"C'est la lutte finale, dès demain, dès demain, l'Internationale sera le genre humain!".
Pour ceux et celles qui s'intéressent un peu à l'histoire des luttes ouvrières du vingtième siècle, ou qui ont le cœur qui penche à gauche, les paroles de cette chanson ne leur seront sans doute pas inconnues. En effet, depuis 1871, année du renversement du gouvernement populaire de La Commune de Paris, ce chant a toujours été lié de près à toutes les luttes pour la justice sociale, le respect des travailleurs ou la paix et l'humanisme sur terre.
L'idée de faire un documentaire sur cette seule chanson et ce qu'elle représentait alors et représente maintenant nous semblait donc bien bonne. À Peter Miller, le réalisateur, aussi semble-t-il puisque c'est ce qu'il a fait! Grâce à une quantité impressionnante d'images d'archive, autant des grandes marches ouvrières des années trente ou quarante aux États-Unis, que de la guerre civile espagnole ou des manifestations estudiantines sur la Place Tiananmen à la fin du vingtième siècle. Pour lier tous ces événements, une douzaine d'entrevues d'intellectuels, musiciens (dont le chanteur folk engagé Pete Seeger) et activistes du monde entier - américain, russe, israélien, britannique, jamaïquain, chinois, sud-américain, etc. - nous parlant des luttes du passé, des espoirs comme des déceptions, des victoires et des défaites, et du désenchantement dans certain cas causé par les régimes socialistes. Toujours en faisant le lien avec "L'Internationale"" bien entendu. Ce qui est plutôt facile bien sûr, car ce chant était entonné dans les moindres réunions gauchistes ou syndicales de l'époque.
Un des aspects intéressants de ce documentaire c'est ces liens que font les interviewés entre leurs expériences personnelles et l'ensemble de l'histoire de l'humanité. Par exemple cet américain qui volontairement alla se battre en Espagne contre le fascisme de 1936 à 1939 nous racontant une soirée de divertissement à l'hôpital où les blessés montèrent tour à tour sur le podium pour chanter chacun une phrase de la chanson dans sa langue maternelle et pour ensuite finir par une interprétation collective (et sûrement cacophonique!) dans plus de quarante langues. De l'allemand au yiddish, en passant par le javanais ou le vietnamien. On coupe ensuite à des images de la place Tiananmen, plus de cinquante ans après, où les étudiants entonnent toujours le même chant et où on nous parle de cet éternel combat contre l'oppression, mais cette fois-ci venant non pas du capitalisme et du clergé, mais d'un gouvernement communiste. "L'Internationale"" n'est donc pas la propriété des partis communistes, comme le désirait Staline qui en avait fait l'hymne de l'Union Soviétique pendant quelque temps (avant de décider que ce n'était justement pas assez local, mais trop international. Ironie quand tu nous tiens !), mais de tous les êtres oppressés et en manque de justice sociale.
Il faut aussi mentionner que beaucoup de ces entrevues sont très émouvantes, ajoutant ainsi une dimension encore plus humaine au propos, puisque beaucoup des participants et participantes ont perdu soit des êtres chers soit leur innocence au fil des luttes pour un monde meilleur. Comme le dit une des activistes interviewées, "ce rêve d'un monde juste durera toujours, et son chant de ralliement aussi, car un monde où les gens ne font pas de beaux rêves grandioses serait trop terrible à vivre".
J'aimerais noter deux petits défauts au film toutefois. Premièrement l'absence d'interlocuteurs français. Même si c'est dans ce pays que la chanson est née et même si c'est là où périodiquement on rêve d'une société plus juste. Qu'on pense aux événements de mai 1968 entre autres, où les manifestants entonnaient "L'Internationale"" en lançant des cocktails Molotov aux flics. Deuxièmement la durée bien trop courte du film (trente minutes). On aurait bien aimé d'autres témoignages ou d'autres images d'archives pour nous parler de ce chant des luttes sociales. Il y a tellement de gens qui auraient pu en parler ou même ceux et celles qui l'ont fait avaient sûrement d'autres choses à dire Je ne sais si le réalisateur avait des contraintes de temps pour la diffusion télé ou s'il croyait avoir fait le tour du sujet, mais je crois que le film aurait gagné à être un peu plus long. Pour plus de détails sur les luttes sociales du vingtième siècle, et en complément, on pourra se rabattre sur l'incroyable série de Arte intitulée "La foi du siècle" faisant l'histoire des partis socialistes et communistes du siècle dernier et les ratées des régimes issus de ces derniers.
Heureusement, pour les suppléments on a réussi, en plus, à mettre la main sur un beau petit film d'époque (1943) nous montrant le grand chef d'orchestre Arturo Toscanini donnant un récital du "Concert des Nations" de Verdi. Pièce qu'il avait remaniée, à l'époque de la chute de Mussolini, pour y inclure en plus des hymnes nationaux originaux (français, italiens et britanniques), les hymnes nationaux des puissances alliées américaines et soviétiques (dont l'hymne était, à l'époque "L'Internationale""). Pied-de-nez de "L'Internationale" à la censure américaine de l'époque de la guerre froide, le film sur Toscanini est présenté en version originale non-censurée. On apprend en effet que le gouvernement américain avait amputé l'œuvre revue par le maestro de sa section incluant le chant révolutionnaire! Comme autres suppléments intéressants, on retrouve les paroles de la chanson dans une dizaine de langues (dont le zulu), puis un historique de la naissance de l'œuvre et finalement une biographie du réalisateur Peter Miller.
Au niveau audio et vidéo, il faut bien sûr composer avec des sources de documents variées en qualité et en âge. Les vieux films noirs et blancs abîmés côtoient les images vidéo récentes, mais de piètre qualité tournées dans les manifestations et les regroupements étudiants ou militants. Pour les entrevues actuelles, la qualité est excellente, sauf peut-être une entrevue d'un militant israélien vivant dans un kibboutz et tournée avec une petite caméra non- professionnelle. Heureusement, l'émotion est tout de même présente même si le son et l'image laissent à désirer. Sinon pour le reste, on retrouve une qualité acceptable. Mais de toute façon, encore une fois, dans ce cas-ci, le contenu prime sur le contenant.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |