Latter Days
TLA Releasing

Réalisateur: C. Jay Cox
Année: 2003
Classification: NR
Durée: 107 minutes
Ratio: 1.77:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Thierry Lacime
11 février 2007

Il n'est pas toujours nécessaire d'aller chercher bien loin le bon petit film qui égaiera notre journée ou notre soirée par son histoire simple, mais marquante. Il n'est pas non plus nécessaire de vouloir à tout prix rester dans les chemins bien tracés de notre existence. S'aventurer dans des sphères peut-être différentes peut avoir aussi ses bienfaits. "Latter Days" fait partie de ce genre d'expérience. Et TLA Releasing, un des principaux éditeurs de films indépendants, nous le propose en DVD.

Gagnant par trois fois du prix du meilleur film lors de trois prestigieux festivals gays et lesbiens, dont celui de Toronto, et de cinq autres manifestations, "Latter Days" ne cherche pas à nous tracasser l'esprit et à nous faire réfléchir bien longtemps. Il nous raconte une belle histoire, celle d'une rencontre fortuite entre deux personnes que tout oppose, sauf l'amour. Comme le dit si bien l'affiche "Aaron Prays. Christian Plays. Opposites Attract.". Aaron Davis (Steve Sandvoss) arrive à Los Angeles de son Amérique profonde pour parfaire son éducation du monde des mormons, auquel il appartient. Il va habiter avec trois autres "anciens" (Elder), Elder Ryder (Joseph Gordon-Levitt (3rd Rock from the Sun)), Elder Harmon (Rob McElhenney) et Elder Gilford (Dave Power). Leur appartement est proche de celui de Christian Markelli (Wes Ramsey), un jeune homme très sociable avec les gens, surtout avec les autres gars, et serveur le soir au restaurant "Chez Lila". Rapidement, les regards croisés entre Aaron et Christian feront plus que des étincelles. Mais la religion mormone interdit l'homosexualité. C'est décadent et irrespectueux envers Dieu. Cela s'ajoute bien entendu à toute relation prémaritale interdite, masturbation incluse. Mais voilà, Aaron est plutôt joli garçon, et son allure propre et bien coiffé ne passe pas inaperçue. Et quelque part, il le sait bien.

Christian parle de ses nouveaux voisins à ses collègues de travail, deux filles Julie (Rebeka Jordan) sa colocataire et Traci (Amber Benson) et Andrew, un autre amateur de la gent masculine. Rapidement, l'histoire prend forme et un pari est sur le tapis: Christian ne pourra pas mettre Aaron dans son lit. Julie pense que c'est impossible alors que les deux autres sont convaincus que c'est ce qui se passera. L'enjeu: 50$. Julie va se mêler alors de précipiter la rencontre et accepte qu'Elder Davis et Elder Ryder viennent chez eux faire leur présentation du meilleur monde. Quand Christian demandera la position de cette église face aux homosexuels, et que le ton montera entre lui et Ryder, Aaron interviendra pour calmer la discussion en disant que Dieu déteste aussi les Français, ce qui arrêtera le sujet. Mais notre jeune mormon est plus intimidé par la présence de Christian qu'autre chose. Il va commencer à l'épier, puis à provoquer les rencontres, tout comme Christian, à la laverie par exemple, mais il tentera aussi de s'en éloigner, sachant ce qu'il ressent et qu'il ne doit pas montrer. Un jour, alors que notre serveur se blesse devant chez lui, Aaron lui pansera sa plaie et le ramènera dans sa chambre. Ce premier rapprochement ne sera pas le dernier. Malheureusement, le suivant se fera devant les autres "anciens", rentrant à l'improviste. Aaron sera alors renvoyé chez lui, mais Christian pourra le rattraper in extremis lors d'une escale à Salt Lake City. Loin de tous leurs environnements respectifs, les deux amoureux pourront enfin savourer leur relation pendant quelques heures. Mais une fois à la maison, Aaron sera désespéré au point de tenter le suicide. Il sera excommunié, traité d'anormal et de dégoûtant, et enfermé dans une sorte d'hôpital pour le "soigner" de son mal des garçons. Même sa mère le reniera. Mais il n'oublie pas Christian, tout comme ce dernier n'oublie pas Aaron. Libéré enfin de tout le fardeau religieux qui pesait sur ses épaules, il retournera à Los Angeles pour y vivre une nouvelle vie.

Difficile de résumer ce petit bijou de film qui récolte beaucoup d'enthousiasme un peu partout. Il ne faut pas oublier la présence de Jacqueline Bisset (Lila Montagne, la propriétaire du restaurant) ni de Mary Kay place (la mère d'Aaron), qui ont une importance dans l'histoire, mais à des degrés bien différents. Le film est écrit et réalisé par C. Jay Cox, surtout connu pour avoir écrit Sweet Home Alabama, un des gros succès de 2002. L'histoire de "Latter Days" est honnête et assez exempte de clichés inutiles. Le discours se veut surtout de porter sur la liberté d'aimer, qui on veut, quand on veut et où on veut, à condition que les sentiments soient réciproques. Bien entendu, la doctrine de la religion mormone est fortement décriée, obligeant dès leur jeune âge des personnes à suivre des règles qu'ils n'ont pas choisies et de devoir, en plus, les répandre et les expliquer. On assiste à la transformation de Christian, qui va comprendre le besoin de ne plus passer de conquête en conquête, en devenant bénévole d'une organisation qui livre des repas chauds à des malades sidéens (dont Keith (Erik Palladino (E.R., Joan of Arcadia)). On appréciera la justesse du jeu des acteurs, surtout Sandvoss et Bisset, qui n'en font pas plus qu'il ne faut. Et surtout l'évolution logique de l'histoire, sans temps morts ou scènes inutiles. Le film va d'un extrême à l'autre, du rire aux larmes, le tout accompagné d'une musique variée, toujours appropriée selon le moment.

TLA Releasing nous propose de découvrir ce film dans une édition DVD simple, mais convaincante. L'image, au format panoramique anamorphique est très belle, bien détaillée et saturée, avec très peu de défauts. Petite erreur d'impression par contre: il n'y a qu'une bande sonore Dolby 2.0 Surround, et non Dolby 5.1 comme indiqué sur certaines pochettes. Après vérification auprès de TLA Releasing, il semble effectivement qu'une erreur d'impression ait eu lieu lors de la production d'un nouvel ensemble de boîtiers. Cette piste est somme toute très bonne, claire et précise dans l'ensemble (même si Steve Sandvoss a plutôt tendance à avaler ses mots). Il n'y a pas de sous-titres, mais un codage pour malentendants. TLA Releasing devrait penser à mettre des sous-titres au moins anglais, même dans les productions anglophones, comme ils le font dans les autres productions internationales. La page de menu principale est illustrée par des extraits du film ainsi que par le thème musical. Les pages secondaires sont statiques et muettes.

Quelques suppléments à se mettre sous la dent. Tout d'abord, une piste de commentaires du réalisateur C. Jay Cox accompagné par Wes Ramsey et Steve Sandvoss. On y apprend principalement comment tourner un film indépendant sans trop dépenser, en utilisant des appartements connus, des voitures des membres de l'équipe, etc. Difficile de passer à côté des scènes plus intimes et des remarques des protagonistes. La discussion diverge parfois dans des histoires personnelles du réalisateur, mais dans l'ensemble, c'est très bon enfant et rajoute encore plus d'honnêteté à l'histoire. On peut aussi visionner les trois vidéoclips intégraux des chansons du personnage de Julie (en panoramique anamorphique) qui sont aussi trois chansons du film. Puis dans le documentaire "Behind the Scenes", d'une durée de vingt minutes, on survole le tournage du film, avec plusieurs interventions des acteurs et d'autres membres de l'équipe. On y découvre le réalisateur C. Jay Cox qui semble être un joyeux luron dans la vie (on en a déjà eu l'impression dans la piste de commentaires). Toujours intéressant pour ceux qui veulent voir "derrière la caméra" pour savoir comment ça se passe.

On poursuit les suppléments avec trois scènes supprimées, dont une est plus importante que les autres, puisqu'elle concerne la tentative de suicide d'Aaron, volontairement écourtée dans le film pour ne pas avoir à montrer du sang. Ces scènes sont montrées en format panoramique anamorphique. Une galerie de 17 photos, de tournage, en couleurs ou en noir et blanc sont disponibles. Le court métrage de C. Jay Cox "Reason Thirteen" peut être visionné, en panoramique anamorphique. D'une durée d'environ cinq minutes, basé sur une histoire vraie, les aventures des "blind dates" dans un style comico-dramatique. Et on termine avec un message de Steve Sandvoss pour le "Project Trevor", un organisme en aide aux jeunes confrontés au suicide. Dommage que le son ne soit pas meilleur dans ce segment.

Autant soit peu que nous aimions les belles histoires, en voici une qui mérite d'être regardée et appréciée. J'ai lu plusieurs fois qu'il s'agissait là d'un des meilleurs films jamais tournés sur l'homosexualité, qui ne dépasse aucun tabou et qui semble être le miroir de nombreuses personnes dans de nombreux pays. Il suffit de remplacer les idéologies ici utilisées des uns et des autres pour se retrouver dans une histoire semblable vécue quelque part. Qui a le droit d'éloigner deux personnes adultes qui s'aiment? Cette fois-ci, le choix de la religion mormone n'a pas plu à tout le monde à la sortie du film, en 2004. Des projections ont même dû être annulées en Utah. Oublions nos convictions cinq minutes et laissons nous transporter par cette histoire. Elle nous fera rire, sourire et certainement avoir la larme à l'œil, juste après avoir envie de corriger certaines personnes étroites d'esprit. Un cri d'espoir dans un monde qui se dit de plus en plus tolérant? Il reste encore du travail à faire. À posséder.


Cotes

Film9
Présentation4
Suppléments7
Vidéo8
Audio7