La sortie au compte-goutte des épisodes de la superbe série documentaire "All You Need Is Love" se poursuit ce mois-ci avec les épisodes 3 et 4, respectivement appelés "Jungle Music - Jazz" et "Who's That Comin' - Blues". Pour une présentation de la série, vous pouvez lire ma critique des deux premiers épisodes sur le site. Je vais ici ne vous parler que de ces deux émissions nouvellement disponibles.
Comme pour l'ensemble de la série de Tony Palmer, les deux épisodes présents sont intéressants à plusieurs niveaux. Premièrement, pour leur contenu informatif, mais aussi par leur aspect anthropologique et historique. Un bon nombre des protagonistes interviewés à l'époque du documentaire (au milieu des années 70) est en fait décédé depuis et les performances filmées et les témoignages restent comme un mémento du passage sur terre de ces grands artistes.
Pour l'épisode 3 sur le jazz, on a comme d'habitude, un habile mélange d'historiens, de performances et de témoignages de musiciens nous racontant l'histoire de ce vaste style musical qui est encore bien vivant. Avec l'aide de grands (maintenant presque tous disparus) comme Mingus, Ellington, Earl Hines, Miles, Count Basie, Charlie Parker ou Chick Corea, on se penche sur les variations du genre, sur ses origines et sur la différences de perception, d'approche et de politique (un thème récurrent dans toute cette série sur la musique populaire) entre les Blancs et les Noirs. On remet les pendules à l'heure sur quelques faits établis (comme quoi le jazz serait né en Nouvelle-Orléans par exemple) où on expose au passage quelques fausses vérités tout en cherchant à définir ce style éclaté et en recherchant les ramifications à venir. Le tout fait avec passion et en laissant la place à la musique pour s'exprimer. Un épisode aussi nécessaire que passionnant, et ce, même pour les frileux qui ne sont pas particulièrement friands de jazz. Une leçon d'histoire fascinante.
Pour le blues, on retrace ses origines au début des années 1910 dans les plantations de coton où les esclaves chantaient des complaintes sur leur vie difficile et leur absence de liberté. Souvent accompagnés à l'harmonica, instrument portatif et peu coûteux, ces Afro-Américains essayaient de transmettre leurs émotions comme la mélancolie et la détresse ou parler de l'injustice dont ils étaient victimes. Le genre évolua peu à peu avec les musiciens qui se déplacèrent vers le nord à partir du Delta du Mississippi et de Memphis et qui troquèrent leur harmonica pour une guitare, puis pour des instruments électriques lorsqu'ils s'établirent dans les villes modernes comme Chicago ou Détroit. Grâce à des témoignages d'artistes comme Muddy Waters, Ray Charles, Victoria Spivey ou Jimmy "Fast Fingers" Dawkins, de ceux de journalistes ou du producteur légendaire John Hammond (Bessie Smith, Billie Holiday, etc.), mais aussi grâce à de nombreux extraits de légendes comme Leadbelly, Memphis Slim, Willie "The Lion" Smith, BB King, ou Son House, Palmer réussit à reconstruire un portrait intéressant et varié, non seulement des origines, mais aussi de l'état de cette musique au milieu des années 70. En incluant aussi des images de bluesman inconnus chantant sur leur perron ou dans la rue, il nous aide à mieux comprendre toute l'étendue de l'importance du blues pour cette nation noire qui fût longtemps exclue de son propre pays.
La qualité audiovisuelle est globalement correcte, même si la série porte le poids de ses ans. Tournée en 16mm avec de l'équipement de qualité à l'époque, on remarque un peu le vieillissement du matériel plus de trente ans plus tard. Décoloration légère de certaines sections, grain omniprésent dans les séquences plus sombres et manque de piqué seraient les plus graves défauts. Heureusement, le nettoyage et la préparation pour le transfert ont été bien faits, ce qui relève la qualité visuelle globale. La piste audio a elle aussi profité d'un beau travail de transfert donnant plus de corps à une bande son visiblement vieillissante.
En supplément, chaque DVD contient un disque comportant une longue introduction à la série avec de nombreux extraits d'entrevues et de performances et une narration nous présentant cette épopée de quinze heures. Par contre, il ne s'agit pas d'images exclusives, mais plutôt d'une longue bande-annonce pour nous convaincre d'acheter le reste des épisodes ou le coffret, car il est à noter que le coffret de l'intégrale de la série existe aussi chez Music Video Distribution.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |