Avant de perdre son âme dans des navets navrants, monsieur Madonna Guy Ritchie réalisait de bons films où une technique formidable ne cherchait jamais à prendre le dessus sur le scénario. Son meilleur essai est facilement "Lock, Stock and Two Smoking Barrels", son premier long-métrage qui est toujours aussi accrocheur et divertissant. Guy Ritchie n'est pas chanceux. Son remake désastreux de Swept Away l'a fait la risée d'Hollywood et son dernier né Revolver n'a jamais été distribué sur le territoire américain. Afin de toujours rester d'actualité, son répertoire est pillé allègrement et de nouvelles éditions de ses deux premières œuvres sortent sans aucune raison particulière. Après une excellente relecture de son potable Snatch, place au produit qui l'a découvert.
"Lock, Stock and Two Smoking Barrels" suit la destinée de plusieurs personnages qui se croisent à des moments particuliers de leur existence. Tout débute lorsque quatre amis sont en quête d'une importante somme d'argent pour régler une dette de jeu. Sur leur parcours, ils rencontreront un tueur à gages qui cherche à inculquer de saines valeurs à son fils, des voleurs misérables, des cultivateurs de drogue, un bookmaker tenace, son associé baraqué et de nombreux individus sortant tout droit d'une bande dessinée.
À mi-chemin entre les deux premiers opus de Quentin Tarantino et du génial Trainspotting de Danny Boyle est issue cette histoire de fous qui ne se prend vraiment pas au sérieux. Partant d'une prémisse accessoire qui n'est pas dépourvue de surprises, Guy Ritchie pond une mise en scène survoltée où les sacres et l'humour font bon ménage. Le soin apporté à la réalisation joue pour beaucoup dans le succès rencontré chez ce film presque culte. La caméra est éclatée, parfois collée directement sur le corps des protagonistes. Le rythme accélère ou s'arrête l'espace d'un moment et quelques prises de vue s'avèrent assez ingénieuses. Pas mal pour un petit essai fauché comprenant une distribution charismatique, composée notamment de Jason "Crank" Staham et de Sting.
Les bas-fonds d'une ville pas très recommandable s'expriment généralement par des belles images aux détails impressionnants. En effet, les couleurs varient souvent entre le réalisme et la stylisation à outrance, alors que les contrastes sont en tout point excellents. Cependant, le choix de plusieurs types de caméras fausse parfois le résultat final. Des plans peuvent paraître plus "cheap", moins soignés. Des anomalies découlant de la source originale qui n'évitent pas la présence de quelques égratignures.
La musique prédominante et très bien choisie pose rapidement une atmosphère que les haut-parleurs situés sur le côté n'arrivent pas à retransmettre parfaitement. Au lieu de déchaîner les tympans, tout reste gentil et douillet. Un procédé qui n'est pas pour nuire à la bonne perceptibilité des voix. Si les accents britanniques ne sont guère évidents à saisir, il y a de très recommandables sous-titres blancs pour faciliter la compréhension. Et contrairement à la majorité des films du genre où les comédiens parlent rapidement, les sous-titres tiennent la route et apparaissent complètement. Enfin!
Jusqu'ici, rien de très différent entre cette édition et la précédente. Les mentions "Unrated" et "Director's Cut" sont affichées allègrement sur la belle pochette à l'effigie de quelques héros, alors que l'annonce de matériaux inédits peut faire saliver... mais en vain. Les ajouts sont plutôt soporifiques (une blague par-ci, plus de sang par-là) et les suppléments ne valent pas toujours le détour. Une compilation de tous les sacres est présente. Deux petites minutes inutiles pour les plus curieux. Le documentaire de onze minutes sur le montage et le tournage est nettement plus instructif. Des techniciens parlent des problèmes rencontrés, des choix artistiques et de cet hommage au classique Mean Streets de Martin Scorsese. Une section qui ne s'étire pas assez longtemps, car deux maigres bonus pour une ressortie d'un vieux film, c'est un peu chiche. Le menu principal du DVD est toutefois assez soigné avec cette transition rapide de flèches et de personnages sur un fond de musique rythmée.
Dommage que cette nouvelle version de "Lock, Stock and Two Smoking Barrels" ne soit pas à la hauteur de l'édition "Deluxe" de Snatch. Le réinvestissement, si nous possédons la version précédente, n'est tout simplement pas rentable pour quelques séquences dites "inédites" et des suppléments éphémères. Le film, dépaysant et hautement excitant, mérite absolument le coup d'œil, simplement pour passer deux bonnes heures sans se casser la tête.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |