Bien que le concept de faire jouer un groupe rock avec un orchestre soit maintenant chose courante comme en témoignent les nombreux albums et DVD de vos vedettes préférées, il fut un temps où c'était une œuvre impensable. Allier le sérieux de la musique classique aux bruits de la musique du diable qu'était le rock'n'roll ne pouvait simplement pas se faire. Surtout pour les groupes "hard" qui semblaient avoir pactiser avec Satan et invoquer le malin dans leurs paroles. Hors, Deep Purple, à l'instigation de son claviériste John Lord qui avait étudié la musique classique avant d'être débauché par le rock fut un des premiers groupes à tenter l'expérience avec l'album Concerto for Group and Orchestra sortit en 1969. L'album ne fut pas bien reçu et l'expérience s'arrêta là pour les Mauves Profonds.
Or voici qu'en 1999, trente ans plus tard alors que ces vieux routiers n'avaient plus grand chose à prouver, ils remirent ça et se payèrent le London Symphony Orchestra et le Royal Albert Hall pour deux soirées. L'idée originale en fait d'un fan néerlandais, lui-même jeune compositeur, qui vint voir John Lord après un concert à Amsterdam pour lui demander les partitions de son concerto de 1969. Quand le claviériste lui apprit qu'elles étaient perdues depuis longtemps (Ha! ce que les abus de drogue peuvent vous faire faire!!!), ce fanatique dévoué et fin musicien s'installa devant sa télé et se tapa le VHS et le CD de ce concert de 1969 et retranscrit à l'oreille toutes les parties des différents instruments! Travail titanesque s'il en est un. Il présenta le résultat de son labeur à M. Lord qui compléta les parties manquantes et recomposa certains extraits qui ne lui plaisaient plus et proposa à son groupe de refaire ce concerto pour groupe et orchestre. Ce qu'ils firent.
Voici donc le DVD de ce spectacle de plus de deux heures. En première partie, quelques chanteurs (dont Ronnie James Dio et Sam Brown) et chanteuses viennent interpréter des pièces sirupeuses du groupe qui ne font pas partie du répertoire habituel de leurs spectacles. Je ne sais si ce sont des morceaux de leurs albums récents ou peut-être des pièces créées spécialement pour cette soirée, mais on y retrouve du Big Band, du Swing, et quelques ballades kétaines. Puis le groupe et l'orchestre attaquent ce fameux concerto en trois mouvements de John Lord. Encore là, ce n'est ni mauvais ni grandiose. Une bonne harmonie entre les deux styles de musique même si on sent que le groupe est un peu superflu et qu'à l'époque si M Lord n'avait pas fait partie de ce groupe, peut-être aurait-il seulement composé pour un orchestre. Ça paraît d'ailleurs dans l'attitude des membres de Deep Purple (tous les membres de l'enregistrement original sauf le guitariste Richie Blackmore qui est ici remplacé par Steve Morse) qui semblent s'ennuyer un peu. Le concert se termine par cinq pièces plus musclées : quatre titres récents où cette fois-ci c'est l'orchestre qui est superflu et qui semble s'ennuyer, plus la légendaire "Smoke on the Water" (avec un duo entre Ian Gillan et Dio) où tout le monde s'amuse follement.
Pour la qualité vidéo, une assez belle prestation. Bien que le spectacle soit filmé en vidéo, la définition est très belle. La qualité des éclairages et l‘ambiance générale de la salle mythique permettent aussi au réalisateur de s'éclater et de nous présenter un choix de plans variés. Les plans d'ensemble sont assez impressionnants avec la rondeur majestueuse de l'Albert Hall enveloppant de son éclairage orangé l'orchestre éclairé de vert et le groupe de bleu. Seuls petits défauts perçus, un léger battement de l'obturateur de la caméra apparaît dans des séquences où il y a des mouvements trop rapides comme les descentes sur le clavier de John Lord.
Pour l'audio, une belle qualité aussi avec cependant un problème au mixage lors des pièces plus rock du répertoire où le son de l'orchestre est complètement noyé par les instruments électriques du groupe. Heureusement que pour la partie Concerto, la plus intéressante à mon avis, la fusion des deux styles s'opère bien et chacun arrive à faire entendre sa voix. Aussi pour la dernière pièce, "Smoke on the Water", la présence sur scène de musiciens invités, deux guitaristes, deux bassistes, sept choristes, etc. nous donne un effet un peu cacophonique. Si on rajoute les cris de la foule mal amplifiée, cette performance ne passera pas à l'histoire. Mais sommes toutes, le son pour le reste du concert est assez bien.
À noter, une attention spéciale a été portée aux menus (rare chez Eagle Vision) et on peut ainsi choisir les différents titres en les sélectionnant lorsqu'ils s'affichent sur la marquise du Royal Albert Hall. Pas mal! En suppléments, on retrouve une discographie du groupe. Malheureusement, bien qu'assez complète, elle est un peu difficile à lire et mal présentée.
| Film | 5 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |