No Direction Home: Bob Dylan
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Martin Scorsese
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 23
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca
CD de "Bob Dylan" disponibles chez Amazon.ca Archambault.ca

Selon François Langevin
3 octobre 2005

Il y a des signes qui ne mentent pas. Par exemple, quand on confie la réalisation d'un projet à Martin Scorsese, nous sommes en droit de s'attendre à quelque chose d'unique et de pertinent offrant un souci du détail peu commun. Imaginons maintenant qu'un des coproducteurs se trouve à être la très renommée PBS et que l'objet du documentaire se retrouve à être Bob Dylan, peut-être le plus grand chanteur américain des quarante dernières années, il y a de quoi saliver, car avouons qu'il est difficile de trouver des prémisses plus intéressantes que celles-là. Ce partenariat a donné le documentaire "No Direction Home - Bob Dylan", une odyssée de près de quatre heures qui nous permet de nous replonger en pleines années fastes pour le chanteur, période qui le propulsa au rang des super vedettes de la musique.

Présentée par la compagnie Paramount, cette édition DVD double disque est à peu de choses prêtes, la quintessence du genre documentaire. Riche de propos (on s'inspire des mémoires de Bob Dylan intitulées Chronicles- Volume I) et s'accrochant sur une pléthore de documents d'archives autant du point de vue artistique, alors que l'on assiste à des concerts inédits du chanteur, que du point de vue sociopolitique, où des intervenants tels Allen Ginsberg viennent bonifier le propos d'une intéressante perspective, le tout y est pour découvrir Bob Dylan et ce qu'il représentait pour la jeunesse américaine. De plus, l'artiste commente cette chronologie unique à sa façon nous plongeant dans ses états d'esprit d'antan et en énumérant les différents enjeux de l'époque. L'auteur compositeur à d'ailleurs mis disponible bon nombre de documents d'archives inédits aux fins de ce documentaire.

La première partie du documentaire nous relate ses origines, sa jeunesse et son ascension vers la célébrité. Né Robert Zimmerman le 24 mai 1941 à Duluth au Minnesota, Dylan allait déménager dans la petite ville minière de Hibbing au Minnesota, en plein milieu de nulle part. Il s'inscrira à l'université du Minnesota préférant jouer de la musique au lieu d'assister à ses cours. La découverte de la musique folk l'amènera à découvrir l'œuvre de Woodie Guthrie et c'est un peu en copiant son style, que Dylan se fera remarquer surtout lors du festival annuel de folk de Newport. Son parcours l'amènera à Greenwich Village, New York où il deviendra un important rouage d'une nouvelle culture musicale américaine.

La deuxième partie du documentaire nous explique en profondeur le phénomène Bob Dylan qui allait devenir par son propos, le porte-étendard de la jeunesse protestataire américaine et du poids inhérent à cette tâche. On le voit sur scène à quelques reprises avec Joan Baez, sa copine jusqu'à 1965 et l'influence qu'a eue la "British Invasion" sur la facture sonore de son œuvre. Le groupe "The Animals" et son étonnante interprétation de la chanson "The House on the Rising Sun" ainsi que l'interprétation du groupe "The Byrds" de son tube "Mr. Tambourine Man" l'amèneront à prendre une orientation plus "folk rock" délaissant par le fait même la guitare acoustique et la troquer pour une électrique. Le résultant sera le foudroyant classique "Like a Rolling Stone", une des premières chansons à défier la barrière des trois minutes (elle en faisait plus de six) qui le propulsera au sommet des palmarès et qui verra ses fans le conspuer lors de plusieurs concerts subséquents, car il avait délaissé le folk pour opter vers une voie plus commerciale. La séance d'enregistrement de l'album Highway 61 revisited et une allusion à son terrible accident de moto qui lui a presque coûté la vie en 1966 complètent le documentaire.

La générosité est probablement la meilleure façon de décrire ce documentaire. Bob Dylan, lui qui est habituellement très réservé et très jaloux de sa vie privée, fait preuve d'abnégation pour se livrer au jeu. Si on ajoute à cela, l'abondance des documents d'archives de toutes sortes et la qualité du segment des entrevues, nous avons en main un produit brut d'une rare qualité. Ce qui a permis au tout de se consolider et de devenir une œuvre hautement raffinée est le fait d'avoir confié cet immense projet à ce féru d'histoire et perfectionniste qu'est Martin Scorsese. La façon que le réalisateur a construit le documentaire est une pure merveille. Au lieu d'utiliser la traditionnelle narration, c'est plutôt Bob Dylan qui commente les cette chronologie. Quand on y insère les nombreuses entrevues faites avec Joan Baez, Allen Ginsberg, Pete Seeger et Maria Muldaur, entretiens qui nous permettent de mieux saisir le phénomène Dylan et les nombreuses archives qui le présente sous différentes facettes (festival folk de Newport, festival de films de Murray Lerner et le célèbre documentaire "Don't Look Back" de D.A. Pennebaker), dont plusieurs étaient inédites jusqu'à ce jour, on ne peut que constater l'immense travail de recherche effectué et le brio avec lequel tout ce matériel fût assemblé pour donner ce moment d'anthologie. Plus qu'une rétrospective sur une tranche de vie artistique du chanteur, ce documentaire nous donne également le pouls sur l'Amérique au début des années 1960.

L'image est de très bonne qualité considérant les nombreuses archives que l'on vous présente. Certains documents plus abîmés ont été incorporés de façon à nous donner l'impression qu'un fini rustique était voulu. Il ne faut pas oublier que les documents d'archives proviennent de plusieurs types de média (télévision, clips vidéo, collections personnelles et des concerts enregistrés), mais le réalisateur a réussi à intégrer le tout de façon à rendre presque transparente la texture de l'image. La plupart des archives présentées sont en noir et blanc et dans la plupart du temps, nous avons droit à un produit de qualité où le contraste des couleurs est probant et où la pellicule montre très peu d'impuretés. Une certaine granularité est également présente sur bon nombre d'archives, mais il n'y a vraiment rien pour brimer notre plaisir. Quant aux segments d'entrevues, ils sont tous impeccables et en couleurs. Le volet audio est également une référence du genre. Les extraits d'entrevues sont tous clairs et audibles, mais la magie est véritablement au rendez-vous quand on entend l'interprète chanter les nombreux extraits de chansons provenant d'archives. Aucune distorsion ou bruit de fond n'est présent et seules la musique et la voix particulière de Bob Dylan demeurent.

Les menus proposent une image statique de Bob Dylan et ils sont accompagnés d'une composition du chanteur. Au niveau des suppléments, nous avons accès à tous les extraits musicaux entendus pendant le documentaire (27 au total). Mais la pièce de résistance est sans aucun doute la série de chansons interprétées dans leur entièreté par l'artiste et que l'on retrouve sur le deuxième disque. Voici la liste des chansons que l'on peut entendre et qui proviennent de concerts ou de prestations télévisées.

De plus, quatre de ses collaborateurs lors de cette période faste et qui participent activement au documentaire interprètent une chanson de son riche répertoire. Voici ce qu'on peut y entendre et qui l'interprète.

Un vidéo promotionnel qui n'a jamais vu le jour et servant à mousser la chanson "Positively 4th Street" complète le tout.

Qu'ajouter de plus! Martin Scorsese nous a concocté une page d'histoire phénoménale sur l'iconoclaste Bob Dylan. Des bas fonds de son Minnesota natal, il gravira les échelons de la célébrité à coup de prose caustique qu'il enveloppera d'une saveur musicale folk aux fortes odeurs de guitares et d'harmonica. Son style singulier combiné à la volatilité sociale américaine de l'époque en fera le porte-étendard du mouvement protestataire étudiant. La magie de ce documentaire c'est qu'il transcende le genre en ne se limitant pas seulement à nous montrer le phénomène Dylan, mais en prenant le soin de le placer sur l'échiquier sociopolitique et artistique de l'époque, preuves à l'appui. Pour tous les fans de Bob Dylan, de documentaires sur le rock et d'histoire, je vous somme de vous procurer ce produit incontournable.


Cotes

Film10
Présentation7
Suppléments9
Vidéo8
Audio7