Un autre Anderson vient d'apparaître au firmament des nouveaux réalisateurs américains lesquels proposent des regards personnels et imaginatifs sur le monde et qui jurent drastiquement quand on le compare au cinéma à recettes qu'Hollywood sait si bien nous servir. On n'a qu'à penser à Wes Anderson (The Life Aquatic With Steve Zissou, The Royal Tenenbaums) et Paul Thomas (P.T.) Anderson (Magnolia, Boogie Nights) qui nous ont séduits depuis quelques années avec des chefs d'œuvres qui dépeignent le genre humain avec un doigté unique. Ayant dû se réfugier en Espagne pour pouvoir tourner son film, Brad Anderson nous sert un drame minimaliste et déconcertant qui répond au nom de "The Machinist".
Ce film met en vedette Christian Bale qui s'est littéralement métamorphosé pour incarner son personnage en perdant quelque 30 kilos. Au final, le comédien pesait à peine 55 kilos et n'avait qu'une rayure à son pyjama. Trevor Reznik (Christian Bale) est un machiniste qui n'est pas apprécié par la direction de l'entreprise ni par ses collègues. Ce solitaire qui fond comme un popcycle au soleil, n'a que pour ami, Stacie, une prostituée (Jennifer Jason Leigh) qu'il voit à l'occasion et Maria, une serveuse (Aitana Sanchez-Gijon) qui travaille à l'aéroport, là ou il aime prendre son café. Se confiant à sa courtisane, Trevor lui avoue qu'il n'a pas dormi depuis plus d'un an. Étrangement, pleins de choses bizarres commencent à se manifester dont une partie de "mot pendu" avec un être imaginaire qui laisse la progression de cette partie sur une note accrochée à son frigo. Suite à un accident de travail l'impliquant et dans lequel un collègue a perdu sa main, Trevor se rend compte qu'un mystérieux employé répondant au nom d'Ivan semble relié à cet accident et qu'étrangement, personne ne semble le connaître. Il se mettra à la recherche de ce mystérieux personnage dans le but de savoir qui il est et s'il n'était pas relié aux étranges phénomènes qui le perturbent.
Brad Anderson signe un film très sombre et minimaliste qui nous plonge dans un univers kafkaïen et qui nous catapulte en plein mystère du début à la fin. On se trouve pris dans une spirale où réalité et hallucination s'entremêlent ce qui a pour effet de nous dérouter. Rappelant par moments le sublime Memento, de par son scénario qui ne propose aucun repère, "The Machinist" conclut de très belle façon en nous apportant des explications à nos questionnements. Côté distribution, Christian Bale signe une superbe performance qui passe malheureusement au second plan dû à sa condition physique quasi cadavérique qui paradoxalement prend tout l'écran.
Le transfert vidéo est de très bonne qualité et nous propose une image très propre, sans granularité et qui possède un bon niveau de détails. Une belle palette de couleurs est présente, et ce, malgré le fait qu'il fait souvent sombre dans ce film. Le volet audio est également de très bonne qualité et il réside principalement sur les canaux avant, ce qui est tout à fait normal étant donné qu'on a droit à un film d'atmosphère construit sur des dialogues. Les voix sont audibles et la très efficace trame musicale vient parfaitement se mixer à cette piste sonore.
Un menu sans imagination, statique et sans musique nous accueille. Quant aux suppléments, nous avons droit à pas mal de choses à nous mettre sous la dent. Pour commencer, nous trouvons une trame de commentaires faite par le réalisateur Brad Anderson. Très informative et intéressante, elle nous aide à mieux comprendre le film. De plus, les typiques anecdotes de tournage et de casting sont au rendez-vous. "The Machinist: Breaking the Rules" est une intéressante revuette sur la production du film qui nous explique les problèmes à se dénicher du financement qu'a éprouvé Brad Anderson, son exil en Espagne pour tourner son film, car c'est là qu'était son financement et l'étroite collaboration entre l'équipe de production, de tournage et la distribution. Huit scènes supprimées, dont quatre sont des scènes interchangeables à des scènes du film et deux qui peuvent êtres commentées au besoin, sont franchement intéressantes et méritent d'être visionnées. Quelques bandes-annonces, dont celle du film, complètent cette édition DVD.
"The Machinist" n'a rien à voir avec les films pop-corn. Complexe, obscur, stylisé et surtout intelligent, ce film peut nous rappeler certains films d'Alfred Hitchcock de par son enveloppe remplie de mystère. En boni, vous avez droit de regarder une des plus grandes métamorphoses physiques jamais réalisées par un comédien. Je recommande chaudement aux amateurs de films de répertoire et indépendants de se procurer cette édition très honnête du film "The Machinist".
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |