All You Need Is Love
Vol 1: God's Children - The Beginnings / Vol 2: I Can Hypnotize 'Dis Nation - Ragtime
Voiceprint / MVD

Réalisateur: Tony Palmer
Année: 1977
Classification:
Durée: 53 / 53 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 2 (DVD-5) chacun
Code barres (CUP): 604388719105 / 604388719204

Le DVD "Volume 1" est disponible chez: Amazon.ca
Le DVD "Volume 2" est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
24 avril 2009

De 1976 à 1980, le réalisateur britannique de documentaires et spécialiste de la musique tous azimuts, Tony Palmer, entreprit l'énorme et noble tâche d'essayer de raconter l'histoire et les origines de ce qu'on appelait musique populaire ou plus simplement "Pop". Avec l'aide de John Lennon comme conseiller spécial, l'artiste s'attela à la tâche et produisit une série documentaire phénoménale de 17 épisodes qui brossait un portrait détaillé et assez critique de ce courant musical qui allait marquer le XXe siècle comme aucun autre auparavant en bousculant tout sur son passage. Politique, rébellion, sexualité, droits de l'homme, conflit générationnel, drogues et autres révolutions, ce style musical laissera à jamais sa trace sur l'Humanité. Or bien qu'on ait souvent tendance à limiter le genre "pop" au rock des années 50 à 80, la série "All You Need Is Love" nous explique que le mouvement musical avait commencé bien avant.

Bien que Music Video Distibution (MVD) aient sorti le coffret intégral il y a quelques mois, on a choisi ici de sortir chaque épisode individuellement, à raison de deux épisodes à la fois, à chaque mois ou à peu près. Le public pourra ainsi sélectionner les épisodes qui l'intéresse, même si quant à moi je suggère d'acheter l'intégrale de cette série incroyable.

Avec ses quinze heures de matériel, la saga de Tony Palmer pouvait se permettre plus qu'un simple résumé de cette histoire sociale et culturelle. C'est pourquoi on remonte aux origines africaines de cette musique nord-américaine avec le premier épisode "God's Children – The Beginnings". Avec d'amples entrevues d'historiens, de sociologues, d'artistes, de producteurs de disques (dont l'incomparable John Hammond qui découvrit entre autres Bessie Smith, Billie Holiday et Count Basie) et de journalistes de l'époque, Palmer nous remet sur le droit chemin quant à la descendance de cette musique importée d'Afrique par les esclaves noirs. L'idée généralement acceptée que le "rock" viendrait des rythmes de tambours des esclaves de la côte ouest africaine est ici contestée en faveur d'une origine plus nordique (les tribus originaires du Mali actuel qui formaient le gros des esclaves alors que les peuplades de la côte ouest étaient plutôt les esclavagistes qui vendaient leurs voisins aux Blancs) et une musique plutôt composée par des instruments à cordes et des flûtes. Les extraits quasi anthropologiques de chants et rythmes locaux montés en parallèle avec des chansons blues ou folk du sud des États-Unis montrent bien la similarité entre ces deux formes d'expression. De là, le réalisateur remonte toutes les branches de cet arbre gigantesque en passant par le Gospel, les Negro Spirituals, le Blues mêlés aux influences folkloriques des habitants caucasiens de descendance européenne qui vivaient près de ces esclaves. On aborde aussi la période post-guerre civile qui mena à l'abolition de l'esclavage et l'émergence de l'identité "noire", ainsi que les mutations profondes et irréversibles que la musique allait connaître à cette époque. Avec de longs extraits de spectacles de Fats Domino, Duke Ellington, Lightning Hopkins, James Brown, Fela Kuti, Ray Charles et autres stars de la musique noire contemporaine, cet épisode nous explique bien les premiers balbutiements de la musique "pop".

Le deuxième épisode, "I Can Hypnotise ‘Dis Nation – Ragtime" est quant à lui plus limité dans son exploration que le premier. Comme son nom l'indique, il se concentre sur la forme musicale inventée à la fin du XIXe siècle par le pianiste noir Scott Joplin: le rag. La quasi-totalité de l'épisode jette un regard sur la vie de ce génie qui finit ses jours dans la pauvreté et la démence. On y parle aussi, comme lors du premier épisode, de la difficulté à cette époque de faire accepter la musique noire par le public blanc et de la tendance qu'avaient ces derniers à récupérer les formes musicales des gens de couleur et les modifier pour ensuite en faire fortune. On cite par exemple le grand Irving Berlin qui adapta le style rag (qui lança la période Ragtime) de Joplin et qui connut une popularité incroyable et en fit fortune. Comme le résumait si bien le dramaturge et militant noir Amiri Baraka (LeRoi Jones): "les blancs ont le pouvoir et les noirs la culture!" Bref un épisode intéressant, mais moins indispensable que le premier. Pour les amateurs de Ragtime et de Scott Joplin surtout ou pour les mélomanes curieux d'en apprendre plus sur les débuts de la musique populaire.

La qualité audiovisuelle est globalement correcte, même si la série porte le poids de ses ans. Tournée en 16mm avec de l'équipement de qualité à l'époque, on remarque un peu le vieillissement du matériel plus de trente ans plus tard. Décoloration légère de certaines sections, grain omniprésent dans les séquences plus sombres et manque de piqué seraient les plus graves défauts. Heureusement, le nettoyage et la préparation pour le transfert ont été bien faits, ce qui relève la qualité visuelle globale. La piste audio a elle aussi profité d'un beau travail de transfert donnant plus de corps à une bande son visiblement vieillissante.

En supplément, chaque DVD contient un disque comportant une longue introduction à la série avec de nombreux extraits d'entrevues et de performances et une narration nous présentant cette épopée de quinze heures. Il ne s'agit pas par contre d'images exclusives, mais plutôt d'une longue bande-annonce pour nous convaincre d'acheter le reste des épisodes ou le coffret.


Cotes

Film9
Présentation7
Suppléments6
Vidéo7
Audio7