Il n'est pas arrivé souvent dans l'histoire de l'art que trois jeunes qui allaient devenir des maîtres mondiaux de leur discipline respective forment une amitié de jeunesse sincère et intense. C'est pourtant ce qui arriva à Madrid en Espagne dans les années 1920. En effet, le peintre Salvador Dali, le poète et dramaturge Frederico Garcia Lorca et le cinéaste Luis Bunuel fréquentèrent le même collège et devinrent inséparables pour un temps. C'est cette histoire d'amitié, d'art et d'amour que le réalisateur Paul Morrison a choisi de raconter dans son film "Little Ashes".
Le tout débute en 1922 par le retour des deux amis Bunuel (Matthew McNulty) et Garcia Lorca (Javier Beltran) au collège après les vacances d'été. Ils font alors la connaissance d'un étudiant excentrique nouvellement arrivé, Dali (Robert Pattinson), qui bouleversera leur vie et mettra leur amitié à rude épreuve. Le scénario se penche donc sur ce triangle d'amis et plus particulièrement sur l'éveil sexuel de Lorca et Dali. Le premier se découvrant des tendances homosexuelles, alors que le second reste totalement fasciné par le poète, au point de perdre son inspiration lorsque ce dernier s'absente pour retourner dans sa famille en Andalousie. Le film suit ensuite les changements d'humeur et d'opinions politiques des trois amis suite au départ de Bunuel pour Paris où il rencontrera les surréalistes. Pour être ensuite suivi par Dali qui renoncera en même temps à son amour voilé pour Garcia Lorca. Malheureusement, la guerre civile de 1936 et son dénouement tragique pour certains viendront brouiller les cartes et détruire à jamais un pan de l'histoire de l'art espagnol - et mondial - du vingtième siècle.
Il est vrai que cette étape assez connue de la vie des trois artistes n'avait pourtant pas été explorée souvent jusqu'ici au cinéma. Bunuel en parlait brièvement dans ses mémoires et Dali, toujours soucieux de jouer la carte payante du mystère, avait refusé de commenter cette époque de sa vie sauf dans ses dernières années. Il y avait donc matière à faire une oeuvre fascinante. Malheureusement, le scénario et la réalisation ne sont pas du tout à la hauteur de nos attentes. L'idée d'utiliser des comédiens étrangers (sauf Beltran) jouant en anglais ces rôles typiquement espagnols est un peu malaisée. Celle de leur faire prendre de faux accents espagnols en plus est totalement ridicule. On se retrouve aux années 50 du cinéma où les comédiens anglais ou américains jouaient les vilains nazis avec de mauvais accents. Ça ne marche simplement pas. Et puis périodiquement, Beltran se met à réciter sa poésie en castillan avec une voix anglaise superposée et alors là c'est la confusion totale! Le long-métrage aurait gagné à être tourné en espagnol avec des comédiens locaux.
Un autre problème notable est ce besoin qu'a ressenti le réalisateur de couvrir l'intégrale des moments importants de la vie des trois amis, de leur rencontre jusqu'à l'assassinat du poète en 36. D'énormes ellipses, souvent maladroites comme c'est le cas avec l'exil parisien de Bunuel et Dali et leur réalisation d'Un chien andalou nuisent passablement au déroulement de l'histoire et au bout du compte n'aident pas à la trame dramatique. On a plutôt l'impression de regarder une série d'anecdotes sur la vie des artistes qu'un drame fini.
À la défense du film, il faut avouer que la performance des comédiens est assez bonne et que la recréation de l'époque est elle aussi assez juste. Malheureusement, cette histoire incroyable aurait mérité quelque chose de plus grandiose - au niveau cinématographique, pas au niveau spectacle - pour montrer son importance historique dans le développement d'un courant artistique du siècle. La pièce de théâtre "Le miel est plus doux que le sang" présentée à La Licorne il y a quelques années et qui racontait cette même époque avait su faire plus avec moins. Dommage que les producteurs ne s'en soient pas inspirés pour le film.
Visuellement, beaucoup de couleurs sombres et de noir dans les teintes utilisées rendent bien l'ambiance de l'époque. Les paysages sont aussi magnifiquement filmés. À noter, un léger manque de détail dans les zones trop lumineuses. Les faux effets de vieillissement de certaines images "d'archive" sont un peu pénibles, mais heureusement on a su restreindre leur utilisation. Sinon, la définition est excellente et l'image très belle. Au niveau de l'audio, l'univers sonore est presque aussi précis que celui visuel. Malheureusement, le mélange des accents et des voix anglaises et espagnoles (comme c'est souvent le cas pour la figuration) est un peu étrange et nuit à l'appréciation qu'on peut avoir de la bande son. En suppléments, on retrouve une entrevue du réalisateur, une de Matthew McNulty (Bunuel) et deux avec les producteurs.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |