Si la curiosité est la mère du progrès, elle est également la source de la frustration ou de l'ébaudissement des cinéphiles. Cette même curiosité m'a amené à visionner le premier film d'Allan Mindell intitulé "Milwaukee, Minnesota", opus précédé d'une impressionnante feuille de route lors de sa tournée des festivals dont le prix de la semaine de la critique à Cannes en 2003. Ce prix, octroyé depuis 1962 cherche à défendre les nouvelles tendances et les nouveaux courants du cinéma. De plus, la réplique de conclusion "Tagline" de la bande-annonce disait que si Fargo avait un petit frère, ce film le serait.
Albert est un jeune homme souffrant d'un handicap mental, mais il possède l'incomparable talent d'entendre les poissons parler sous la glace. Cet unique fait d'armes en a fait le meilleur pêcheur sur glace de tout l'état et il a littéralement sorti des eaux, une petite fortune au fils des ans. Sa mère possessive et surprotectrice s'occupe de lui en tout temps jusqu'au jour où elle se fait happer par une voiture en pleine nuit. Devant maintenant s'organiser tout seul, il devient la proie de deux groupes d'individus qui veulent mettre la main sur la petite fortune qui se cache à quelque part dans la maison familiale.
Ce film n'emprunte au film des frères Coen, que l'éphémère drap blanc qu'abandonne l'hiver sur les états du nord américain. On se trouve beaucoup plus devant un drame de mœurs que devant un film noir tel que concocté par la recette inimitable des deux frères. La facture du film est d'ailleurs beaucoup plus ressemblante à celle du jeune Gus Van Sant My Own Private Idaho. L'histoire est assez mince, mais elle renferme tout de même quelques intéressants moments qui font culbuter l'action vers une autre direction, mais le gros problème du film réside surtout dans la direction artistique où les personnages sont fades, très fades. Troy Garrity a du suivre le cours d'art dramatique de Dustin Hoffman pour l'interpréter son rôle d'Albert Burroughs, car Albert est beaucoup plus le petit frère de "Rainman" que "Milwaukee, Minnesota" est celui de Fargo .
Le rendu visuel du film est très impressionnant. La cinématographie particulière de Bernd Heinl, qui utilise la sursaturation des couleurs à certains moments, est extrêmement bien reproduite. Une certaine granularité s'affiche lors de quelques plans sombres, mais c'est le seul petit bémol que l'on peut reprocher à ce très beau transfert. Quelques trames sonores de différents formats sont présentes sur cette édition DVD et même une piste DTS est incluse. J'avoue cependant que c'est un coup d'épée dans l'eau, car ce film est strictement une affaire de dialogues. Les voix sont claires et audibles en tout temps, mais j'avoue que l'inclusion d'une piste de sous titres aurait été appréciée. Seule, la savoureuse trame musicale de Michael Convertino et Bobby Muzingo tire vraiment avantage du format DTS.
Au rayon des suppléments, nous avons droit à une piste de commentaires fait conjointement par le réalisateur Allan Mindell et par la vedette principale Troy Garrity. De facture très conventionnelle et axée sur chacun des plans, on nous parle des principaux défis du tournage et des difficultés à obtenir du financement. Le réalisateur nous parle également son admiration pour l'œuvre de Paul Morrissey et il nous explique de quelle façon, il lui a rendu hommage dans ce film. "Interview With the Director" est une entrevue exhaustive de 39 minutes qui malheureusement sent le réchauffé après avoir écouté la trame de commentaires. Elle est construite sous la forme d'entrevue et j'avoue que l'intérêt s'étiole au fil du cette rhétorique. La bande-annonce du film ainsi que d'autres parutions de la compagnie Tartan complètent cette section.
"Milwaukee, Minnesota" est un film d'auteur aux prémisses intéressantes qui manque malheureusement de personnalité. Trop de ressemblances à d'autres films sont présentes pour lui donner une âme. J'invite cependant les amateurs de cinéma de répertoire et de films d'auteur d'aller en faire sa location, car il mérite tout de même d'être vu, ne serais-ce que pour sa cinématographie singulière.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |