The Miracle of Morgan's Creek
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Preston Sturges
Année: 1944
Classification: PG
Durée: 98 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Ostiguy
28 août 2005

Preston Sturges est, avec Howard Hawks et George Cukor, l'un des maîtres de la comédie américaine des années 1940. Il pratique un type d'humour loufoque et réalise des comédies complètement débridées (qu'on appelait à l'époque "screwball comedies", textuellement comédies "détraquées"), dont l'action ne cesse pas de la première à la dernière minute. Ce type de comédie était très prisé par le public de l'époque, désireux d'oublier, du moins durant quelques heures, les terribles nouvelles de la guerre.

Sturges se démarque toutefois de ses contemporains par son audace. En effet, les thèmes de ses films sont très inhabituels pour les années 1940. Les relations maritales sont toujours au centre des intrigues, qu'il s'agisse d'aventures extraconjugales (comme dans Unfaithfully Yours) ou de remise en question du couple (comme dans The Palm Beach Story). Dans le cas qui nous occupe ici, la situation est encore plus glissante, au point d'ailleurs où je me surprends que la censure de l'époque n'ait pas réagi: une femme se retrouve enceinte et elle ignore l'identité du père de son enfant! Pire, son soupirant en titre va même tenter de l'aider à identifier le géniteur du bébé à naître. L'amour, dans les films de Sturges, est toujours très compliqué. Un sentiment fort unit les deux protagonistes, mais des erreurs d'identité ou des quiproquos rocambolesques installent souvent un sentiment de méfiance entre les héros. C'est plus que jamais le cas dans "The Miracle of Morgan's Creek".

Gertrude "Trudy" Kockenlocker (Betty Hutton) est une jeune fille encore mineure demeurant dans le petit village de Morgan's Creek avec son père, un policier et sa jeune sœur de quatorze ans, Emmy. Trudy est pleine de vie et aime bien sortir et s'amuser. Elle a également un faible pour les hommes en uniforme. Malheureusement pour elle, son fiancé Norval Jones (Eddie Bracken) est un jeune homme très nerveux et peu sûr de lui qui n'est jamais parvenu à se faire engager dans l'armée. Chaque fois qu'il essaie, il perd son sang froid, se met à voir des points noirs et perd connaissance. Un soir, Trudy décide d'aller à une fête organisée pour célébrer l'envoi de plusieurs soldats outre-Atlantique. Son père, un homme très sévère, n'y consent pas, mais elle demande à Norval de la couvrir en prétendant l'inviter à aller voir un film. Le naïf jeune homme l'attend à la sortie du cinéma, mais elle ne revient qu'à huit heures du matin. Durant la soirée, un des soldats l'a assommée accidentellement en la projetant contre le plafond de la salle de danse et elle oublie ainsi comment la fête s'est terminée. En arrivant à la maison, elle se rend compte qu'elle porte une alliance et découvre ainsi qu'elle est mariée. Elle ne se rappelle plus du tout qui est son mari. Il lui semble seulement qu'il y a un Z dans son nom. En faisant des recherches, aidée de sa sœur, elle découvre qu'il est impossible de retrouver l'identité de l'homme qu'elle a épousé, car elle-même ne semble pas avoir donné son vrai nom au juge de paix lors de la cérémonie. Trois mois après cette soirée mémorable (dont personne ne se souvient), Trudy apprend qu'elle est enceinte, événement menant à d'autres situations encore plus comiques.

Le film de Sturges est une brillante comédie qui nous fait passer un très bon moment. Les dialogues, en particulier ceux de Emmy sont très sarcastiques et cachent souvent un double sens à connotation sexuelle. Sturges, un des premiers auteurs-réalisateurs d'Hollywood, prend ainsi un malin plaisir à contourner la censure (le célèbre code Hays). Il aura toutefois la main moins heureuse en faisant en sorte que l'amnésie de Trudy soit provoquée par un improbable accident plutôt que par l'alcool, comme c'était originalement prévu. Il faut dire pour sa défense qu'il n'a pas eu le choix, le code Hays interdisant formellement de montrer une jeune fille en état d'ébriété.

La réalisation de Sturges est très énergique, comme toujours. Les nombreuses scènes de "slapstick" sont réglées au quart de tour. Les interprètes, pour la plupart des habitués des films de Sturges, sont tous très bons. Betty Hutton, qui jouait ici son premier rôle dans un film non musical, prouve qu'elle pouvait jouer plusieurs registres. Cette actrice a un très bon sens de la répartie. Dommage qu'elle ait été négligée par le cinéma! Eddie Bracken, acteur comique au physique ingrat, interprète Norval Jones avec une drôlerie attachante. Soulignons également les performances de William Demarest et de la toute jeune Diana Lynn dans les rôles du père et de la sœur de Trudy. Un des aspects du film qui m'a particulièrement plu, est la présence constante des villageois. Par exemple, après le mariage manqué de Trudy et de Norval, tout le village se retrouve soudainement dans le salon des Kockenlocker, chacun y allant de son commentaire personnel sur la situation!

L'image du film sur ce DVD est presque sans faille, si l'on excepte quelques lignes qui sont souvent présentes sur les films anciens. Le son est également très bien restauré. Le menu est graphiquement très simple et aucune musique ne l'accompagne (ce que je trouve toujours un peu sec.) En guise de supplément, deux documentaires sont offerts sur ce DVD. On y présente sur le premier, intitulé "Preston Sturges and the Miracle of Morgan's Creek", la carrière de Sturges par une série d'entrevues. On y entend, entre autres, les témoignages de sa veuve et d'Eddie Bracken. Bien qu'un peu court, ce documentaire recèle d'intéressantes informations. Le second documentaire s'intitule "Censorship: Morgan's Creek vs the production code" et nous raconte les démêlées de Sturges avec la censure, une constante tout au long de sa carrière.

Bien que n'ayant pas la profondeur des films plus célèbres de Sturges (Sullivan's Travels, Unfaithfully Yours, The Palm Beach Story, The Lady Eve), "The Miracle of Morgan's Cree"k vaut tout de même le détour. Son rythme endiablé et ses dialogues savoureux en font une sympathique comédie. Soulignons, en terminant, que le film de 1958 Rock-a-Bye Baby, mettant en vedette Jerry Lewis, est librement inspiré de "The Mirale of Morgan's Creek".


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo8
Audio8