Jane Birkin: Rendez-vous avec Jane
EMI Group

Réalisateur: Regis Roinsard
Année: 2005
Classification: NR
Durée: 60 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 13
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
9 avril 2006

En cette période où le nom de Serge Gainsbourg est sur toutes les lèvres, la carrière de sa muse ne se porte vraiment pas mal. Non seulement Jane Birkin enchaîne les albums avec une facilité déconcertante, mais elle sort également des DVD comme "Rendez-vous avec Jane" pour exorciser ses propres démons.

Depuis 2004, Jane Birkin a besoin de se ressourcer. C'est la raison pour laquelle elle cherche à entrer en contact avec le maximum d'artistes. Elle a besoin d'être inspirée par une génération montante de musiciens pour pouvoir repartir en beauté. Mais la belle flamme du grand Serge Gainsbourg ne veut pas chanter avec n'importe qui. Sur son séduisant album de duos intitulé Rendez-vous, elle côtoyait les géniaux Manu Chao, Feist et Brian Molko. Deux années plus tard, des artistes comme Rufus Wainright et Arthur H lui écrivaient des compositions spéciales sur Fictions . Au passage, Birkin reprenait même des classiques de Kate Bush, Neil Young et Tom Waits.

Dans ce même courant de "chanter avec la planète entière" des deux ouvrages précédents, le DVD "Rendez-vous avec Jane" arrive sur le marché pour le plaisir des plus grands admirateurs. Cependant, ce n'est pas seulement de la musique. Le spectateur voit Birkin se lever un matin, tergiverser à savoir avec qui chanter, marcher dans la ville, harceler le leader de Mickey 3D au téléphone et faire des duos avec de gros noms qui passent, par hasard, dans la rue. Ces instants de remplissage entre deux morceaux s'essoufflent très rapidement et l'humour est rarement présent. Sur le boîtier, c'est écrit que cette œuvre est "un film documentaire". Pourtant, on n'apprend absolument rien de cette déesse enchanteresse. Les dialogues sont superficiels, les situations plutôt tirées par les cheveux et la réalisation de Regis Roinsard est morne, académique, sans vie.

Pour en retirer du plaisir, il faut voir et écouter le tout comme un objet musical. Ce ne sont pas toutes les chansons qui sont jouées dans leur intégralité et la moitié (six sur douze) se retrouvent déjà sur le disque Rendez-vous. Néanmoins, les rencontrent sont parfois intéressantes. C'est une confrontation terrible avec Marianne Faithfull. Le combat perd de son intensité, mais la pièce "In Every Dream Home a Heartache" est jolie. La suivante, "Palais Royal", avec Alain Souchon n'est qu'instrumentale, donc plutôt limitée. L'échange avec Yann Tiersen n'est guère concluant non plus. Il laisse Birkin chanter sur sa splendide "Plus d'hiver", sauf que sa propre séquence au piano est préenregistrée d'avance! À part le voir accumuler clopes sur clopes, il fait peu de choses. Décevant pour un génie si immense. Pour l'incroyable "Revenir au monde", il n'y a que le toujours pertinent Dominique A qui la fredonne. Cette pièce difficile peut faire peur à plusieurs personnes et c'est normal d'avoir des doutes avant de l'entamer.

Le premier moment vraiment satisfaisant est le duo enjoué "La Grippe". Initialement, cette mélodie était réservée à Brigitte Fontaine et Jacques Higelin, mais pour la reprise qui se déroule dans une voiture remorquée (!), Jane reçoit l'apport d'Etienne Daho. Trop mignon! À partir de maintenant, il n'y aura plus de totale déception. Le langoureux "Chiamami Adesso" avec le vieux routier Paolo Conte est ravissant et même très vibrant. Miossec affiche un sourire perpétuel devant une femme qui semble le dévorer des yeux. Dommage que l'ordinaire "Pour un flirt avec toi" est trop répétitif pour réellement mettre à l'épreuve les compétences de l'excellent Breton. Un peu plus loin, la voix de Portishead Beth Gibbons reprend "A Day Like Any Other", originellement composé par... Serge Gainsbourg. Cette Anglaise ne fait peut-être que rire au lieu de parler, mais sa symphonie est luxueuse. Sans doute plus que la très sucrée "T'as pas le droit d'avoir moins mal que moi" avec Alain Chamfort qui se déroule au téléphone. Une bonne idée pour de la guimauve qui fait du bien. Avec ses tatous et sa petite voix, Daniel Darc ressemble presque à un extra-terrestre à côté de Birkin et c'est ce qui fait son charme. Leur interprétation de "Mes amis" est d'une justesse inouïe. Fidèle à son habitude, Cali est exubérant en courant vers sa belle en lui disant qu'il a composé "Jane" uniquement pour elle. Une fois le morceau chanté, les larmes deviennent abondantes dans les yeux de la fille. Facilement le numéro le plus sensible et convaincant de l'ensemble. Le tout se termine avec deux clins d'œil plutôt savoureux. Le premier est cette engueulade ironique entre deux portes sur "Je m'appelle Jane" où Mickael - Mickey 3D - Furnon ne donne pas sa place. À la toute fin, la muse de Gainsbourg annonce qu'elle aimerait bien chanter avec un certain Alain Bashung, mais le sosie de ce dernier lui dit "non". Une façon originale de clôturer le DVD.

Si l'aspect le plus intéressant de cet ouvrage est la présence de musiciens intéressants, ce qui est le plus problématique pourrait être le reste. La qualité vidéo est ordinaire, ni très belle ni catastrophique. Il y a un saignement de couleurs assez marqué et le blocage se veut flagrant à quelques endroits. En revanche, les sous-titres blancs se lisent aisément et ils sont parfois très utiles. De son côté, le son manque parfois de tonus. Les haut-parleurs situés à l'avant sont les seuls utilisés et si la musique sort parfaitement, ce n'est pas toujours le cas des voix. Par moments, les personnes semblent murmurer et c'est difficile de saisir ce qu'elles disent. À un autre endroit, ce qui était audible devient presque impossible à saisir. Le réflexe est d'hausser le volume, mais en agissant ainsi, c'est le saut automatique lorsque l'intensité va revenir à son point de départ. Pas très satisfaisant pour un produit si récent.

La pochette du DVD montre une Jane Birkin au sourire coquin qui est assise sur une chaise. Les couleurs alternent entre le noir, le brun, le blanc et, surtout, le rose. Les noms des invités et les pièces jouées sont inscrits au bas. Une donnée indispensable pour bien se retrouver. Le menu principal reprend cette pose de la chanteuse. Cette fois, elle côtoie des gribouillis de pages. Rien ne bouge, mais le tube "Pour un flirt avec toi" se fait entendre. Les icônes sont claires, il est difficile de se perdre. Cette élégance ne compense pas l'absence de suppléments. Il y a bien une galerie de photos avec six poses terriblement banales, mais c'est vraiment peu. Où sont toutes ces entrevues, les morceaux entiers et un reportage sur les raisons de créer un tel produit?

La liste d'invités est éloquente et elle comprend le nom d'artistes majeurs comme Yann Tiersen, Dominique A, Miossec et Daniel Darc qui font évoluer la musique francophone sur une si belle tangente depuis déjà de nombreuses années. Malgré tout, "Rendez-vous avec Jane" s'adresse seulement aux fanatiques de la célèbre chanteuse. L'aspect documentaire est futile, les morceaux ne sont pas toujours complets et la qualité sonore est rarement à la hauteur des espérances. Au lieu d'en savoir davantage sur une personne qui tire peu à peu vers le mythe, les propos demeurent superficiels et il n'y a pas de bonus pour pallier ce manque. Pour les chansons, c'est intéressant. Pour le reste, mieux vaut passer son tour.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments1
Vidéo5
Audio4