Musique et bande dessinée sont à l'honneur dans "Idlewild", la première excursion vers le cinéma de la formation hip-hop OutKast. Entre l'humour, l'action et la romance, les plaisirs sont un peu trop légers pour laisser des souvenirs impérissables.
Pendant la prohibition, deux très bons amis verront leur destin chambouler en un rien de temps. Percival (André Benjamin) est un pianiste introverti qui commence à s'intéresser à une belle chanteuse (Paula Patton). Rooster (Antwan A. Patton) est plutôt un père de famille qui a tendance à mettre son nez dans des affaires louches. Lorsque son patron mange le pissenlit par la racine, il est confronté à un dur à cuire obstiné (Terrence Howard). Face à la pression extérieure, il faut évoluer ou mourir.
"Idlewild", c'est l'exception qui confirme la règle. Regarder la pochette et c'est le dégoût total et immédiat. Des visages de comédiens, des lumières... et un coq! Surtout, c'est un ramassis de clichés sur les films afro-américains avec ce star-system et cette violence. Rien de très intrigant. Le menu principal du DVD, tout aussi hideux, offre un montage ambigu et statique de quelques scènes. Aucune musique pour mettre en appétit ou d'icônes qui captent l'attention. Déjà que le film en a déçu plusieurs lors de sa sortie en salles, il faut avouer que la présentation n'est pas réellement attrayante.
Pourtant, il faut persévérer pour être récompensé. Pas d'un chef-d'œuvre ou d'un très bon film, mais d'une vue divertissante et sympathique, un gros vidéoclip dépaysant qui change les idées pendant près de deux heures. Ce qui saute aux yeux, c'est le montage. Il est précis, imaginatif. L'ouverture ressemble à un vieux long-métrage des années 1930 et tout d'un coup, la réalité apparaît. Elle est rapidement superposée à une bande dessinée plus grande que nature, où la couleur confronte le noir et blanc. Les ralentis abondent, tout comme les idées novatrices. Ces oiseaux en bois qui chantent sont dignes du Fabuleux destin d'Amélie Poulain et des séquences imprévisibles, il doit y en avoir une bonne douzaine.
Pour ce qui est du scénario, c'est une autre histoire. La prémisse est mince comme une feuille de papier et des gags qui font sourire côtoient des moments d'humanité. Le destin difficile fera des victimes, ce qui donne un dénouement prévisible et des messages pas toujours subtils. Si le duo principal formé d'André Benjamin et d'Antwan A. Patton offre un talent plus que limité, de solides prestations secondaires sont de la partie. Que ce soit du toujours juste Terrence Howard en figure troublante, Ving Rhames en homme qui disparaît malheureusement trop rapidement et même Macy Gray qui ne donne pas sa place.
Bien entendu, tout est prétexte à entendre la musique composée par OutKast et le groupe est fidèle à sa réputation avec des airs qui vont dans toutes les directions, du music-hall au hip-hop. C'est lorsqu'ils sont au micro que le duo est le plus à l'aise. Tant mieux, les pièces sont abondantes et la trame musicale restera longuement gravée dans l'inconscient. Plus qu'honnête, la piste sonore Dolby Digital 5.1 recrée judicieusement une ambiance de club avec ces bruits de vitres et d'applaudissements. Les voix ne sont pas difficiles à saisir, mais quelques expressions pourront donner plus de difficultés. Afin de remédier à la situation, il ne faut pas hésiter à sélectionner de très beaux sous-titres blancs. Pour comprendre parfaitement, en français de surcroît, les paroles des chansons, il n'y a rien de mieux. La photographie est tout aussi judicieuse. Les couleurs sont puissantes et les éclairages, nombreux. Le bleu et le vert donnent beaucoup d'atmosphère à ces numéros de chants et de danses. Les teintes demeurent très précises et les contrastes, des plus importants, ne déçoivent guère. Il n'y a que ce blocage flagrant qui fait sourciller. Lors d'un instant en noir et blanc, gare au mal de yeux!
Outre un film qui se regarde aisément et qui s'oublie tout aussi rapidement, il n'y a pas beaucoup de suppléments pour maintenir l'intérêt. Une courte scène supprimée assez comique montre la jalousie de Rooster. Deux vidéoclips proposent des pièces musicales mettant en vedette Antwan A. Patton et André Benjamin. Le premier entame une ensoleillante "Morris Brown" un peu trop rap et le deuxième fait rire avec son simili country "Idlewild Blue". Il y a également un morceau supprimé répondant au nom "The Clock", une ballade qui a du potentiel. C'est extrêmement mince.
"Idlewild", c'est la fête entre amis. La formation OutKast a offert à leur collaborateur Bryan Barber d'écrire et de tourner un film gentil qui les met en vedette. Au passage, beaucoup de musique et des effets visuels coquins pour dérider au passage. Cela aurait pu être mieux, mais avec sa pochette, c'est presque un miracle si le produit final est si intéressant.
| Film | 6 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |