M. Butterfly
Warner Home Video

Réalisateur: David Cronenberg
Année: 1993
Classification: 14A
Durée: 101 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 883929062836

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
29 juin 2009

David Cronenberg est méconnaissable derrière "M. Butterfly", l'adaptation d'une pièce présentée sur Broadway qui est elle-même inspirée du célèbre opéra de Puccini. Très beau, mais un peu statique.

À Beijing en 1964, Rene Gallimard (Jeremy Irons) travaille à l'ambassade française. Même s'il est marié et qu'il travaille consciencieusement, il tombe amoureux de Song Liling. Au départ, la star d'opéra repousse ses avances, mais pas pour longtemps. Leur union risque toutefois de troubler le régime en place, car un homme blanc peut difficilement fréquenter une femme jaune. C'est le cadet des soucis de Rene qui découvre toutefois que sa nouvelle moitié lui a caché d'importants secrets.

Du théâtre au cinéma, cette version de "M. Butterfly" ne porte pas la marque de son célèbre réalisateur. C'est peut-être pour cela qu'il s'agit d'une des oeuvres les moins populaires de son créateur. Il s'agit plutôt d'un film historique un brin poussiéreux qui agit en balance entre le Ying et le Yang, le masculin et le féminin, l'Orient et l'Occident. Tout se complète, et pendant que le spectateur plonge dans ces réalités différentes et ce racisme latent teinté d'impérialisme américain et d'espionnage, il peine à deviner cette révélation finale assez improbable qui aurait certainement ravie Neil Jordan.

D'ici là, le récit intéresse à moitié et ce ne sont pas les comédiens qui sont responsables de ces ratages. La distribution joue à l'unisson et Jeremy Irons offre une éclairante performance. Ce sont plutôt les fautes de goût qui sont difficiles à passer outre. Pourquoi est-ce que tout le monde à l'ambassade française parle en anglais et que le protagoniste abhorre constamment un accent britannique? Et pourquoi Song Liling ne ressemble en aucun point à une Asiatique alors que les fondements - relatifs - de l'histoire impliquaient une relation trouble entre un maître et son esclave?

En revanche, la recréation d'époque demeure très crédible. La photographie de Peter Suschitzky est exquise et les images sont toujours aussi jolies. La palette de couleurs est précise et détaillée, alors que les importants contrastes laissent dominer toutes ces zones sombres si importantes à la psychologie des personnages. L'agréable musique d'Howard Shore ne fait pas dans la demi-mesure. Elle est là pour soulever cette romance, personnifier ces émotions. La piste sonore anglophone, pertinente sans être très ambiante, se contente d'utiliser quelques effets (sonneries de téléphones, de cloches, cordes de violons, touches de piano) pour seconder les dialogues. Ces derniers s'entendent aisément (il y a toutefois plusieurs accents pas toujours évidents) et il est possible d'insérer de très visibles sous-titres blancs.

La pochette sombre et un peu quelconque montre deux visages qui s'embrassent. Encore plus ordinaire est le menu principal du DVD qui superpose différents éléments (coucher de soleil, édifices, quelques scènes, etc.). Le tout est bien entendu statique, à peine agrémenté d'une vibrante mélodie. Les seuls suppléments disponibles sont cette bande-annonce originale un peu terne et cette pertinente discussion avec le cinéaste. Pendant 16 minutes, monsieur Dead Ringers parle des thèmes et de la transposition cinématographie, revenant sur la difficulté de garder secrets ses quelques surprises et l'accueil glacial qu'avait reçu son projet. À tel point qu'il a attendu trois années avant d'offrir du nouveau matériel.

"M. Butterfly" est un des rares films de David Cronenberg à n'avoir jamais été édité en DVD. Cette injustice est réparée avec cette édition un peu chiche au niveau des bonus, mais qui risque toutefois d'intéresser ses fans les plus normaux. Ce n'est sans doute pas son meilleur essai et quelques fautes de goût empêchent l'adhésion totale, sauf que le regard porté sur l'époque, l'Orient et le désir qui arrive à l'improviste n'est pas dénué de sens et d'intérêt. Une curiosité qui se savoure mieux en oubliant qu'il est réalisé par le metteur en scène le plus influent du Canada.


Cotes

Film6
Présentation3
Suppléments3
Vidéo8
Audio7