Ce matin, le réveil de Joseph Nast (Jake Gyllenhaal) n'est pas aussi facile que les autres jours. Le téléphone n'arrête pas de sonner à l'étage au-dessous. Ce matin, Joe sort de leur boîte une paire de chaussures noires bien cirées. Dans la cuisine, Benjamin Floss (Dustin Hoffman) répond aux coups de téléphone incessants tandis que sa femme Jojo (Susan Sarandon) semble perdue dans un rêve éveillé. Aujourd'hui, il s'agit plutôt d'un cauchemar. Diana va être mise en terre dans quelques heures. Elle était la fille de Ben et Jojo, mais aussi la fiancée de Joe. Ils devaient se marier bientôt et Joe devait devenir l'associé de Ben dans son agence immobilière. Mais le bonheur a été stoppé trois jours avant quand un déséquilibré a tiré des coups de feu dans le restaurant où déjeunait Diana, la tuant sur le coup. Aujourd'hui, Joe habite chez Ben et Jojo, mais il devra conjuguer avec les aléas de la vie qui ne se déroule pas comme on le souhaiterait. Sa rencontre avec la postière Bertie (Ellen Pompeo) et les petits secrets qu'il cache aux parents de Diana sans oublier le procès du meurtrier, vont bouleverser ce deuil déjà pénible.
Brad Silberling, qui nous avait déjà donné le très beau City of Angels il y a quelques années, récidive dans le mélodramatique avec cette production où se mêlent adroitement la tristesse, le sourire et la colère. La réalisation de "Moonlight Mile" est très réussie. La scène où l'on voit le cortège de voitures se rendre à la cérémonie est visuellement parfaite avec des transitions et un montage particulièrement ingénieux. L'utilisation, très modérée, de ralentis donne aussi plus de présence aux acteurs. Il n'y a rien de gratuit dans ce film. Toutes les scènes d'émotions semblent être pesées pour ne pas dépasser une limite maximale. Comme résultat, nous avons un film avec la mort comme sujet, mais qui se regarde presque comme une comédie.
Dans le rôle de Joe, le jeune acteur Jake Gyllenhaal nous dévoile encore une fois un talent indéniable. Le film repose pratiquement entièrement sur ses épaules malgré la présence de piliers comme Hoffman et Sarandon. Après sa prestation remarquée dans l'intrigant Donnie Darko, Gyllenhaal nous offre toujours une gueule formidable dont le moindre mouvement des lèvres ou des yeux donne une pleine expression. Ses grands yeux justement parlent souvent plus que son texte. En face de lui donc, deux oscarisés qui savent parfaitement garder leurs distances pour ne pas imposer une présence non nécessaire. Susan Sarandon toujours très à l'aise dans des rôles de femme au foyer, nous transmet ici l'émotion réservée d'une mère qui vient de perdre son unique enfant et qui reporte son affection désormais orpheline sur le gendre qu'elle n'aura jamais. Le rôle du mari, joué par Dustin Hoffman, nous donne l'image d'un homme qui semble rejeter la réalité, mais qui y replonge soudainement quand la tension est trop forte. Hoffman nous offre par ailleurs une scène de larmes dont j'ai rarement eu l'occasion de voir chez cet acteur.
Ce DVD nous est livré de façon correcte, sans trop de garnitures, malheureusement. Une piste sonore française n'aurait pas été de trop puisque nous avons tout de même à faire avec un film dont le texte est très fourni. L'image est belle sans être extraordinaire. Là par contre, je me demande s'il ne s'agit pas d'une volonté initiale de la production, car certaines scènes sont très bien définies alors que d'autres sont plus pâles. C'est un effet parfois utilisé pour renforcer la tristesse d'une histoire. Nous laisserons donc le doute subsister sur ce point. Les menus sont animés avec quelques scènes du film en arrière-plan.
Quelques suppléments sont présent sur cette édition dont un documentaire promotionnel où les différents intervenants comme le réalisateur Brad Silberling ainsi que les acteurs viennent apporter leur témoignage quant à leur participation dans ce film le tout sur des images du tournage en Nouvelle-Angleterre. Suivent une dizaine de scènes retranchées d'une durée d'environ seize minutes. Deux pistes de commentaires audio sont aussi accessibles, l'une avec le réalisateur et l'autre avec Dustin Hoffman et Jake Gyllenhaal en plus du réalisateur. Dans cette dernière, nous entendons surtout les deux acteurs qui ne nous privent pas de nombreuses anecdotes de tournage en fonction des scènes visionnées. À noter que la bande-annonce de Sweet Home Alabama, hors suppléments du film, est visible avant l'apparition du menu du DVD.
J'ai un regret malgré tout que la piste musicale ne soit pas disponible de façon séparée comme c'est parfois le cas. On pourra se rattraper avec la trame sonore sur CD, mais elle ne remplacera pas complètement la mélodie simple et envoûtante qui se fait entendre tout au long du film.
"Moonlight Mile" doit faire partie de ces petits bijoux de films qui restent dans l'ombre des grandes sorties. L'interprétation exemplaire renforce le plaisir qu'apporte cette histoire pourtant triste. Et si vous vous demandez à la fin pourquoi toutes ces petites étiquettes collées un peu partout avec des mots écrits en italien et en phonétique dessus, c'est que vous avez manqué le seul et rapide moment où c'est expliqué. Un indice : les serveurs lors du service après les obsèques.
| Film | 9 |
| Menu | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |