Dragon Painter
The Milestone Cinematheque
Milestone Films & Video

Réalisateur: William Worthington
Année: 1919
Classification: NR
Durée: 53 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Musique (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 6
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 mars 2008

La compagnie The Milestone Cinematheque adore distribuer de vieux films introuvables qui redorent considérablement n'importe quelle collection. Si leurs œuvres ne sont pas toujours des classiques, elles demeurent toutefois un excellent reflet d'une autre forme de cinéma. C'est justement le cas de "Dragon Painter".

L'histoire s'inspire du roman éponyme écrit par Mary McNeil Fenollosa en 1906. Au Japon, le jeune et turbulent Tatsu (Sessue Hayakawa) est un peintre qui fait des jaloux. Sa passion créatrice est doublée d'une obsession viscérale : celle de retrouver sa princesse kidnappée par un dragon. En devenant le disciple de Kano Indara (Edward Peil), il sera vite marié à sa fille Ume Ko (Tsuru Aoki). Mais lorsqu'il y a de l'amour, il n'y a plus de génie. Comprenant ce douloureux paradoxe, son épouse décide de disparaître, au grand désarroi de son mari qui réapprendra à être le meilleur dans son art.

Réalisé en 1919, ce film américain de 54 minutes s'inscrit dans deux courants cinématographiques. Le premier est celui du cinéaste William Worthingon qui, de 1915 à 1923, a mis en scène des dizaines de productions, avant de se concentrer devant la caméra jusqu'à sa mort en 1940. Ce projet est surtout le premier travail d'envergure de la star nipponne Sessue Hayakawa. Cet homme d'exception, qui aimait bien jouer avec sa compagne Tsuru Aoki, a obtenu énormément de succès aux États-Unis, avant de s'inscrire dans l'inconscient des cinéphiles par sa composition magistrale du Colonel Saito dans le grandiose The Bridge on the River Kwai.

Sans marquer outre mesure les esprits, "Dragon Painter" explore avec intérêt les combats entre l'art et la passion amoureuse, et ce désir de laisser une trace de ses créations sur la terre. La réalisation appliquée offre des scènes intéressantes, comme ce fantôme fantasmé et ce reflet de l'être aimé qui apparaît dans l'eau. Entre des séquences d'aventure, de suspense et même d'humour, les comédiens demeurent expressifs, très rapprochés des mimiques théâtrales. La révélation finale, attendue depuis belle lurette, déçoit cependant un peu par son ton moralisateur.

Tourné il y a de cela près de 90 ans, il est normal que les images ne soient pas parfaites. Malgré le travail de restauration, le grain, les égratignures et les brûlures de toutes sortes sont omniprésents, tout comme ce blocage qui peut apparaître sur des vêtements. Le noir et blanc ne manque pas d'attrait, surtout ce jeu sur la lumière où des filtres mélangent les esthétismes, offrant au passage des scènes dans des tons de rose, de vert et de rouge.

L'œuvre étant muette, des sous-titres anglophones blancs extrêmement visibles apparaissent directement à l'écran pour camper les dialogues. La trame sonore (mono) est un des éléments les plus fantastiques de l'ouvrage. La musique a été réorchestrée par le compositeur Mark Izu, ce qui donne un résultat tout simplement formidable. Les airs sobres et atmosphériques laissent rapidement le pas à des mélodies plus vivantes ou même stressantes qui apportent beaucoup au récit final.

Teintée de rose, de noir et de blanc, la pochette ne laisse pas indifférent, montrant des dessins chinois et un couple qui se regarde profondément. Le menu principal du DVD est stable et il est composé de tableaux. À l'intérieure se trouve un habile montage de scènes. La pièce musicale qui y joue ne peut que piquer instantanément la curiosité. Après ce court film, il est toujours heureux de découvrir autant de suppléments. Le premier - et non le moindre - est "The Wrath of the Gods", un des premiers films de Sessue Hayakawa. Dommage que cet essai conçu par Thomas Ince en 1914, qui tourne autour d'un naufrage et d'une irruption volcanique, demeure plutôt fade et quelconque. Il y a ensuite quelques extraits de la comédie théâtrale "Screen Snapshots" où Hayakawa apparaît à côté de Roscoe Arbuckle et de Charles Murray.

Le tout se termine par une session de photographies. Pendant dix minutes, des illustrations du livre qui a inspiré "Dragon Painter", des comédiens et du matériel promotionnel défilent automatiquement. Si de la musique avait été souhaitable, les nombreuses poses du photographe Herbert G. Ponting sur le Japon méritent le détour. Pour les autres bonus, il faut insérer le DVD dans l'ordinateur. Cela donne accès à plusieurs textes en format PDF, dont le matériel de presse de "Dragon Painter", le scénario de "The Wrath of the Gods", une page pour recréer les volcans de cette dernière œuvre, un essai de l'historien Brian Taves et des extraits du roman de Mary McNeil Fenollosa.

Grâce à la compagnie The Milestone Cinematheque, une production pratiquement introuvable comme "Dragon Painter" devient maintenant accessible à peu de frais. Derrière cette innocente fable se trouvent des thèmes profonds et importants, tout autant que ce vieux document qui bénéficie d'une excellente bande sonore, de fascinants suppléments et de comédiens qui prennent un malin plaisir à jouer.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo5
Audio7