Biographie terriblement classique, mais plutôt efficace sur un musicien important, "Crazy" fait fi de son budget extrêmement limité en prenant soin de développer correctement ses personnages et en choisissant continuellement la bonne mélodie pour bercer l'ouïe.
Parcours plus grand que nature de Hank Garland (Waylond Payne) dans le Nashville des années 1950. Ce guitariste qui aimait le trouble a su explorer différents genres musicaux (le country, le jazz), jouant avec les plus grands (Elvis Presley, Patsy Cline, Roy Orbison), tout en prenant continuellement la défense des musiciens noirs à une époque particulièrement raciste. Son mariage destructeur et empreint de jalousie avec la belle Evelyn (Ali Larter) n'a toutefois pas été de tout repos.
À priori, ce premier long-métrage de Rick Bieber ressemble à une banale biographie. La réalisation chronologique révèle très peu de surprises, ne consistant qu'à montrer les hauts et les bas du sujet, avant de terminer sur une note d'espoir. Rien pour intéresser outre mesure. Pourtant, en s'y donnant la peine, le récit a beaucoup plus à offrir. Le rythme demeure alerte et quelques touches humoristiques font sourire. Il y a aussi la relation particulière entre Waylond Payne et Ali Larter qui mérite l'attention. Malgré leurs défauts ils ne forment qu'un et la pression du milieu les mettra rapidement en ruine. Les deux comédiens, crédibles et convaincants, forment un combo qui n'est pas négligeable. Rajoutez à cela un constat réaliste du milieu (le racisme, le sexisme, les producteurs qui s'en mettent plein les poches au détriment des artistes) et vous obtenez un essai satisfaisant qui, sans bouleverser le genre, permet d'en savoir un peu plus sur cette figure un peu obsolète.
La musique recrée parfaitement l'époque grâce à ses nombreux tubes attrayants. Les pistes sonores anglophones font vibrer les enceintes de voix, d'applaudissements et d'instruments en prenant soin de ne jamais entraver les voix. Ces dernières sont généralement claires, et il est possible d'insérer de très visibles sous-titres blancs. L'idéal afin de saisir toutes les paroles des chansons. Les images détaillées aux couleurs dans le ton souffrent de contrastes un peu trop sombres et de la présence de grain et de blocage. Comme dans le récent et décevant L'enfant prodige, quelques archives sont imbriquées un peu maladroitement, ce qui gâche légèrement la sauce.
L'affligeante pochette brune montre le héros et sa guitare, surplombés par le visage d'une femme. Le menu principal du DVD reprend cette pose en y superposant un montage de scènes et une chanson de circonstance. En guise de suppléments, il y a 15 séquences retranchées totalisant 21 minutes de matériels inédits. Ces segments, pertinents en soi, n'étaient toutefois pas essentiels à la bonne compréhension de l'ouvrage, renforçant cependant les liens entre les personnages ou expliquant avec humour quelques passages passés dans l'ombre.
Plus près de Walk the Line que de Bob Dylan: I'm Not There, "Crazy" est un film tout à fait acceptable sur la difficulté d'allier création et famille lors d'une période historique qui n'était pas clémente pour tous. Un autre titre très potable qui sort sans tambour ni trompette.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |