Il y a des films qui voient les années leur couler sur le dos, comme ce magnifique canard qui patauge dans un bassin. "Midnight Express" est une de ces œuvres indémodables qui demeurent toujours pertinentes, et ce, même 30 années après sa sortie en salles. Peu importe les imperfections si le récit tient en haleine...
Billy (Brad Davis) n'a pas de chance. Il est sur le point de regagner l'Amérique, mais le sort en décide autrement. En effet, il n'arrive pas à passer les contrôles de sécurité dans un aéroport de Turquie et il se voit rapidement inculper de possession de stupéfiant. Son premier procès l'envoie croupir en prison pour quatre années et son second... pour la vie! Dans ce lieu clôt où les forces de l'ordre font l'autorité et où des détenus peuvent devenir rapidement violents, il n'y a point de salut. Pourtant, quelques hommes ne veulent baisser la tête. Dans le lot, il y a le torturé Max (John Hurt) et le plus énergique Jimmy (Randy Quaid) qui aimeraient bien s'évader de cet enfer.
Ce projet inspiré d'une histoire vraie a fait scandale lors de sa sortie, en 1978. La Turquie n'a pas particulièrement apprécié se faire traiter de tortionnaire, alors que plusieurs séquences traumatisaient par leur réalisme. Le sablier s'est écoulé et rien n'a vraiment changé. Il y a toujours quelques scènes effroyables, dont les plus marquantes sont ces bagarres destructrices et ce moment de fausse tendresse entre le personnage principal et sa copine. Le reste se limite à des incompréhensions multiples et à ces instants d'injustice marquante.
La prémisse est loin d'être complètement honnête. Le scénariste Oliver Stone n'hésite pas à manipuler l'émotion, la rendant la plus éclatante possible. Les effets, parfois un peu trop larmoyants vers la fin, fonctionnent cependant parfaitement, à tel point que le réalisateur de JFK a été récompensé d'un Oscar pour la profondeur de son scénario. Le long-métrage détonne également par la mise en scène contrôlée et précise de son cinéaste Alan Parker. Rien n'est laissé au hasard, surtout pas cette finale un peu trop heureuse qui amène un peu de baume sur les plaies des éplorés. Lorsque le récit commence à s'asseoir une fois en prison, c'est l'interprétation qui donne à l'opus un nouveau souffle. Acteur peu connu qui est décédé en 1991, Brad Davis offre un jeu incroyablement physique, qui est appuyé par les performances intenses (John Hurt), divertissantes (Randy Quaid) et marquantes (Paul Smith en tortionnaire) de comédiens chevronnés.
Les décors rugueux sont évidemment très réalistes. Les couleurs demeurent sombres, généralement dans des teintes noires, grises et brunes. Les contrastes utilisent favorablement les zones sombres et ce, même si ce n'est pas parfait. La luminosité, parfois un peu trop prédominante, baigne les lieux d'une mélancolie certaine. Pour sa part, la trame sonore de Giorgio Moroder est expressive et organique à souhait, jouant avec les nerfs, faisant battre le cœur. Un travail exemplaire qui a été récompensé d'un Oscar mérité. Les mélodies ne viennent pourtant jamais heurter les très audibles dialogues. Dans le pire des cas, il y a de superbes sous-titres jaunes en anglais, en français et en espagnol pour ne rien manquer. Les différentes pistes sonores sont efficaces, principalement celles en Dolby Digital 5.1 qui font ressortir des différentes enceintes des bruits de voiture, d'oiseaux, de voix et de bottes sur le plancher.
La présentation de cette édition est grandiose. La pochette montre un homme hurler à mort. Le jeu sur les ombres est tout simplement pénétrant. Un superbe livre illustré et surtout écrit est présent dans le boîtier, racontant la synthèse du projet, reprenant les notes personnelles du réalisateur. Un excellent résumé des multiples bonus qui suivront. Quant à lui, le menu principal du DVD offre un montage intelligent de scènes poignantes qui bougent sur un air musical ciselant. Les suppléments se séparent en segments inégaux. Le premier offre le matériel plus léger, comme ces quelques publicités de la compagnie Columbia Pictures et une très belle galerie où des photographies défilent automatiquement pendant près de 13 minutes et ce, sur une valse inquiétante de Moroder. Plus substantielle est cette intéressante piste de commentaires qui permet à Alan Parker d'expliquer l'essence de plusieurs scènes, revenant sur quelques éléments du livret explicatif, en allant beaucoup plus en profondeur. Les autres options s'étendent sur plus de 60 minutes et elles sont divisées en trois reportages distincts. Il y a tout ce qui touche aux producteurs. Cette section parle de la genèse du projet, des démêlés avec le studio et des pourparlers pour que Richard Gere défende le rôle titre. Il y a ensuite la production en tant que telle, avec ses choix de lieux, l'utilisation des budgets, la distribution qui a été retenue, etc. La dernière ligne droite revient sur le film lui-même avec une analyse du montage et de la musique, ainsi que l'accueil de l'opus à Cannes et dans les autres parties de la planète.
Sans parler de chef-d'œuvre ou de classique, "Midnight Express" a marqué le cinéma américain des 30 dernières années. Voilà l'exemple parfait d'un film qui n'a pas besoin d'un énorme budget pour s'incruster dans l'inconscience. Il s'agit surtout de l'œuvre la plus éblouissante et déchirante d'Alan Parker, l'homme derrière les réussis Mississippi Burning et autres Angel Heart. Pour une fois que d'excellents comédiens servent un scénario solidement écrit et vivifiant. Cela ne vaut en aucun cas l'extraordinaire The Shawshank Redemption, mais il vaut toujours mieux voir et revoir le matériel original que de pâles copies inférieures telles Return to Paradise et Brokedown Palace.
| Film | 8 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |