Miller's Crossing
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Joel Coen, Ethan Coen
Année: 1990
Classification: R
Durée: 115 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD40), Français (DD20), Espagnol (DDST)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez : Amazon.ca

Selon Alexandre Martin
10 juin 2003

Même s'il n'a jamais atteint la notoriété de Fargo ou Raising Arizona, "Miller's Crossing" est considéré par plusieurs comme le meilleur film des frères Cohen. Malgré toutes les louanges qu'on puisse lui faire, il reste que le film a passé et passe encore inaperçu. Mais, pourrait-on argumenter, les films des frères Cohen ne font jamais des succès commerciaux et obtiennent une reconnaissance populaire que lorsque vus dans les grands galas, comme ce fût le cas pour Fargo, qui fût difficile à manquer avec ses deux Oscars en plus des cinq nominations. "Millers Crossing" quant à lui, n'a eu de reconnaissance que par les cinéphiles, mais ce fut suffisant pour réellement lancer la carrière des deux cinéastes.

L'histoire de "Miller's Crossing" est celle de Tom Regan (Gabriel Byrne), un influent lieutenant de la pègre irlandaise, dirigé par l'implacable Leo (Albert Finney). Malgré son profond sens de l'honneur et sa loyauté, ses vices ont tout de même raison de lui et il se retrouve victime de sa faiblesse envers les femmes et de son problème de jeux. Ainsi, il développe une relation amoureuse avec la femme de son patron (Marcia Gay Harden), en plus de devoir une énorme somme d'argent, qui lui cause beaucoup d'ennui. Par-dessus tout cela, le frère de son amante (brillamment interprété par John Turturro) a de sérieux problèmes avec la mafia italienne, et c'est à Tom qu'incombe le problème de démêler tout cela.

À peu près tous les aspects de ce film valent la peine d'être louangés. Pour commencer, l'excellente performance des acteurs est inégalable; particulièrement Gabriel Byrne qui joue avec brio son rôle de gangster dénué d'émotions. Un autre fait notoire est la remarquable photographie de Barry Sonnenfield, qui donne toute son âme au film. On note aussi l'attention particulière aux décors et aux costumes (et les chapeaux!), qui apportent énormément à la crédibilité de l'histoire. Mais ce qui marque le plus, ce sont les dialogues; extrêmement bien écrits, épurés, réalistes et originaux. La panoplie d'accents différents (italien, irlandais, juif-anglophone, etc.) rend l'écoute un peu fastidieuse par endroits, mais le sous-titre occasionnel peut aisément régler la situation. Bref, comme l'ont dit eux-mêmes les frères Cohen, "Miller's Crossing" est "un beau film à propos d'hommes à chapeaux".

La piste sonore est très particulière. Le mixage original étant en Dolby Surround, il est donc approprié que la piste soit encodée en Dolby Digital 4.0, c'est-à-dire trois canaux séparés à l'avant, et un canal ambiophonique. La méthode habituelle de faire ce genre de transfert est de matricer le mixage final en "Dolby SR", puis de le dé-matricer, permettant ainsi de ré-encoder chacun des signaux dans le canal approprié du Dolby 4.0. Or il semblerait que pour cette piste sonore, on a plutôt choisi d'encoder directement chacun des canaux à partir du mixage final. Ce "choix" donne de drôles de résultats. Ainsi, dans les canaux gauches droits, on retrouve tout ce qui est effets, musiques et bruitage, alors que dans le centre, sont présents les dialogues (ainsi que les bruitages captés sur le plateau). Ceci a pour résultat de voir les signaux des bruitages et effets qui devraient être centrés, c'est-à-dire dans le haut-parleur central, se retrouver séparés en deux et répartis également entre les deux haut-parleurs avant. Évidemment, pour un auditeur situé au plein centre de ses haut-parleurs, il n'y a pas de problème, mais un simple décalage dans la position d'écoute déplace complètement l'image stéréophonique. Un décodage ProLogic de la piste en stéréo réglerait ce problème, puisque les signaux identiques des canaux gauches et droits seraient automatiquement redirigés vers le haut-parleur central. Malheureusement, puisque c'est la seule piste (anglaise) incluse, cette solution est relativement complexe. Une façon possible est d'imposer une sortie stéréo au lecteur DVD, et choisir un décodage ProLogic au récepteur. Le lecteur repartira donc le signal central également sur les canaux gauche-droit (matricera le canal ambiophonique par-dessus tout cela) et le récepteur, par le système ProLogic, s'occupera de séparer tous les signaux qui sont identiques dans le gauche et le droit (incluant au passage les bruitages mal encodés) pour les mettre au centre. Beaucoup de soucis pour avoir une écoute convenable... Ceci étant dit, puisqu'on est malgré tout en présence d'une piste Dolby Surround (mal encodé, mais SR néanmoins...), le signal (canal) ambiophonique est utilisé que pour donner une meilleure spatialité au plan sonore et le haut-parleur d'extrême grave est sollicité, mais pas avec toute l'ampleur que lui procurerait un canal dédié. Les dialogues sont clairs, sans jamais être couverts par la superbe musique de Carter Burwell.

Du côté vidéo, sans être parfaite, la qualité du transfert est remarquable. La colorimétrie particulière du film est admirablement bien transférée, et est à peu prêt exempte de tout défaut. La compression quant à elle laisse un peu à désirer. Même si les noirs restent purs et profonds, on dénote quelques débordements des couleurs, et quelques blocages dans les scènes à forts contrastes.

Pour ce qui est des suppléments, on retrouve tout d'abord un interview d'une vingtaine de minutes de Barry Sonnenfeld, le directeur de la photographie, qui nous entretient du côté visuel du film, ainsi que de sa propre vision artistique du style photographique employé. Il y va aussi de la genèse du film, ainsi des circonstances de sa rencontre avec les frères Cohen. On nous présente aussi une série de courts interviews de Gabriel Byrne, Marcia Gay Harden et John Turturro, que l'on peut voir de façon continue ou individuelle. Ces commentaires sont tous pertinents, et nous permettent d'avoir les points de vue de chacun sur le film, ainsi que l'approche des personnages, ce qui est d'ailleurs très pertinent dans le cas de Gabriel Byrne. Finalement, on nous présente la bande-annonce du film, ainsi que celles de deux autres films des frères Cohen, Raising Arizona et Barton Fink. Les menus du DVD sont très réussis; le menu principal est animé, avec un chapeau qui vole et s'envole dans la forêt de Miller's Crossing, et ce, en fonction des choix faits (encore la thématique des chapeaux qui revient).

Bref, cette édition DVD attendue depuis fort longtemps, déçoit un peu par le manque de fini au point de vu de l'image et du son. Même si d'un niveau supérieur à la moyenne, la grandeur du film aurait nécessité une meilleure attention. Aussi, une piste de commentaires ou toute forme d'entrevue des frères Cohen, aurait été grandement appréciée.


Cotes

Film9
Menu7
Suppléments6
Vidéo7
Audio4