Lord of War
Christal Films

Réalisateur: Andrew Niccol
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
29 janvier 2006

Andrew Niccol et Nicolas Cage s'attaquent au douloureux problème des armes à feu dans "Lord of War", un drame subversif des plus ironique. Malgré quelques faux pas, la missive s'avère assez bien huilée.

Yuri Orlov (Nicolas Cage) est un marchant d'armes influent. Porté par sa voix sans émotion, il raconte sa progression et ses pépins dans le milieu. Au tout début, lorsqu'il exécutait ses transactions avec son jeune frère Vitali (Jared Leto), tout allait pour le mieux. Ce réseau n'était pas très professionnel, mais les dividendes demeuraient assez intéressants. À cause d'un problème de drogue, le cadet Vitali s'est quelque peu éloigné pour se faire une nouvelle santé. Seul et très déterminé, l'aura de Yuri le transporte par-dessus les nuages et en très peu de temps, il devient un des vendeurs d'armes les plus populaires de sa profession. Les succès sont nombreux, mais les mensonges se font également omniprésents envers sa nouvelle compagne (Bridget Moynahan). Touché par des remords profonds, cet homme dénué de sensibilité tentera de se faire oublier. Mais dans un tel domaine, difficile de rester incognito très longtemps. Lorsque ce n'est pas un ancien actionnaire qui cogne à la porte, c'est un jeune policier tenace (Ethan Hawke) qui cherche des indices pour le faire inculper.

Pour beaucoup de personnes, Andrew Niccol restera éternellement associé au magnifique essai de science-fiction Gattaca. Dans ce récit tout simple, un individu cherchait à échapper à son destin. Une thématique qui rejoint d'emblée le personnage principal de "Lord of War". Un peu comme les héros de Brian De Palma ou de Martin Scorsese, Yuri est coincé entre l'argent facile et la morale douteuse. Peu importe ses choix, il devra affronter les conséquences de ses gestes, ce qui ne sera pas toujours évident. Incarnant cet archétype maintes fois éprouvé, Nicolas Cage amène beaucoup de détachement envers son rôle. Il parle comme un zombie et ses réflexions demeurent très sarcastiques. Ce ton se répercute directement sur la nature du film, qui s'avère incroyablement abrasif et subversif. Après une fantastique entrée en matière montrant le périple d'une balle, les propos ironiques prennent le pas. Le long métrage s'imbrique dans l'histoire, la donne politique n'a pas été épargnée et il y a quelques sous-entendus saugrenus qui feront rire les morts.

S'il y a quelques détails assez délicieux (Jared Leto prend de la drogue comme dans Requiem for a Dream, Ethan Hawke est dorénavant du bon côté de l'ordre, tout le contraire de Gattaca), les bases de "Lord of War" ne sont pas toujours très solides. Un peu comme dans son inégal Simone, Niccol bousille légèrement le potentiel de son sujet en l'enduisant dans la guimauve et le sirop. En s'appuyant constamment sur la famille et l'amour comme valeurs principales du protagoniste, le récit s'alourdit et perd de sa saveur nutritive. L'humour si mordant devient alors totalement inoffensif.

Le choix des chansons n'est pas particulièrement original. Les interprètes sont pertinents (David Bowie, Portishead, etc.), mais il n'y a jamais de subtilité. C'est souvent une charge contre le système ou un moment évident soulignant l'action. Ces clichés sortent cependant bien des différentes enceintes. Les voix ne sont jamais enterrées et les deux pistes fournies sont du calibre 5.1. Cela signifie que les vagues d'eau et les bruits de balles se feront ressentir sur les côtés aux moments les plus surprenants. Sauts garantis! Tout comme la voix monocorde de Nicolas Cage, les teintes vidéo se veulent assez mornes, sans vie. Beaucoup de vert, de bleu et de gris saturent l'écran. Un style tout à fait adapté qui n'est pas exempt de défauts. Un léger saignement de couleurs apparaît par moment, du blocage peut se faire sentir (notamment sur une cravate) et le générique de la fin est pratiquement impossible à lire. En contrepartie, les sous-titres jaunes sont très faciles à lire. Ils sont au bas de l'écran et ils ne nuisent jamais à la bonne compréhension du récit.

Il existe deux versions de "Lord of War". La régulière comprend un seul disque et l'édition spéciale contient deux DVD. Comme celle qui est évaluée dans la présente critique se situe dans la première catégorie, les suppléments sont assez rares. En fait, il n'y a qu'une seule piste de commentaires du réalisateur et scénariste Andrew Niccol. À la manière de son héros, ses propos instructifs sont assez mornes, pas toujours intéressants à entendre. Un peu décevant pour un sujet aussi explosif. Au moins, il y a un extraordinaire menu principal pour faire oublier cette édition un peu chiche. En effet, une fois l'insertion du DVD, des balles de différentes armes se font entendre et il y a Nicolas Cage qui parle des avantages de la bonne vieille kalachnikov dans la vie de tous les jours! Très ironique. Surtout que la combinaison de rouge de noir et de blanc, juxtaposée à de la musique classique, amène beaucoup de classe et de sérieux à ses propos. De quoi faire pardonner l'horrible pochette annonçant un banal film d'action sans substance.

Géniale charge corrosive contre l'industrie de l'armement, "Lord of War" n'est peut-être pas totalement satisfaisant, mais il l'est suffisamment pour se distinguer des autres récits du même genre. Un divertissement exemplaire qui instruit tout en faisant rire, ce n'est pas si courant. Reste seulement le choix, très évident, entre une édition simple dégarnie de bonus et une version offrant un deuxième DVD. Dans tous les cas, le produit principal ne déçoit pratiquement jamais.


Cotes

Film7
Présentation8
Suppléments3
Vidéo7
Audio8