"Mooz-Lum" part certainement des meilleures intentions possible ce qui est d'autant plus dommage que ce soit surtout les points faibles qui semblent ressortir durant l'écoute. Puisque cela semble essentiel, ce fort désir de réconcilier autant les musulmans avec eux-mêmes qu'avec l'Amérique en entier, s'impose certainement une décennie après la terrible tragédie du 11 septembre. Par contre, on aurait attendu quelque chose de plus poignant et réussi qu'un émule guère plus invitant que ces nombreux téléfilms mélodramatiques qui passent constamment en après-midi à Canal Vie.
Puisque voilà, entre passé et présent, Tariq divague dans les méandres de son esprit qui n'arrive pas à trouver sa vraie place. Parce qu'il porte en lui de lourds souvenirs du passé et parce qu'il cumule en mémoire les mauvaises réactions face à ce qu'il représente, il ne sait plus sur quel pied danser et préfère donc rester troublé, sans plus.
Et narrativement, la construction est pourtant impeccable. L'alternance entre moment présent et moments passés fonctionne très bien sur papier, tout comme la montée dramatique qui mène autant aux grandes révélations qu'à l'ultime point culminant du fameux attentat qui changera certainement la donne pour tout et pour tous. Par contre, le résultat est beaucoup moins convaincant. Si on comprend l'impact des situations, on regrette que les dialogues semblent aussi faussés et les performances aussi forcées. De plus, la technique qui s'en tient à des conventions plutôt respectables ne s'empêche pas quelques tentatives plus ambiguës comme le gros fondu lumineux pour bien tracer le fossé entre les flashbacks, maladresse qui verse carrément dans les vieux soaps les plus clichés.
On sent également que les acteurs, dont on perçoit certainement à plus d'un moment le potentiel, sont mal dirigé, alors que si Evan Ross ne s'en sort certainement pas si mal dans le rôle du protagoniste, c'est certainement les vétérans tel Nia Long et le grand Danny Glover qui viennent souvent sauver le long-métrage, leur présence étant tout sauf négligeable. (On compte d'ailleurs beaucoup sur ce facteur pour mousser la promotion). Même là, à plus d'un moment, on voit qu'eux aussi ne peuvent pas toujours échapper aux ressorts huileux des dialogues..
Il y a également la musique plutôt envahissante qui n'aide pas à l'ensemble de verser dans l'exagération et du coup de perdre un peu de sa crédibilité. Lors que le père de la fille blanche qui intéresse notre protagoniste dans sa jeunesse pète les plombs ou qu'on emphase sur le "méchant" musulman qui a dérivé des principes d'origine, on ne peut que vois ici une tendance mélodramatique trop poussée qui n'est pas sans rappeler les excès les distincts de Spike Lee quand il se laisse trop aller, celui qui a d'ailleurs guidé le cinéaste qui nous intéresse au film dont je parle ici.
Premier long-métrage au budget modeste oblige, rien de sidérant ici. L'image est respectable et ressort un naturel qui rend justice à ce qu'elle veut représenter, à défaut de par moment être plus déficient côté éclairage et d'avoir des contours flous qui semblent plus comme une erreur qu'un effet de style désiré, alors que, comme mentionné auparavant, les "effets", ne font pas le meilleur bien au visuel, rappelant souvent la tentative également plus ratée de reproduire un segment de nouvelles télévisées (on n'y croit pas, alors qu'il y avait certainement des morceaux d'archive à disposition). Pour l'audio, les ajustements manquent cruellement de finition alors que ce ne sont pas tous les dialogues qu'on peut parfaitement entendre et à plus d'un moment, quand un personnage hausse la voix, on réalise que ça défonce la stéréo.
Pour la présentation, rien de transcendant alors que le montage photo, s'il met bien en valeur les interprètes principaux (ou les plus connus) et qu'il est surprenamment bien lumineux compte tenu du film et du sujet certainement plus dramatique, est de piètre qualité et n'incite pas nécessairement à vouloir voir immédiatement le film, tout comme il ne résume pas si bien que ça le long-métrage. (La femme est-elle la protagoniste?) Le menu DVD suivant le même patho n'est pas animé, mais est accompagné d'un échantillon de la trame sonore. Pour les suppléments, absolument rien n'est disponible, ce qui brise un peu la valeur du film qui semble beaucoup plus intéressant compte tenu de tous les éléments contextuels l'entourant.
Enfin, film sur la foi, la croyance, la force intérieure et tous ces autres beaux messages du genre, "Mooz-Lum" aurait dû être essentiel, mais parce qu'il n'a pas penché son intérêt nécessairement aux bons endroits, souffre donc probablement trop de négligence. Heureusement, malgré tous les défauts, à la fin de l'écoute, on retiendra également l'importance du sujet et la force de ses thèmes qui auront une résonnance inattendue. Comme quoi le potentiel du film l'emportera certainement sur le résultat.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 5 |