Entrer dans l'univers des films musicaux des vieilles années du Technicolor, c'est un peu abandonner les idées préconçues du narcissisme, de la misanthropie et autres émotions pessimistes. "Girl Next Door" n'est pas, vous en doutez certainement, le film lancé il y a quelques années mettant en vedette la délicieuse Elisha Cuthbert, mais plutôt une comédie douce plaçant à l'avant-scène Dan Dailey et la charismatique June Haver dans les rôles des voisins qui tombent lentement en amour.
L'un (Dan Dailey) est un artiste oeuvrant pour un journal, l'autre est une actrice nouvellement arrivée dans le voisinage (June Haver). Pendant une réception donnée afin de pendre la crémaillère, la soirée connaît quelques bévues alors que des pigeons affolés viennent troubler l'ordre des bourgeois et qu'une fumée de barbecue force la jeune femme à entrer en trombe chez le voisin et lui vociférer des insultes envers Bill et son jeune fils Joe (Bill Gray). Réalisant l'excès de ses émotions, elle demande néanmoins pardon et les deux voisins en viennent à un accord (hé oui, le ressentiment sur pellicule ne viendra pas avant longtemps). À mesure que le temps passe, les deux voisins se courtisent davantage et viennent à en tomber l'un pour l'autre, offrant au jeune Joe l'occasion de craindre pour la place qu'il tient dans la vie de son père.
Film mené tambour battant envers les bons sentiments et doté de quelques éléments surréalistes dont une petite animation représentant les sentiments réels du fils pour la situation, "Girl Next Door" est l'un des meilleurs produits qu'il m'ait été donné de voir. La réalisation axée sur les numéros de danse fourmille d'idées surprenantes dont cette scène dans laquelle Bill (Dailey) danse de l'autre côté d'un rideau, la jeune femme étant courtisée par une ombre dans une chorégraphie superbe. La distribution est enjouée et permet de bons moments de détente. L'univers coloré et dépourvu de violence (seules quelques inflexions de voix subsistent en de rares moments) du film offre, en plus des performances, une aura de sentiments honnêtes et beaux. Malgré un dénouement rapide et une naïveté évidente des personnages minant quelque peu le récit, on suit le parcours des amoureux avec joie et facilité, portés en même temps qu'eux dans la valse rythmée des pas de Haver et Dailey. Presque rien ne cloche dans ce film si ce n'est qu'il doit se terminer un jour. Que les inconditionnels des films musicaux se le disent : "Girl Next Door" recèle de trésors visuels et auditifs. Un beau 90 minutes à passer.
Côté extras, c'est pas mal du tout. On nous offre trois revuettes sur les acteurs principaux, une comparaison entre la restauration du métrage à différentes époques, une galerie d'affiches, d'images, une bande-annonce et un document de presse interactif dans lequel on peut lire et voir tous les articles et images présentes. Le coffret comprend même quelques images cartonnées prises lors du tournage, montrant June Haver et Dan Dailey sous leur plus beau jour. Exhaustifs, les suppléments le sont, mais il manque encore une piste de commentaires que l'on aurait souhaité afin d'obtenir quelques informations sur le déroulement du tournage ou des anecdotes farfelues. Néanmoins, il s'agit quand même là d'un bon lot de bonis qui devraient faire amplement l'affaire.
L'image est d'une netteté superbe, presque irréprochable. En de rares occasions seulement peut-on apercevoir de légères déflagrations de couleurs lors des scènes nocturnes, sautant d'une image nette à une dominance de jaune ou de vert. Hormis ces petits défauts, les scènes sont d'un travail d'orfèvre. Le son, quant à lui, est un peu plus discutable. Offert seulement en mono seulement, il enlève beaucoup de charme moderne au film alors que les scènes plus peuplées sont noyées dans les discours, enterrant les personnages principaux ou ternissant l'écoute. Il n'aurait pourtant pas fallu grand chose afin d'offrir un minimum d'ambiophonie, mais peut-être l'enveloppe consacrée à la restauration n'était pas suffisante.
"Girl Next Door" est tout indiqué pour ceux et celles qui croient encore à l'amour. Doté d'une sincérité à faire rougir et une naïveté certaine, mais complice, il devient alors aisé d'aimer ce film, oubliant ainsi pendant quelques instants, l'histoire de quelques numéros bien menés, la société hyper-rapide. Avec les suppléments et la restauration visuelle, difficile de refuser une telle offre, surtout que le livret inclus dans le coffret comporte son lot d'informations non négligeables.
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 5 |