Les amateurs de jazz auront sûrement déjà entendu parler du producteur et imprésario Norman Granz, que ce soit pour ses fabuleuses tournées annuelles "Jazz at the Philarmonics" réunissant les plus grands noms de l'époque de la musique jazz, ou pour son court-métrage Jammin' the Blues qui fût nominé aux Oscars.
Tout débuta pour Granz en 1944 lorsqu'il assembla une foule d'artistes jazz de renom pour un concert au Philarmonic Auditorium de Los Angeles (d'où le nom "Jazz at the Philarmonics"). De cette expérience réussie devait suivre une série de concerts annuels puis des tournées de ces artistes partout en Europe et en Amérique. Charlie Parker, Lester Young, Ella Fitzgerald, Coleman Hawkins, Duke Ellington, bref presque tous les grands noms de l'époque y figurèrent à un moment ou un autre. Mais de ce premier concert sortit aussi une autre collaboration. Un photographe de mode et photo-reporter réputé de l'époque, Gjon Mili, approcha Granz après ce concert et lui suggéra de produire un court-métrage que lui-même réaliserait avec quelques-uns des participants à ce concert. Le résultat s'intitule "Jammin' the Blues" et est considéré par beaucoup de connaisseurs comme le film de jazz ultime de cette époque, le plus pur et inaltéré, où la musique et les performances dominent à la fois le travail de la caméra, mais le complémente aussi.
Ce petit film fut tellement populaire que les deux compères tentèrent de rééditer l'exploit en 1950. Or, là où le film de 44 avait été produit par la Warner dans un studio adéquat, celui de 1950 fut produit avec les moyens du bord dans le studio photo de Mili. Comme le bruit empêchait toute prise de son direct, la musique fut enregistrée avant et les musiciens devaient par la suite jouer "en synchro" sur un playback. N'ayant accès qu'à une seule caméra 35mm pour ce tournage, Mili dû filmer chaque musicien plusieurs fois avec différentes valeurs de plan à chaque fois pour avoir assez de matériel au montage. Or comme les musiciens de jazz ont une tendance à ne jamais jouer la même chose deux fois, Granz et son réalisateur s'aperçurent bien vite qu'assembler ces différentes performances pour leur donner un look live relevait d'un travail de fou et le film fut abandonné.
En 1996 Granz et ses collaborateurs décidèrent d'assembler le matériel laissé par Mili et sortirent une première version de ce film, "Improvisation". Pour sa deuxième sortie en DVD en 2007, Granz décida d'améliorer le travail (en incluant la possibilité de choisir un deuxième angle de caméra sur certaines pièces entre autres) et d'ajouter pas mal de matériel qu'il avait produit au fil des ans. On retrouve donc l'incroyable moyen-métrage "Improvisation" mettant en vedette le légendaire Charlie "Bird" Parker (dont c'est le seul document visuel existant, exception faite d'un court extrait de cinquante-deux secondes avec son partenaire de l'époque Bop Dizzy Gillespie) , Coleman Hawkins, Buddy Rich, Hank Jones, Ella Fitzgerald et Lester Young, mais aussi des performances de Duke Ellington en 1966 (en présence du peintre catalan Joan Miro et de ses sculptures), de Count Basie en 1977, du guitariste Joe Pass en 1979, d'Ella Fitzgerald en 1979 et d'un super groupe réuni autour du pianiste Oscar Peterson et comportant des grands noms du jazz de l'époque comme Dizzy Gillespie, Clark Terry, Niels-Henning Oersted Pedersen et Eddie "Lockjaw" Davis.
Comme si ce n'était pas assez, on a ajouté un deuxième disque complet de matériel bonus, incluant le fameux "Jammin' the Blues" (avec Lester Young), un bon trente minutes de métrage extra des sessions chez Mili (sans son malheureusement), des entrevues récentes avec des participants au jam "Improvisation", d'autres entrevues sur Charlie Parker et des photos inédites de ces sessions par Paul Nodler qui était l'assistant de Mili. On retrouve aussi une présentation de "Improvisation" par Nat Hentoff, un critique et journaliste et une introduction par Norman Granz lui-même avec quelques interventions pour présenter les différents clips succédant au film de Mili. En supplément des suppléments (!!!) on a une courte biographie de Granz par Hentoff et des dessins de David Stone Martin représentant les différents participants aux sessions.
La qualité vidéo des sessions Mili est assez exceptionnelle pour l'époque, avec un négatif extrêmement propre et quasiment neuf résultant donc en une copie DVD nette et précise. Le reste des clips varie grandement, du vidéo pourri de Count Basie au Festival de Montreux en 77 avec ses couleurs délavées et variant au fil des notes, au film noir et blanc granuleux de Joe Pass ou celui couleur sale et déchiré de Duke sur la côte d'Azur. Il est donc très difficile de donner une appréciation générale, mais les amateurs de jazz passeront outre ces défauts techniques pour s'enthousiasmer devant les performances révélées.
Pour l'audio, même qualité variable. Mais là où certaines images peuvent être acceptées malgré leur qualité incertaine à cause de leur rareté, il est plus difficile de fermer les yeux (ou les oreilles dans ce cas-ci) sur certaines anomalies sonores dues aux techniques limitées de l'époque. On retrouve donc un bruit de fond parfois dérangeant sur certaines chansons ou un léger manque de profondeur sur certains autres enregistrements. Mais encore là le tout étant historique, qui sommes-nous pour nous plaindre!
| Film | 9 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |