N'y a-t-il pas une meilleure combinaison qu'un Robin Williams en grande forme et qu'une satire politique mordante? Bien que "Man of the Year" s'essouffle légèrement dans la dernière ligne droite, il s'agit facilement d'une des comédies américaines les plus intéressantes à voir le jour depuis un lustre.
Tom Dobbs (Robin Williams) est un animateur de télévision extrêmement populaire. À la blague, il annonce à ses spectateurs le désir de se présenter aux prochaines élections. Du jour au lendemain, les appuis inconditionnels ne dérougissent pas sur l'Internet. Guidé par son gérant (Christopher Walken), Dobbs continue sur sa lancée. En soulevant des questions importantes à ses adversaires, il n'oublie pas l'humour, ce qui séduit amplement le public. Le jour J, l'inconcevable se produit: il remporte le plus de votes des électeurs! Son séjour à la Maison-Blanche risque toutefois d'être de courte durée lorsqu'une ancienne employée (Laura Linney) découvre des anomalies dans la constitution du matériel qui servait à voter...
Le cinéaste Barry Levinson adore la politique. Il y a une décennie, son Wag the Dog proposait des sous-entendus caustiques passionnants, dont celui de créer de toutes pièces un héros et des conflits armés. Cette fois, il navigue sur les mêmes eaux en tâchant de faire un peu moins de vagues. Comme c'était le cas de sa précédente missive engagée, le récit a tendance à faire du surplace vers la fin. En fait, l'intrigue amoureuse - mélangeant des éléments de suspense qui font bondir du siège - n'est pas particulièrement réussie. Sauf que cette légère déception survient seulement dans la dernière demi-heure. D'ici là, le rire coule à flot. Les dialogues aiguisés font généralement mouche et la charge mordante ne laisse aucun répit. La critique - de la télévision, du système, des politiciens qui présentent sans cesse le même discours - est jubilatoire. Les gags sont bien ancrés dans la réalité et il y a plusieurs jeux de mots extrêmement cocasses.
La réussite du film repose presque entièrement sur les épaules de Robin Williams qui offre facilement sa meilleure performance comique depuis Mrs Doubtfire. Ses retrouvailles avec Levinson - qui l'avait déjà dirigé dans le sympathique Good Morning Vietnam - sont donc plus que réussies. Le comédien vitalise des situations qui auraient pu tomber à plat avec ses mimiques et son franc-parler. Il a recours à l'improvisation en jouant sur son débit et son intonation. Devant son brio, il est si facile d'oublier les présences justes des Christopher Walken, Laura Linney et autres Jeff Goldblum.
Les échanges musclés prennent toute la place et c'est une excellente nouvelle d'apprendre que les voix s'avèrent parfaitement audibles. Si l'écoute de la version originale est recommandée afin de saisir toutes les subtilités, la traduction québécoise est loin d'être mauvaise. Il y a également une piste sonore dans la langue d'Almodovar et des sous-titres blancs assez visibles en anglais, en français et en espagnol. Sans détonner, les enceintes situées sur le côté recréent aisément une multitude de bruits, que ça soit des applaudissements, des rires, une sirène et de l'écho. Généralement soporifique, la musique arrive pourtant à porter fruit, comme c'est le cas lors de l'utilisation ingénieuse de la pièce "John the Revelator" de Depeche Mode. Les aspects vidéo ne sont pas négligeables non plus. Les images sont extrêmement jolies et il est rare que du blocage vienne gâcher la vue. Le niveau des détails est impressionnant et les couleurs demeurent distinctes. Des reflets verts et mauves, du plus bel effet, donnent même une ambiance très plaisante.
Deux pochettes peuvent orner ce DVD. La première - et la plus jolie - montre un Williams orné d'une perruque blanche à l'effigie d'une figure historique! La deuxième est beaucoup plus sage. Il n'y a que le protagoniste principal qui regarde nerveusement en l'air. Le menu principal du disque est loin de marquer l'imaginaire. Il y a un drapeau américain qui occupe le fond pendant qu'un miroir laisse échapper un montage de quelques scènes. Une grosse musique rock anonyme sature les esprits. Après une farce aussi rigolote, il est triste de constater qu'il n'y ait que deux suppléments, périssables de surcroît. Le premier est un documentaire de treize minutes moyennement intéressant où les acteurs parlent du réalisateur et vice-versa. Superficiel. Le second est une accumulation de témoignages totalisant dix minutes qui vantent les mérites de Robin Williams. Quelques scènes ratées font rire, mais ça ne va pas tellement plus loin.
À sa sortie, "Man of the Year" n'a pas fait le tabac espéré. La bande-annonce présentait un léger divertissement prévisible et sans grande personnalité, deux aspects qui piquent difficilement la curiosité. Pourtant, la nouvelle production de Levinson va beaucoup plus loin que ça. Il décortique la façon de penser en y amenant un ton tranchant qui fait rire et réfléchir. Et avec un Robin Williams au sommet de son art, comment ne pas rire du début à la fin? La seconde partie est sans doute plus faible, sauf que la première frôle la totale.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |