Au lieu de ressortir un énième coffret de Die Hard ou de relancer les mêmes vieux DVD avec la mention "Special Edition", quelques compagnies prennent des risques en éditant de vieux films pratiquement introuvables. Une de ces merveilles trop longtemps oubliées, "Romance of the Western Chamber", est dorénavant accessible au commun des mortels. Champagne!
Le jeune Zhang Sheng est follement amoureux de Cui Yingying, la fille du Premier ministre. Lorsque des voleurs attaquent la ville, la mère de la personne tant désirée affirme qu'elle offrira sa progéniture en mariage à l'individu qui ramènera un peu de quiétude. Bien entendu, ce sera notre gentil héros qui sauvera les meubles. Sauf que la promesse ne sera pas respectée, car Sheng est loin d'être quelqu'un de très fortuné. Mais lorsque l'amour est réciproque, il ne peut finir que par triompher de toutes les adversités.
Le scénario semble banal et prévisible? Peut-être bien. Sauf que sa particularité est ailleurs. Cette adaptation de la pièce de Wang Shih-Fu sur la dynastie Yuan (qui s'est étalée de 1234 à 1368) a été réalisée par Hou Yao en... 1927. Il y a donc de cela 80 ans! Difficile à trouver sur le marché ces dernières années, ce petit film chinois de 45 minutes a réussi son saut sur le support DVD grâce à la compagnie Koch Entertainment. Bel exploit. L'histoire aux charmes désuets est d'un classicisme indémodable qui ne peut que rappeler tous les Roméo et Juliette de la planète. Les interprètes forcent leurs expressions pour ne laisser aucun doute sur leurs motivations et leurs sentiments.
Puisque l'œuvre est muette, il faudra prêter une attention particulière aux situations. Les gens ne parlent pas, mais l'action abonde. Par moments, les sources d'inspirations de Zhang Yimou pour ses récits épiques à la Curse of the Golden Flower sont clairement identifiables avec ces combats musclés. La trame sonore concoctée par Toshiyuki Hiraoka hantera rapidement les esprits. Les mélodies sont tour à tour émotives, descriptives et lyriques, accompagnants parfaitement tous les instants. Le plus surprenant est cette présence d'une piste audio en Dolby Digital 2.0 qui fait ressortir la musique des différentes enceintes! La totale.
S'il faut s'attendre à un mélange de grains et d'égratignures, le rendu vidéo est généralement acceptable. En utilisant moins d'images par seconde que les films contemporains, le rythme semble rapide et le montage assez saccadé, sauf que le noir et blanc remplit son rôle à merveille. Les décors extérieurs sont enchanteurs, révélant plusieurs aspects sur une culture qui mérite réellement d'être connue. Le plein écran a pourtant ses limites. Les écritures qui apparaissent en guise de dialogues ne sont pas bien centrées et ce n'est pas toujours évident de tout déchiffrer. Les mots utilisés sont en mandarin et en français, et il y a même de très beaux sous-titres anglophones jaunes pour les personnes qui préfèrent cette langue.
La pochette berce parfaitement l'âme. Il y a une construction humaine entourée d'arbres avec un reflet magistral dans l'eau. Le menu principal reprend exactement la même pose. Malheureusement, il n'y a pas de musique et rien ne bouge. Tout ce qu'il est possible de faire est de regarder le film ou de sélection un chapitre en particulier. Comme c'est trop souvent le cas pour ce genre de production, aucun supplément n'est disponible.
"Romance of the Western Chamber" mérite le coup d'œil autant pour des raisons historiques que cinématographiques. C'est un éclairage ciselant sur une autre culture à une étape donnée du septième art. C'est surtout une relique du passé, une reconstitution d'une pièce légendaire qui a beaucoup à dire sur l'identité d'un peuple et d'une nation. Un premier pas dans la bonne direction, en attendant que d'autres compagnies ressortent des trésors oubliés.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |