Le meilleur groupe rap des vingt dernières années est filmé de plusieurs façons extrêmement originales. Musique, humour et folie permanente sont au menu pour ce nouveau DVD des Beastie Boys au titre très évocateur de "Awesome: I Fuckin' Shot That! ".
Le trio des Beastie Boys est une icône de la musique rap américaine. Le groupe sort très peu d'albums, mais il est sans cesse consacré par la critique et le public. Après une tournée d'envergure les ayant menés un peu partout sur la planète, le dernier spectacle se déroulait le 6 octobre 2004, dans la ville natale de la formation, plus précisément au célèbre Madison Square Garden de New York. Pour cette soirée ultime, Adam Horovitz (Adrock), Michael Diamond (Mike D) et Adam Yauch (MCA) ont multiplié les succès devant une foule survoltée. Mieux encore, ils ont demandé à une multitude de fans de brandir une caméra sur eux pendant toute la soirée. Cinquante objectifs sont donc braqués sur ces clowns prophétiques, ce qui donne une multitude d'angles originaux. En 2006, soit exactement vingt ans après la sortie du premier et meilleur album Licensed to Ill, le travail acharné allait être récompensé par la sortie d'un DVD assez mémorable.
"Awesome: I Fuckin' Shot That! " est une curiosité sur toute la ligne. Le ton drôle et volatil respecte le mode de vie du trio qui ne s'est jamais pris très au sérieux. Avec l'utilisation d'autant de caméras, Nathanial Hörnblowér (ce n'est pas son vrai nom, ça serait plutôt Yauch) s'en donne à cœur joie avec sa réalisation. Les images suivent les mots à la perfection, alors que les plans sont variés et inédits. Au lieu de s'intéresser seulement au spectacle ou à la réaction des gens dans l'assistance, quelques scènes suivent une excursion vers les salles de bains pendant "All Lifestyles"! Le fait de souvent revenir à l'heure où les pièces sont jouées nécessite également une plus grande implication du spectateur, tout en faisant des clins d'œil à l'excellente série 24. Les hommages sont une autre donnée courante et la plus hilarante est cette introduction plagiant ouvertement le culte Scarface.
Si les différentes lentilles offrent des points de vue intéressants, le rendu vidéo en prend toutefois pour son rhume. L'utilisation de supports DV et de caméras Hi-8 ne donne presque jamais des images potables. Des contours aberrants, une luminosité trop flagrante, du blocage, une prédominance de grains: les inconvénients sont nombreux et regrettables. Sauf que ces plans rugueux restent dans le style des Beastie Boys. Ces moyens du bord représentent l'admirateur moyen. Celui qui ne connaît presque rien à la caméra, mais qui filme pour assouvir un fantasme d'aider leurs idoles. Ces défauts techniques sont donc normaux, voir souhaitables. Au fil du spectacle, c'est de moins en moins problématique (les yeux s'habituent à tout) et il y a plusieurs séquences en noir et blanc et d'autres qui offrent une multitude de couleurs psychédéliques.
La vue n'est peut-être pas extraordinaire, mais l'ouïe n'aura pas trop à se plaindre dans ce déferlement de bruits et de rythmes accessibles et rassembleurs. Quelques-uns des plus gros succès du groupe sont de la partie, de "Sabotage" à "An Open Letter to NYC", en passant par la très accrocheuse "Intergalactic". La piste sonore stéréo en 2.0 est potable, quoiqu'elle ne se différencie pas vraiment des autres DVD du genre. Celle en Dolby Digital 5.1 est nettement plus poussée avec une foule presque permanente sur le côté. Lors des mélodies, il est possible de suivre le flot de paroles. Ce n'est malheureusement pas le cas lorsque les membres présentent les pièces. Les voix sont très peu élevées, plutôt inaudibles. Les superbes sous-titres blancs viennent alors à la rescousse. Il faut toutefois les sélectionner avant de regarder le documentaire musical. Sinon, il est impossible de les inclure aux moments souhaités.
Au premier coup d'œil, la pochette ressemble à s'y méprendre à celles des Star Wars. Les trois membres se battent avec des sabres, il y a une figure d'ombres inquiétantes figurant dans l'espace en arrière-plan et des caméras imitent la pose des véhicules intergalactiques. Beau plagiat. Un guide de quatre pages accompagne le DVD. Il explique les différentes sections tout en nommant les chansons jouées. Un croquis du Madison Square Gardent est également disponible avec le nom des caméramans et les endroits précis où sont situés les objectifs. Des détails qui sont les bienvenus. Une fois l'insertion du disque, le menu principal montre une caméra dans les tons blancs et vert pâle. Quelques flèches bougent pour tromper les yeux et une superbe chanson atmosphérique se fait entendre.
Les suppléments sont très garnis et la règle commune est de faire rire à outrance. Une mission quasi-instantanée survenant en un clignement de cils. Il est possible de regarder le spectacle selon une nouvelle combinaison d'angles. Au lieu de la séquence habituelle, un écran affichant une multitude de petites télévisions apparaît, ce qui donne une profondeur et une nouvelle perspective. Une piste de commentaires inoubliable et trop comique du trio est présente pour le plaisir et la franche rigolade. Du début à la fin, les membres déblatèrent des conneries, des anecdotes peu utiles tout en chialant contre Ben Stiller! Une attention toute particulière doit être posée à l'ouverture, alors que des commentaires sur Montréal et les Québécois abondent. Une autre section propose d'enlever toutes les chansons et de ne garder que les voix! Les gens à la maison peuvent donc improviser le bruit. Une excellente alternative au karaoké. La dernière variation s'intitule "Detour Mode". Lors du visionnement, des icônes apparaissent et en pressant la touche "Enter", des scènes sont rallongées. Une idée qui n'est pas totalement aboutie.
Les autres bonus sont encore plus jouissifs. "A Day in the Life of Nathanial Hörnblowér" est une parodie sur un Irlandais roux écoutant de la musique très douteuse qui décide de faire du ski de fond dans les rues sans neige de New York. Une ineptie savoureuse de vingt-cinq minutes. Un tour de la planète est organisé sur "Never Stop Rapping Yet" où des personnes parlent de leurs chansons préférées, de leurs impressions avant un spectacle des Beastie Boys et même de leurs cheveux! Bizarre... Presque autant que ce "Show Intros". Quelques introductions de spectacles sont montrées et la maison des fous n'est pas tellement loin. Le trio s'amuse à voler un disque à Slipknot, à jouer au tennis, à combattre des gorilles et la plupart du temps, cela se termine sur des scènes de pistolets. Un court segment un peu quelconque présente Jerome Crook, un agent de sécurité enragé qui engueule les gens sur son passage. Le bal se termine avec deux bandes-annonces assez ironiques qui se moquent des publicités hollywoodiennes avec une grosse voix masculine formatée.
Cadeau plus que recommandable pour la pléiade d'admirateurs des Beastie Boys, "Awesome: I Fuckin' Shot That! " accroche par son style unique, sa musique importante et, surtout, par la bonne humeur généralisée. Les options sont à hurler de rire et il ne sera pas rare de les regarder plusieurs fois entre amis, pour délirer encore et toujours. Une excellente introduction à une formation nécessaire, un complément quasi-indispensable à une discographie qui n'a jamais réellement déçue.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 8 |