Quand on pense à des sports de contact, le mot handicapé n'est certainement pas le premier qui nous vienne à l'esprit, le fauteuil roulant nous rappelant davantage Chantal Peticlerc sur une piste de 400 mètres ou des paraplégiques sur un court de basketball que le football et le rugby. Sauf que du rugby en fauteuil roulant, oui ça existe! Bienvenue dans le monde de "Murderball", ou du "quad rugby", son nom officiel, où des quadraplégiques se rentrent dedans à qui mieux mieux, installés dans des fauteuils roulants renforcés qui semblent sortir tout droit de l'univers de Mad Max. Et non, ils ne portent ni casque ni autre forme de protection. Inventé au Canada à la fin des années 1970 pour les quadraplégiques qui, contrairement aux paraplégiques, n'ont pas assez de mobilité dans le haut du corps pour jouer au basketball, le "quad rugby" a par la suite gagné en popularité aux États-Unis et un peu partout à travers le monde. Prix du Public et Prix Spécial du Jury au Festival de Sundance en 2005, le documentaire "Murderball" nous fait passer des gymnases de l'Amérique à ceux des jeux paralympiques d'Athènes et nous fait suivre un groupe de ces gladiateurs modernes alors qu'ils tenteront non seulement de démolir leurs adversaires, mais aussi tous les stéréotypes usuels associés aux handicapés.
Approchant la quarantaine, Joe Soares, le plus grand joueur de l'histoire du "quad rugby" est évincé de l'équipe américaine et cherchera à se venger en devenant l'entraîneur de l'équipe nationale du Canada. On assiste donc aux tensions et à la rivalité entre Soares et ses anciens coéquipiers, depuis leur préparation pour les championnats du monde en Autriche en 2002, jusqu'à l'affrontement inévitable aux jeux paralympiques d'Athènes en 2004. Mark Zupan, vedette de l'équipe américaine qui, avec sa barbichette, ses tatouages et son look de tueur semble sortir tout droit des "X-Games", dira: "Je ne pisserais pas sur Soares même s'il était en feu". Bien que ce conflit soit à la base de la trame narrative de "Murderball", le film nous propose beaucoup plus que cela. Les réalisateurs Henry Alex Rubin et Dana Adam Shapiro nous tracent un portrait à la fois honnête, touchant et drôle sur ce qu'est la vie en fauteuil roulant. Zupan, Andy Cohn et Scott Hogsett sont des jeunes hommes articulés et vifs d'esprit, très différents de l'image qu'ils projettent quand ils pratiquent leur sport. Ils manient l'ironie et le sarcasme avec subtilité et nous rappellent qu'avant d'être des handicapés, ils sont des êtres humains. Ils abordent avec candeur et humour des sujets comme les femmes, le sexe (oui "ça" fonctionne), l'amour et les circonstances entourant leur accident et/ou leur maladie. "Murderball" s'attarde aussi à la réhabilitation de Keith Cavill, devenu quadraplégique après un accident de moto. On le voit souffrir autant physiquement qu'émotionnellement et on voit aussi ses yeux s'allumer lorsque Mark Zupan visite le centre de réhabilitation et lui fait essayer son fauteuil de rugby. On le sent retrouver une certaine liberté et surtout ressentir l'espoir. Un futur joueur de "quad rugby" est né.
Produit par MTV, le film possède un look stylisé qui utilise un montage rapide lors des séquences sportives, des entrevues et des segments animés qui servent à expliquer les règles du jeu et le concept de quadraplégie. Tous ces éléments sont adroitement dosés et intégrés pour faire de "Murderball" un documentaire divertissant où l'aspect humain est en parfait équilibre avec l'énergie brute du sport. Comme tous les films sportifs, "Murderball" s'attarde sur l'extase de la victoire et l'agonie de la défaite, mais c'est surtout un film sur la survie et sur la nécessité d'aller de l'avant après une tragédie. C'est finalement un film sur la vie.
Puisque tourné dans des environnements naturels non contrôlés, la qualité vidéo varie grandement tout au long du documentaire. L'image demeure passablement claire, mais les scènes les plus sombres sont granuleuses, manquent de détails et comportent quelques problèmes dus à la compression. Les scènes sportives sont parfois floues à cause de la rapidité des mouvements alors que celles tournées de jour offrent des couleurs parfois fades et délavées. La piste audio s'en tire mieux, alors que la musique rythmée omniprésente utilise tous les canaux et propose une ambiance très immersive. Les dialogues sont la plupart du temps clairs et distincts et des sous-titres apparaissent lorsque les conversations se font plus difficiles à suivre. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Les menus sont animés d'extraits du film et accompagnés de musique. Les options sont clairement identifiées et la navigation s'effectue aisément.
Étonnamment pour un documentaire, une foule de suppléments sont offerts sur cette édition. Tout d'abord, on retrouve deux pistes audio de commentaires, la première avec les membres de l'équipe américaine Mark Zupan, Andy Cohn et Scott Hogsett, et la seconde avec le producteur Jeffrey Mandell et les réalisateurs Henry Alex Rubin et Dana Adam Shapiro. Les deux pistes se complètent puisque dans le premier cas, les trois athlètes parlent de leur sport, commentent le film et discutent de leurs expériences personnelles en plus d'y aller de quelques anecdotes, alors que dans le second cas, les intervenants s'attardent davantage aux aspects techniques et aux difficultés rencontrées pendant le tournage. Par la suite, on retrouve un segment "Larry King Live", où le populaire intervieweur du réseau CNN s'entretient avec cinq des principaux protagonistes du film. Le ton est amical et King, malgré un manque évident de préparation, y va tout de même de questions pertinentes. Les appels téléphoniques d'amis et de fans deviennent par contre rapidement redondants. Ensuite, la revuette "Murderball: Behind the Game" explore la conception du projet, ainsi que certains aspects du sport lui-même, avec l'aide d'entrevues et d'extraits du film. Ce segment permet d'approfondir plusieurs éléments abordés dans "Murderball". Même chose pour "Joe Soares Update Interview", où le vilain du film répond à plusieurs questions à son sujet demeurées sans réponses pendant le visionnement du documentaire. Dans "Jackass Presents Murderball" les ineffables Johhny Knoxville et Steve-O rencontrent les vedettes du film et les entraînent dans leurs pitreries habituelles, incluant des jeux aussi stimulants pour l'intellect que "The Black-Eye Game" et "Cattle-Prod Jousting". Tous s'amusent comme des petits fous, mais ça demeure de l'humour pour ados attardés. Finalement, on retrouve quelques scènes retranchées, un segment sur la première du film à New York où Keith Cavill reçoit son fauteuil roulant de rugby en cadeau, le supplément "THINK MTV Disability Awareness" qui réfère à un site Web traitant de handicaps physiques et quelques bandes-annonces.
Avec Born Into Brothels, "Murderball" est certainement l'un des meilleurs documentaires à paraître depuis quelque temps. Au lieu de se contenter d'illustrer ce sport paralympique quasi extrême, le film nous propose, par l'entremise d'athlètes attachants, un portrait tendre et humoristique de jeunes hommes qui ont su s'accomplir au travers du sport malgré des difficultés en apparence insurmontables. Et, puisque la qualité technique est fort acceptable et qu'une foule de suppléments viennent bonifier cette édition, je vous la recommande fortement.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |