"Le médiateur entre la main et la tête doit être le cœur!"
Ayant coûté plus de trois millions de reichsmarks en son temps, "Metropolis" se devait de rapporter pour le studio l'ayant produit. Seulement, ce ne fut aucunement le cas, ne reprenant qu'un maigre 75 000 reichsmarks. Ainsi le film, lorsque vendu au marché international américain, subit les affres des ciseaux et de la censure pour atteindre une relative longueur de 90 minutes, perdant au change 62 de ses 152 minutes initiales. En 2001, Kino sorti une édition spéciale du film, restauré et rallongé jusqu'à 122 minutes. On pensait bien que les scènes perdues de "Metropolis" l'étaient pour de bon... cependant, en 2008, un collectionneur aujourd'hui décédé avait en sa possession une copie 16mm, longue de 147 minutes. Après une restauration massive, il ne reste plus qu'à trouver, si elles existent, les cinq minutes restantes afin de visionner "Metropolis" dans sa totale longueur. D'ici là, Kino vous offre la version la plus complète à ce jour.
Freder est le fils du dirigeant richissime de Metropolis Joh Fredersen. Inconscient de la chance qu'il a d'être né de la classe riche, il tombe sous le charme d'une jeune femme, Maria. Il fait tout en son pouvoir pour retrouver la belle qui a ravi son cœur. Lors d'un séjour sous les rues de la ville, Freder découvre une toute autre société que celle qu'il a toujours vue. Ici, les travailleurs sont traités en esclaves et menés à l'épuisement, travaillant une dizaine d'heures en ligne, sans se reposer jamais. Dans les catacombes, Freder retrouve Maria, offrant la parole sainte et autres légendes dirigées contre les riches. Pendant ce temps, le père de Freder découvre un plan de ses ouvriers à se rebeller contre lui.
Le père de la science-fiction n'a rien perdu de son pouvoir de séduction avec les décennies, sinon de confirmer sa place dans le panthéon des plus grands chefs-d'œuvre de tous les temps. Le scénario est très ambitieux et les décors, plus grands que nature, offrent un univers cohérent ainsi qu'une fonctionnalité surprenante. Les effets spéciaux représentent, pour l'époque, une véritable avancée technologique, tout comme le montage et la photographie. L'expressionnisme allemand présenté, malgré que l'on puisse l'étiqueter de "caricatural" ou "exagéré" en termes d'acting actuel, n'en ressort pas moins adéquat, juxtaposé avec l'ensemble. En effet, le film charme et nous emporte dans son récit aussi aisément que Freder tombe en amour avec Maria, c'est-à-dire au premier coup d'œil. Le récit emprunte plusieurs avenues insoupçonnées aux dénouements imprévisibles. Ainsi, le drame est habilement balancé, peuplé de personnages attachants, douteux ou inquiétants, noyés dans une ville aux proportions si gigantesques, préparant le spectateur aux confrontations épiques en préparation. Car il faut le dire, la rébellion des travailleurs malmenés est en tout point sublime et leur colère transcende l'écran pour envahir le spectateur et lui faire douter de l'issue du combat. Fritz Lang démontre tout au long du film son savoir-faire et sa réalisation respire la fraîcheur. On sent néanmoins son intransigeance envers les acteurs et c'est tout à son honneur puisque les performances livrées sont marquantes.
En dernier lieu, les 25 minutes rajoutées au montage aident grandement à comprendre le déroulement du récit et complètent admirablement bien les trous dans le scénario des éditions précédentes. Ce nouveau montage devrait donc satisfaire tout fan de "Metropolis" et les néophytes intéressés à élargir leurs expériences cinématographiques.
Nous avons affaire à une restauration de premier ordre. En effet, "Metropolis" fait sa première incursion en Blu-ray sous un transfert des plus réussis. Les textures sont admirablement bien reproduites: les vêtements, les décors, visages, tout apparaît fortement superbe. Ainsi, les interprétations sont relevées d'expressions plus précises. On dénote une excellente nuance quant aux noirs et gris. Seule ombre au tableau, les 25 minutes ajoutées qui n'ont pas pu bénéficier du même traitement en raison de la copie de faible qualité. Il y a donc une forte présence d'égratignures, un manque de précision dans le transfert et le format de l'image est quelque peu plus petit. Néanmoins, l'ajout de ces moments et leur nettoyage offrent un spectacle à la hauteur. Deux pistes sonores sont offertes: la partition originale de Gottfried Huppertz, montrant des signes de vieillissement, et le nouvel enregistrement musical dirigé par Frank Strobel. Cette dernière est fantastique et la profondeur est très appréciable. Tout au long, la musique supporte l'image et les émotions ainsi que les dialogues muets.
Malgré une maigreur en guise de suppléments, la qualité de ceux-ci est forte, procurant un amusement ainsi qu'un infini lot d'informations. Il y a le documentaire de cinquante minutes "Voyage à Metropolis" sur le tournage du film en plus des efforts de l'équipe pour retracer le montage ultime, un entretien avec Paula Félix-Didier et la bande-annonce de la version 2010 du film.
"Metropolis" est presque complet et avec le travail impressionnant de reconstitution, la composition musicale et le documentaire offert, vous en aurez pour votre argent avec cette édition (pour le moment) complète du chef-d'œuvre clé de la science-fiction. Le transfert vidéo est impressionnant pour un film de cet âge et la musique recrée spécialement pour cette version est superbe. Les suppléments sont très corrects et en apprennent autant sur le tournage que sur la reconstitution de ce montage. L'histoire nous a souvent montré que rien n'est terminé avec "Metropolis", donc malgré ce qui peut pointer son nez dans l'avenir, cette présente édition est assurément fortement recommandée.
| Film | 10 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |