Une imposante distribution suit à la trace une intrigue captivante sans lui voler la vedette. Sous ces airs de film à chapeaux, "Lonely Hearts" a beaucoup plus à offrir qu'une honnête recréation de l'époque.
À la fin des années 1940 aux États-Unis, le couple Raymond Fernandez (Jared Leto) et Martha Beck (Salma Hayek) arnaque des veuves au cœur éploré. Un jour, un étrange suicide pousse le détective Elmer C. Robinson (John Travolta) et son acolyte Charles Hildebrandt (James Gandolfini) à enquêter sur les agissements criminels du duo. Ils découvrent alors un univers trouble où la passion et la jalousie se mélangent au désir d'obtenir de l'argent facilement.
Pour son premier film, Todd Robinson a décidé de raconter le rôle de son grand-père dans une enquête hautement médiatisée. Pour ce faire, il a réussi à obtenir les moyens de faire revivre ce climat particulier du 20e siècle entre l'acclimatation difficile de l'après-guerre et la société civile enfermée dans ses valeurs traditionnelles qui permettent de battre les gens d'une autre couleur ou de faire pression pour que la peine de mort demeure la meilleure option possible.
L'ancien scénariste de White Squall a surtout mis la main sur des acteurs et des actrices qui vieillissent bien. John Travolta est imposant en chevalier des temps modernes qui voit sa relation avec son fils se dérober au passage. Ses partenaires James Gandolfini et Scott Caan distillent un vent de légèreté en se chamaillant sans cesse. Dans un rôle plus secondaire, Laura Dern semble nettement sous-utilisée, plus intéressée à passer le temps avant de retomber dans les griffes de David Lynch. L'union de Leto et d'Hayek se veut plutôt intéressante, car les hésitations du premier transforment la deuxième en être imprévisible.
C'est justement en faisant évoluer ses motivations que Robinson évite les redites. Au départ, la prémisse ressemble à un énième Bonnie and Clyde qui subsiste dans un univers concocté par James Elroy. En fait, la narration ressemble étrangement à celle de L.A. Confidential sans pour autant bénéficier de la mise en scène experte de Curtis Hanson. Très tôt, les méchants dévoilent des parties de leur cœur et de leur âme, levant le voile sur les atrocités que peuvent commettre des individus sous le charme de l'amour.
Sans que le budget soit considérable, la production possède un souci du détail qui est constant. L'utilisation du sépia et de couleurs assez sombres (le noir, le brun, le vert) se fond particulièrement bien aux décors et aux costumes soignés. Les contrastes n'hésitent pas à aller dans les extrêmes, même si quelques plans peuvent paraître un peu trop blancs. Outre un léger blocage, les images demeurent toujours du plus bel effet. La musique se veut jazzée, plus lourde ou intimiste, tout dépendant des atmosphères désirées. Les deux pistes audio présentes en Dolby Digital 5.1 sortent de l'anonymat grâce à l'amalgame de bruits de téléphones, de machine à taper et de balles de pistolet qui s'échappent. En aucun cas les voix ne sont entravées. Il est toutefois possible d'inclure de magnifiques sous-titres jaunes en français et en anglais qui sont impossibles à manquer.
Autant les aspects techniques sont intéressants, autant il n'y a presque rien pour étayer le résultat final. La pochette blanche et noire ne montre que le visage des quatre protagonistes, ce qui est un peu décevant. Le menu principal du DVD représente des articles de journaux qui sont illustrés sans mouvement ni musique. Les seuls suppléments disponibles sont une série de bandes-annonces et un court documentaire de douze minutes. Les acteurs discutent de leur personnage et Robinson éclaircit des situations en s'attardant au passé, mais la faible durée de l'entreprise s'avère superficielle. Pourquoi toujours montrer les mêmes extraits alors qu'il est possible d'aller au fond des choses?
Faisant fi de quelques longueurs, d'une réalisation effacée et du fait qu'il sorte directement en DVD, "Lonely Hearts" a beaucoup plus à offrir que le polar usuel. Les personnages sont en trois dimensions, le récit s'intéresse autant aux représentants de la loi qu'aux criminels et l'étude psychologique est loin d'être dénuée d'intérêt. Un bon petit visionnement qui en surprendra plus d'un.
| Film | 7 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |