayne Wang fait saliver. Les recettes sont multiples et il est légitime de saliver devant ces aliments si alléchants. Ces images aux détails incroyables et aux décors féeriques sont assez formidables. Les sous-titres jaunes sont très visibles et le blocage se veut pratiquement inexistant. En contrepartie, le générique final est presque impossible à lire et la luminosité prédominante peut fausser quelques scènes. La lumière est parfois trop présente, ce qui donne des visages tirant un peu vers le jaune. Pour le reste, c'est du tout beau.
La pochette représente parfaitement le récit. Il y a la voluptueuse Queen Latifah à droite, LL Cool J à gauche avec une rose et trois acteurs secondaires dans le milieu. Tout le monde rit et semble bien s'amuser. Le menu principal du DVD, assez rythmé, est un montage de différentes séquences du film. Il y a une musique très discrète et la navigation entre les icônes est très aisée. Les suppléments sont assez nombreux et ils sont plutôt intéressants. Tout d'abord, il y a trois documentaires sur la production. Le premier et le plus long s'intéresse aux messages, aux cascades, au scénario, aux personnages et au réalisateur. Rien de très transcendant ou d'instructif, mais c'est toujours pertinent à regarder. Le second est une suite un peu plus courte qui parle cette fois de la photographie et des angles de caméra. Le dernier est centré sur les déboires des producteurs pour trouver une bonne équipe afin de mener le projet à terme. Cela faisait 23 ans que le récit est sur la table et personne ne voulait le faire. Il a toutefois fallu le charme et la préséance de Latifah pour que la lumière soit enfin visible au bout du tunnel. Les autres bonus comprennent deux scènes retranchées assez inutiles, la bande-annonce originale, quelques publicités des prochaines sorties de Paramount et même deux recettes. Une pour du poulet Tchoupitoulas et l'autre pour des Bananas Foster. Les menus pas toujours agréables à lire et le nombre effarent d'ingrédients risquent toutefois d'en rebuter plusieurs.
Comédie romantique complètement inoffensive et même incroyablement kitch, "Last Holiday" noie ses interprètes chaleureux dans des messages beaucoup trop abondants et collants. Ce n'est pas véritablement mauvais, seulement un peu trop irritant. Est-ce que Wayne Wang reviendra un jour lui-même?
| Film | 5 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |